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Déconfinement: ces enseignes qui tentent de se relancer à coups de promotions

Plusieurs grandes enseignes proposent des rabais importants à l'heure du déconfinement

Plusieurs grandes enseignes proposent des rabais importants à l'heure du déconfinement - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Dès le lever de rideau lundi, plusieurs grandes enseignes ont mis en place des promotions attractives pour faire revenir leur clientèle et écouler leurs stocks. Au grand regret des petits commerçants indépendants dans l'incapacité de s'aligner.

Après huit longues semaines de fermeture, les commerces dits "non essentiels" ont pu lever le rideau lundi à la faveur du déconfinement. Sans activité durant cette période, la grande majorité d’entre eux a accumulé des stocks considérables qu’il est primordial d’écouler pour renflouer la trésorerie. 

Plus facile à dire qu'à faire. Car rien ne dit que les clients vont se ruer dans les boutiques eu égard aux risques sanitaires toujours présents et la crainte qu'ils suscitent dans les esprits. Il y a même fort à parier que la reprise sera lente. Alors, nombreuses sont les enseignes à proposer des rabais alléchants pour mettre toutes les chances de leur côté. Conjuguées à une habile communication sur le renforcement des mesures d’hygiène, ces promotions sont un argument supplémentaire susceptible d’attirer les consommateurs. 

C’est la méthode adoptée par Gifi qui a lancé "une très grande opération de -50% sur tout le magasin", a expliqué sur notre antenne le porte-parole de l’enseigne, Didier Pitelet. Mettant en avant la nécessité de déstocker, il a lancé un appel à "la solidarité" des consommateurs "pour sortir de cette période qui a fortement pénalisé le commerce". Les clients de Gifi bénéficieront de cette promotion en bons d’achat utilisables à partir du mois de juin de manière à "favoriser une seconde visite le mois d’après", analyse Elisabeth Cony, fondatrice du cabinet d'études de marchés Madame Benchmark. 

Faire revenir les clients est d’autant plus urgent que Gifi fait partie des enseignes "qui ont des rotations des stocks très rapides", ajoute-t-elle. Ces dernières "ont constitué des stocks importants en entrepôts et en magasin, confirme Laurent Thoumine, responsable Europe du secteur "retail" chez Accenture. Il faut qu’elles achètent la marchandise pour Noël mais pour cela, il faut faire rentrer le cash. Le stock qui roupille dans le magasin, c’est un stock d’argent. Tant qu’elles n’ont pas reconstitué leur trésorerie, elles vont avoir du mal à se réapprovisionner". 

Déstockage massif 

Gifi est donc loin d’être la seule enseigne à avoir opté pour les "promos" dès le confinement levé. Dans l’habillement où les articles déposés en rayons sont directement liés à la saisonnalité, Gémo propose jusqu’à 70% de rabais sur certains vêtements à l’occasion du "déstockage de printemps". Chez Kiabi, La Halle ou H&M, les réductions vont de 40 à 60% tandis que Celio vend des articles enfant dès 1,99 euro et adulte dès 9,99 euros, selon le suivi réalisé par Madame Benchmark. 

Du côté des enseignes de sport, Decathlon, Intersport et Sport 2000 sont alignés avec -50% sur une série d’articles. Go Sport a quant à elle ciblé les équipements pour la mobilité avec des rabais de 30% et alors que de nombreux Français redoutent les transports en commun. Même constat chez Conforama qui n’hésite à brader un matelas en le proposant à 189,99 euros au lieu de 2273 euros (-92%). Ou chez Ikea et Darty avec des prix baissés jusqu’à 25% pour le premier et 30% pour le second. 

Les constructeurs automobiles ne sont pas en reste. Citroën, Fiat, Opel, Kia ou Renault pour ne citer qu’eux ont mis en place des offres commerciales "spéciales déconfinement" allant du paiement différé, voire à la gratuité, de mensualités au contrat d’extension de garantie offert… 

Si elles n'ont pas fermé pendant le confinement, les enseignes de la grande distribution continuent de se livrer une guerre de parts de marché. Pour tirer leur épingle du jeu, elles misent notamment sur des opérations ciblant les "gros volumes". Leclerc a d’ailleurs avancé le lancement de son opération "Super Pouvoirs d’achat" qui était pourtant prévue en septembre. 

Des enseignes plus prudentes

-25% chez Nocibé dès 89 euros d’achat avec livraison gratuite, -40% chez Yves Rocher… Les enseignes spécialisées dans les produits de beauté proposent elles aussi quelques promotions qui demeurent cependant moins nombreuses que dans les secteurs précédemment cités. "Il n’y a pas beaucoup d'opérations commerciales parce que la fête des mères approche. Les enseignes veulent tenter de vendre leurs produits avec une certaine marge", observe Elisabeth Cony. 

D’autres secteurs se montrent encore plus prudents sur les rabais. C’est le cas des centres-auto ou des opticiens qui n’ont pas spécialement besoin de se lancer dans ces surenchères étant donné que le retour de leur clientèle est plutôt naturel dans leurs boutiques: un client qui aurait cassé ses lunettes ira de toutes façons chez l’opticien pour les faire réparer ou les changer. 

Il n’est pas non plus impossible que certaines enseignes prennent le temps de se roder en ce début de déconfinement et attendent les French Days pour pratiquer des promotions. Initialement prévu au début du mois, l’événement qui se veut l’équivalent français du Black Friday devrait finalement se tenir entre le 27 mai et le 1er juin. Un tiers des enseignes y ont participé l’an passé. 

Vers un report des soldes?

Les promotions tapageuses pratiquées par les grandes enseignes dès le lever de rideau déplaisent fortement aux petits commerçants indépendants qui ne sont pas en mesure de s’aligner. "Ils n’ont pas les moyens financiers pour supporter la perte des ventes pendant deux mois et la perte de chiffre d’affaires qui serait associée à un taux de démarque tel qu'il est appliqué par les grandes enseignes", relève Laurent Thoumine. 

Président de la Confédération des commerçants de France, Francis Palombi entend demander au ministre de l’Economie de "lancer un appel, un mot d'ordre de civilité, de solidarité commerciale aux grands groupes, aux grandes enseignes, d'être tempérés sur les grosses promotions systématiques, y compris sur Internet". Il réclame notamment à la grande distribution de ne "pas faire de publicités à outrance pour capter les consommateurs avec de grosses promotions".

Il plaide également pour un report des soldes, censés débuter le 24 juin, au 22 juillet afin que "les commerçants qui n’ont pas pu vendre et payer leurs produits de printemps puissent redémarrer" en écoulant leur stock "au juste prix avec une marge bénéficiaire normale". Une proposition mal accueillie par les grandes enseignes qui souhaiteraient démarrer les soldes au plus tard le 1er juillet.

Si Bercy n’a pas encore tranché, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire s’est dit ouvert à un décalage des soldes d’été. "Le 24 juin, c’est trop tôt. Il me semble que ce n’est pas la bonne date pour les commerçants (…). Je suis ouvert à un décalage de la période soit au début du mois de juillet, soit si certains le souhaitent, reporter encore plus tard, après l'été", a affirmé le ministre lors d'une audition à l'Assemblée nationale, fin avril. Il a demandé aux différents acteurs concernés de "trouver un compromis pour proposer de nouvelles dates". Sans quoi, le gouvernement prendra seul la décision. 

Paul Louis