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Déconfinement: les enseignes de vêtements pressées de rouvrir pour écouler leur stock

La Fédération nationale de l'habillement estime avoir déjà perdu 40% de son chiffre d'affaires annuel de 2020.

La Fédération nationale de l'habillement estime avoir déjà perdu 40% de son chiffre d'affaires annuel de 2020. - Cesar Manso - AFP

Avec des stocks estimés à 2,5 milliards d'euros par la Fédération de l'habillement, le secteur a un besoin urgent de se refaire une trésorerie et de vendre robes, maillots et sandales, qui n'ont pas trouvé preneurs à cause du confinement.

Un "protocole sanitaire" risquant de créer angoisse et frustration pour les vendeuses et les clientes, des stocks à écouler à tout prix pour renflouer la trésorerie, une reprise de la consommation aux contours encore flous: les magasins de vêtements qui vont rouvrir lundi font face à de gros enjeux.

"On a hâte mais également un peu d'appréhension, car tout est nouveau, sans le côté 'détendu' de d'habitude et avec peut-être une queue dehors qui va engendrer de la frustration chez nos clientes", explique Caroline Baldy, de l'enseigne parisienne de prêt-à-porter féminin Mademoiselle Jeanne.

Elle a prévenu depuis quelques jours ses clientes sur Instagram des mesures sanitaires mises en place pour la réouverture: port du masque, accès limité aux deux boutiques du Marais et de Bastille, mise à disposition de gel hydroalcoolique, désinfection régulière des cabines et terminaux de paiement, mise en "quarantaine" des vêtements essayés pendant au moins trois heures... 

"On a pioché ces préconisations un peu partout", détaille la jeune femme. L'une d'entre elles notamment, provenant de la Fédération nationale de l'habillement (FNH), "a été une surprise": ainsi, "il vaut mieux encourager la cliente à essayer le produit en magasin plutôt qu'elle ne l'emmène chez elle et ne revienne en boutique car il ne lui convient pas, avec le risque qu'il soit infecté". 

Retrouver le contact avec la clientèle

Autre mesure, trouvée auprès d'un pneumologue: "si les clientes se désinfectent les mains à l'entrée avec du gel hydroalcoolique, elles pourront toucher les produits car à 95%, ils ne seront pas souillés ensuite", souligne Caroline Baldy.

Sur la dizaine d'employés, un seul a émis des réserves pour revenir travailler lundi, ajoute-t-elle, se disant "très contente" de retrouver le "contact" avec sa clientèle. "Même si le 'e-shop' a permis d'écouler quelques pièces, ça ne remplace par la vente en boutique."

Avec des stocks estimés à 2,5 milliards d'euros par la FNH, le secteur, qui compte plus de 30.000 entreprises, 100.000 emplois directs et dégage 12 milliards de chiffre d'affaires annuel, a un besoin urgent de se refaire une trésorerie et de vendre robes, maillots et sandales, qui n'ont pas trouvé preneurs à cause du confinement.

Or, "si l'on se fonde sur les études comportementales des consommateurs, le redémarrage se fera de manière faible et graduelle", s'alarme Eric Mertz, le président de la FNH, cité dans un communiqué.

La Fédération estime avoir déjà perdu 40% de son chiffre d'affaires annuel de 2020: "la bataille des promotions va inexorablement nous traîner vers l'abime et la faillite", estime encore Eric Mertz, pour qui le report des soldes d'été est plus que nécessaire.

Des horaires d'ouvertures réduits

Si "tout le monde" se prépare théoriquement à rouvrir le 11 mai, un autre sujet se pose en terme d'organisation selon les "profils" des commerçants, explique Emmanuel Le Roch, délégué général de la Fédération du commerce spécialisée Procos, qui représente plus de 300 enseignes.

Il y a ceux "qui ont anticipé en envoyant sur place des équipes pour réapprovisionner le magasin, et ceux qui sont dans une optique plus prudente et qui vont réaménager le magasin plutôt à partir du 11 mai, et donc n'ouvrir véritablement que dans les jours qui suivent".

D'autant qu'un "problème majeur" n'a pas encore été réglé: la réouverture des centres commerciaux de plus de 40.000 m2, en théorie autorisée "sauf arrêté d'interdiction du préfet".

Reste enfin "une vraie inconnue très très forte, c'est la disponibilité des salariés, puisqu'on ne saura que jeudi quels seront les départements rouges et verts et donc si les écoles seront rouvertes ou pas", souligne Emmanuel Le Roch.

D'où la probable nécessité pendant les deux à trois premières semaines de "réduire les plages horaires d'ouverture", avec des "accidents de parcours" possibles, comme des fermetures plus tôt "car il n'y aura pas les effectifs pour tenir toute la journée". 

C.C. avec AFP