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Le pouvoir d'achat des Français va nettement augmenter sur les 6 premiers mois de 2019

L'inflation va fortement ralentir, passant de 2,2% cet été à 1% au second trimestre 2019.

L'inflation va fortement ralentir, passant de 2,2% cet été à 1% au second trimestre 2019. - Eric Piermont - AFP

Grâce à la hausse des revenus et la baisse des prix du pétrole, les gains de pouvoir d'achat des Français à la mi-2019 seront d'ores et déjà supérieurs à ceux de l'année qui vient de s'écouler. De quoi stimuler la consommation des ménages et soutenir la croissance, à l'heure d'une ralentissement mondial de l'activité.

Descendus dans la rue et sur les ronds-points pour obtenir une amélioration de leur pouvoir d'achat, les gilets jaunes vont avoir en partie satisfaction. Le pouvoir d'achat des ménages va augmenter de 0,5% début 2019, puis de 0,2% au deuxième trimestre, selon les prévisions de l'Insee publiées ce mardi.

Même s'il stagne au second semestre, le pouvoir d'achat aura globalement gagné 2% sur l'ensemble de l'année 2019. Bien plus que pour 2018, où il a progressé de seulement 1,4%.

Baisse des prix...

Ce gain résulte d'un double effet. D'abord la baisse des prix. Depuis le pic de 2,2% cet été, l'inflation devrait sensiblement ralentir pour ne s'élever qu'à 1% au second trimestre 2019. Cela s'explique principalement par la baisse des prix de l'énergie, à commencer par celui du baril de pétrole. Ce dernier, qui a atteint un pic de 85 dollars en octobre, a déjà fortement baissé à 60 dollars en novembre. La production étant excédentaire, l'Insee prévoit une stabilisation du prix du baril. À cela, il faut aussi ajouter la suppression de la hausse des taxes sur les carburants prévue par le gouvernement, la stabilisation des prix de l'électricité et du gaz et la hausse deux fois moins forte qu'en mars 2018 du prix du tabac. 

... et hausse du revenu

Puis, parallèlement, le revenu des ménages va augmenter. L'Insee, qui a bouclé sa note de conjoncture le 13 décembre, a tenté d'inclure les annonces d'Emmanuel Macron le 10 décembre. Leurs modalités n'étant pas totalement précisées, l'évaluation de leur impact contient forcément des approximations, prévient l'Institut.

Reste que les difficultés de recrutement dans les entreprises vont faire pression à la hausse sur les salaires dans le privé, à laquelle va s'ajouter, pour certains, la "prime exceptionnelle" défiscalisée. Résultat, le salaire par tête devrait déjà gagner 2,1% à la mi-année.

De plus, la défiscalisation des heures supplémentaires et l'annulation de la hausse de CSG pour les retraités touchant moins de 2000 euros par mois vont participer, en plus des mesures déjà connues (comme la suppression des cotisations maladie et chômage), à cette hausse du revenu des ménages en 2019. À la mi-année, le revenu disponible des Français, autrement dit ce qui leur reste après impôts et aides éventuellement perçues, aura déjà enregistré un gain annuel de 2,9%. En 2018, il a progressé de 3,1% sur l'ensemble de l'année.

Un rebond de la consommation attendu

Ce gain de pouvoir d'achat va-t-il permettre de redynamiser l'économie française? L'activité des entreprises, à commencer par celle des commerces, a été pénalisée en cette fin d'année par le mouvement des gilets jaunes. Cela devrait se traduire par 0,1 point de croissance en moins sur le trimestre, évalue l'Insee. "Il n'est pas exclu que l'impact soit plus important", souligne Julien Pouget, chef du département de la conjoncture. L'Institut a divisé par deux sa prévision de croissance pour le dernier trimestre (0,2% au lieu de 0,4%) et abaissé sa prévision de croissance à 1,5% pour l'ensemble de l'année 2018.

Ces événements interviennent alors que l'économie française, comme dans le reste du monde, va ralentir. La guerre commerciale engagée par Donald Trump, en pesant sur le commerce extérieur, aura un effet négatif sur la croissance française. L'investissement des entreprises va rester soutenu mais ralentir. Finalement, seule la consommation des Français peut sauver les meubles. L'Insee table sur un rebond début 2019 "d'une part par contrecoup, sous l'hypothèse d'un retour à la normale", après le mouvement des gilets jaunes, "et d'autre part sous l'effet du dynamisme du pouvoir d'achat", détaille Julien Pouget. De quoi contenir le ralentissement de la croissance qui, sur les six premiers mois de 2019, devrait s'élever à 1%.

Comment les Français vont-ils se comporter?

En dehors du commerce international, "la consommation des ménages reste un aléa qui peut affecter ce scénario à la hausse comme à la baisse", prévient Julien Pouget. Malgré les gains de pouvoir d'achat annoncés, il est difficile de savoir avec certitude comment les Français vont se comporter. Vont-ils consommer plus et dynamiser davantage la croissance, ou se montrer plus prudents?

Chaque mois, l'Insee réalise une enquête sur le moral des ménages. De manière générale, lorsque leur pouvoir d'achat augmente, les Français se montrent plus optimistes quant à leur situation financière future. Mais la règle connaît des exceptions. Le mois dernier, le pouvoir d'achat a nettement augmenté sous l'effet de la baisse de la taxe d'habitation et de la suppression des cotisations chômage, et pourtant la confiance des ménages a continué de chuter. Cette baisse du moral est encore plus marquée chez les retraités et les plus modestes.

"On peut sans doute attribuer une part de la baisse de moral à des effets de calendrier", analyse le chef du département de la conjoncture de l'Insee. Les taxes sur les carburants, sur le tabac et la hausse de la CSG ayant été appliquée dès le début de l'année, alors que les principales baisse d'impôts ont eu lieu en fin d'année. Le paradoxe du mois de novembre pourrait donc rester une exception. Mais si cela venait à se pérenniser, l'économie pourrait nettement en pâtir.

À cela s'ajoute le potentiel "choc psychologique" du prélèvement à la source, qui "pourrait également affecter, à la hausse comme à la baisse, les comportements de consommation des ménages", selon l'Insee.

Jean-Christophe Catalon