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Hausse du pouvoir d'achat: les Français vont-ils en profiter pour consommer plus?

En 2018, les baisses d'impôts arrivent après les hausses. Les Français pourront le constater en octobre et profiter de ce gain de pouvoir d'achat pour consommer plus. À moins que la confiance ne soit rompue?

La patience des Français va enfin être récompensée. 2018 a été marquée par un début d'année laborieux pour le pouvoir d'achat. Dès le 1er janvier les Français ont été touchés au portefeuille avec la hausse des taxes sur l'énergie et l'augmentation de 1,7 point de la CSG. Seuls les salariés ont eu droit à un petit coup de pouce avec une baisse de certains prélèvements. La cotisation salariale maladie (0,75% du salaire brut) a été supprimée, celle sur le chômage est passée de 2,40% à 0,95%.

Le gouvernement avait aussi prévu des mesures en faveur du pouvoir d'achat, mais elles devaient intervenir plus tard dans l'année. On y est. En octobre, la cotisation chômage va être totalement effacée pour les salariés et les 80% des Français les moins aisés vont recevoir leur avis de taxe d'habitation avec une ristourne de 30%. Par ailleurs, la prime d'activité va également augmenter de 20 euros pour les salariés jusqu'à un Smic.

Le calendrier fiscal a "rajouté un choc sur le pouvoir d'achat"

Cette hausse du pouvoir d'achat devrait logiquement relancer la consommation et booster la croissance sur la fin d'année, après un premier semestre laborieux. La croissance a en effet marqué le coup plus que prévu sur la première partie de l'année, imposant au gouvernement de revoir à la baisse ses prévisions de croissance à 1,7%, contre 2% lors de ses projections d'avril. La Banque de France et l'OCDE s'accordent sur 1,6%.

Ce ralentissement résulte majoritairement "de la décélération du commerce mondial dû à la hausse du prix du baril et à des tensions politiques plus fortes qu'anticipées" notamment avec la guerre commerciale lancée par Donald Trump, analyse Éric Heyer, directeur du département analyse et prévision à l'OFCE. Mais le calendrier fiscal du gouvernement a "rajouté un choc sur le pouvoir d'achat des ménages", poursuit l'économiste.

"Les Français ils sont Saint-Thomas"

En commençant par les hausses d'impôts, le gouvernement a durement frappé le portefeuille des Français. Leur pouvoir d'achat a reculé de 0,6% au premier trimestre, selon l'Insee. Résultat, la consommation, moteur de la croissance française, a ralenti et l'optimisme des Français, qui était au plus haut depuis douze ans en janvier, a pris du plomb dans l'aile. La grève de la SNCF au printemps n'a pas arrangé l'affaire.

"Le gouvernement avait fait le pari qu'en annonçant longtemps à l'avance ses mesures, les consommateurs anticiperaient et n'attendraient pas pour dépenser. Finalement, on s'est rendu compte qu'ils regardaient surtout ce qu'il y avait marqué en bas de leur fiche de paye à la fin du mois", observe Éric Heyer.

Bruno Le Maire l'a bien remarqué. "Les Français, ils sont Saint-Thomas et ils ont raison, ils croient vaguement les politiques et ils croient surtout la réalité", a lancé le ministre de l'Économie sur BFMTV-RMC mardi.

Le moral au plus bas depuis plus de deux ans

Le pouvoir d'achat devrait en effet bondir de 1,5 point au dernier trimestre de cette année, d'après l'Insee, grâce aux mesures qui interviennent ce mois-ci. La consommation devrait repartir (+0,5) et tirer la croissance vers la cible de 1,6%-1,7%. Ce scénario est partagé par la plupart des organismes économiques.

À moins que les Français changent leur comportement. "Si la fiche de paye devient l'indicateur, la logique veut qu'ils dépensent plus sur le dernier trimestre. Mais l'économie n'est pas une science exacte, les comportements des agents ne sont pas nécessairement symétriques", nuance Éric Heyer.

Saint-Thomas hier, les Français le seront-ils encore demain? Le gouvernement a peut-être rompu la confiance pour plus de temps qu'il ne le croit. En septembre, le moral des ménages est tombé au plus bas depuis plus de deux ans, selon l'Insee. Huit Français sur dix pensent que leur pouvoir d'achat va encore se dégrader à l'avenir, selon un sondage Odoxa pour FG2A et RTL paru jeudi. L'accalmie va-t-elle se poursuivre? Si c'est le cas, la stratégie du gouvernement pour 2019, basée sur les baisses d'impôts pour les salariés, risque d'en prendre un coup.

Jean-Christophe Catalon