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Au sein du CAC40, l'heure est à la séparation des pouvoirs entre président et directeur général

Depuis le début de l'année, c'est le grand chambardement dans certaines entreprises du CAC40. Plusieurs entreprises ont ainsi annoncé un changement de gouvernance, optant pour une direction à deux têtes.

Danone n'aura bientôt plus de grand patron. Dans un pays habitué au sacro-saint PDG, la séparation des pouvoirs entre un directeur général, en charge de l'opérationnel, et un président du Conseil d'administration, est finalement en train de s'imposer doucement au sein du CAC40.

La semaine dernière, Martin Bouygues annonçait ainsi céder les commandes de son groupe à son bras droit Olivier Roussat, conservant seulement le poste de président du groupe. Et il n'est pas le seul: d'autres dissociations sont prévues dans le courant de l'année comme chez L'Oréal ou Saint-Gobain.

Stéphane Richard, le PDG d'Orange dit aussi y réfléchir.

Historiquement, la société a été dirigée par un président directeur général ; c'est le cas depuis 30 ans. Ce n'est pas pour l'éternité", a-t-il prévenu. De la même façon, Scor et Valeo y passeront l'an prochain...

A l'exception des groupes familiaux, ce modèle très courant au Royaume-Uni et aux Etats-Unis commence à devenir majoritaire également en France et concerne désormais près de la moitié du Cac 40.

Influence étrangère

Comment l'expliquer? Probablement une évolution des mœurs, en premier lieu. L'omnipotence de Carlos Ghosn est souvent pointée du doigt dans les difficultés actuelles de Renault, dont le choix de la séparation des pouvoirs a été une condition sine qua non pour assainir le dialogue avec l'allié Nissan.

Mais on peut aussi y voir, d'après les analystes, l'influence des administrateurs étrangers de plus en plus présents au board des grands groupes français. Plus à l'aise avec les fonctions dissociées, ils y trouvent un meilleur équilibre des pouvoirs. Transparence, efficacité opérationnelle sont d'ailleurs les raisons mises en avant pour expliquer ces changements.

L'influence des fonds activistes (très actifs ces dernières années), méfiants vis-à-vis des patrons trop puissants, a accentué cette dynamique.

Une transition en douceur

Mais il s'agit parfois simplement d'assurer une transition en douceur, entre un PDG qui a fortement marqué l'entreprise et son dauphin. C'est par exemple le cas chez Saint-Gobain, qui profite de sa bonne santé financière pour assurer le passage de flambeau.

La gouvernance, cela dépend des pays, des cultures d'entreprise et cela dépend des personnes", résume ainsi son actuel PDG, Pierre-André de Chalendar sur BFM Business.

Il laissera la direction opérationnelle à Benoît Bazin, pour ne garder que le poste de président. Une transition similaire à celle qui lui avait permis de prendre les rênes du groupe en 2007. Le PDG d'alors, Jean-Louis Beffa, était resté trois ans à la tête du conseil d'administration avant de céder sa place.

Thomas Leroy avec Hélène Cornet