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Dans un Liban exsangue, la France entend jouer les chefs de chantier de la reconstruction

Vue aérienne le 26 août 2020 du port de Beyrouth et des silos de grains détruits après l'explosion survenue au début du mois.

Vue aérienne le 26 août 2020 du port de Beyrouth et des silos de grains détruits après l'explosion survenue au début du mois. - - © 2019 AFP

Emmanuel Macron est attendu mardi à Beyrouth, alors que le pays n'a toujours pas de gouvernement. Il sera évidemment question de la crise politique mais aussi de la situation économique catastrophique du pays. Paris a déjà transmis une feuille de route à suivre.

Emmanuel Macron l'avait promis lors de sa visite au cœur des décombres de Beyrouth: il sera bien de retour au Liban le 1er septembre 2020, cent ans jour pour jour après la proclamation du Grand Liban, état autonome administré par la France. A l'époque, le drapeau reprend les trois couleurs de la France, flanqué en son coeur du cèdre libanais.

Ce lundi, le drapeau de la France sera de nouveau à l'honneur pour la visite du président français, venu jouer les chefs de chantiers, dans un pays dans une situation de fragilité extrême. "Le risque aujourd'hui, c'est la disparition du Liban" expliquait le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian sur RTL, jeudi dernier.

Une urgence aussi bien politique qu'économique

L'urgence est politique: depuis l'explosion du port de Beyrouth, le 4 août dernier et la démission du gouvernement qui s'en est suivie, le pays n'a toujours pas d'exécutif. Mais l'urgence est aussi économique pour le pays anciennement surnommé la "Suisse du Moyen-Orient".

La guerre civile a détruit le pays et même 30 ans après, Beyrouth garde encore d'importants stigmates des affrontements. Symbole de la "Bataille des Hôtels" (un des premiers fronts de la guerre) mais aussi d'une certaine forme d'immobilisme, le célèbre Holiday Inn est toujours debout, criblé de balles et de trous d'obus. Depuis la fin de la guerre, les différents propriétaires n'ont jamais su s'entendre sur une destruction ou une rénovation. Comme beaucoup d'autres immeubles, il fait partie du paysage

La façade criblée de balles du Holiday Inn de beyrouth
La façade criblée de balles du Holiday Inn de beyrouth © JOSEPH EID / AFP

Depuis 1990, les escarmouches entre Israël et le Hezbollah (en 1996 ou en 2006) mais surtout le contrecoup de la guerre en Syrie ont maintenu le Liban dans une situation économique exsangue. Ces derniers mois, la situation s'est aggravée si bien que le pays s'est retrouvé en défaut de paiement début mars, affichant une dette de 170% du PIB.

Le Liban paye la corruption de ses élites et un endettement massif, permis par une livre libanaise artificiellement gonflée. Ces dernières décennies, le système financier ressemblait furieusement à une pyramide de Ponzi: les banques ont financé la dette publique en attirant les dépôts de la diaspora grâce à des taux records (10% voire 20%!), rémunérés tant que l'argent affluait. Un montage intenable qui a fini par s'effondrer lors des premiers troubles en Syrie. A cette crise endémique, le coronavirus est venu amplifier le désarroi, avec un nouveau confinement terrible pour l'économie locale. En juillet, l'inflation avait atteint +112,4% sur un an…

Une feuille de route française

Face à cette situation, la France a repris les choses en main, quitte à recevoir des accusations de paternalisme ou de néo-colonialisme. Selon Reuters, Paris a même transmis une feuille de route des réformes aux milieux politiques libanais. Transmis par l'ambassadeur de France à Beyrouth (bien que l'Elysée démente le terme '"feuille de route"), le document énumère quatre domaines prioritaires: la lutte contre le Covid-19, la reconstruction après l'explosion, des élections anticipées et surtout un ensemble de réformes politiques et économiques.

Sur ce dernier point, la France réclame un audit complet des finances de l'Etat et une réorganisation du secteur de l'électricité alors que le pays connait des coupures de courant régulières. Des conditions indispensables pour débloquer l'aide du FMI et permettre au Liban de sortir de l'impasse.

Reste qu'une sortie de crise politique semble encore loin dans ce pays multiconfessionnel où, selon le Pacte national de 1943, les différentes communautés se partagent le pouvoir: la présidence de la Républiques aux chrétiens maronites, le poste de Premier ministre au musulmans sunnites et la président de la chambre des députés aux chiites. Une division qui arrange tout le monde.

Quelle marge de manœuvre pour Emmanuel Macron? Le président a promis un "nouveau Pacte politique" aux libanais. En pratique, rien n'est plus complexe.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business