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Essai - Ford Fiesta ST, la "pocket rocket" que l'Amérique n'aura pas

Un an après la sortie de la nouvelle Fiesta, Ford dévoile sa version sportive, la "ST", avec un 3 cylindres boosté à 200 chevaux. Une déclinaison particulièrement attendue après la très réussie ST200 sur la précédente génération. Une bombe américaine mais made in (and for) l'Europe.

Alors que la guerre commerciale bat son plein entre les Etats-Unis et l'Europe, le soldat Ford balance une petite bombe sur le vieux continent. Mais c'est le type de projectile qu'on prendrait bien tous les jours en pleine figure... Son nom: Fiesta ST, ou "pocket rocket" (roquette de poche) pour les ingénieurs qui ont participé à sa conception, soit la version sportive de la célèbre citadine polyvalente de la marque américaine, renouvelée l'an dernier

C'est d'ailleurs l'un des véhicules les plus européens de sa gamme, développé et produit par la division Ford Performance sur le site de Cologne, en Allemagne. La dernière génération de Fiesta n'est d'ailleurs plus proposée outre-Atlantique. L'Amérique du Nord n'aura donc pas le droit, non plus, à cette version ST. 

Le 3 cylindres 1,5 litres de 200 ch se montre assez performant en mode sport
Le 3 cylindres 1,5 litres de 200 ch se montre assez performant en mode sport © Ford

Mais pourquoi la Ford Fiesta ST?

Dans la catégorie des bombinettes, la Ford Fiesta s'impose comme une référence face aux petites GTI européennes des marques françaises et allemandes. Sur la précédente génération, la ST200, faisait grimper la puissance du petit 4 cylindres de la citadine à 200 chevaux et y associait un comportement joueur très plaisant. Autant dire que la petite nouvelle avait la pression pour se montrer à la hauteur, avec un passage redouté au 3 cylindres...

Pour notre plus grand plaisir, Ford décline depuis un certain temps ses Fiesta en versions musclées. L'occasion de donner un coup de peps dans sa gamme et de rendre plus sympathique un véhicule somme toute banal, qu'on associe naturellement davantage à son côté pratique plutôt qu'à une certaine idée du plaisir de conduite. La belle histoire démarre en 1981 avec la Fiesta XR2 de 84 chevaux et Ford n'a cessé depuis d'améliorer sa copie. Jusqu'à donc cette ST 2018, neuvième représentante de ces déclinaisons débridées des Fiesta. 

Les jantes 18 pouces font partie des éléments dédiées à cette version ST.
Les jantes 18 pouces font partie des éléments dédiées à cette version ST. © JB

Au volant

En s'approchant de plus près de cette nouvelle Fiesta ST, on note quelques détails rappelant son ADN sportif: la calandre spécifique en nid d'abeille avec effet vaguelettes, bardée du logo ST, des éléments de couleur noire sur le bouclier et les rétroviseurs ou encore un becquet et un diffuseur arrière pour souligner l'appui aérodynamique. Le tout reste assez discret, on peut se fondre dans la masse des autres Fiesta de septième génération, tout en affichant son côté sportif.

A noter d'ailleurs que c'est la seule version à ne pas afficher cette dénomination "Fiesta" sur sa carrosserie. On y retrouve simplement les deux logos ST à l'avant et à l'arrière, et à l'intérieur du véhicule. En ouvrant la portière, on découvre de nouveaux petits détails comme des éléments en imitation carbone ou le logo ST sur le volant à méplat, aussi joli avec surpiqûres, qu'agréable à prendre en main.

On se réjouit aussi de découvrir les sièges sport fournis par Recaro. Une fois installés à bord, ces derniers offrent un excellent maintien et confirme ce qui s'impose comme un des gros points forts de cette ST: sa polyvalence.

Les sièges Recaro renforcent le sentiment de sportivité à l'intérieur... et assure un bon maintien
Les sièges Recaro renforcent le sentiment de sportivité à l'intérieur... et assure un bon maintien © Ford

Cette Fiesta ST se révèle en effet étonnement confortable. Les suspensions sont assez fermes pour profiter de ses capacités mais peuvent se montre suffisamment souples pour bien absorber les aspérités de la route. Contrairement à la précédente ST200, terriblement jouissive mais qui n'assurait pas trop niveau confort, c'est clairement un plus pour ceux qui voudront utiliser leur Fiesta pour d'autres activités que la conduite sportive: les enfants, les courses et les trajets domicile-travail ne valent pas forcément la peine de se briser le dos! A noter aussi que la ST sera également proposée en version 5 portes, il suffit d'ajouter 600 euros à la facture finale.

Et, en bonus, on profite de la très bonne connectivité de la dernière Fiesta, avec son écran tactile 6,5 ou 8 pouces intégrant Android Auto et Carplay: c'est d'ailleurs sur cette Fiesta ST que nous avons pu vérifier que Ford était bien la première marque à proposer une possibilité en première monte pour que les utilisateurs iPhone puissent utiliser Waze directement sur l'écran de la voiture.

Subsiste malgré tout une crainte: avec ce confort et le passage au 3 cylindres 1,5 litre, cette ST est-elle toujours une petite sportive fun? Pour le savoir, il est alors temps de passer du mode normal au mode sport, le sélecteur de modes étant une première sur ce modèle (voir LE truc en plus).

On est ainsi rassuré très rapidement: plutôt discret en mode normal (ce qui est peut-être utile pour ne pas effrayer tout le voisinage en milieu urbain), le 3 cylindres fait à la fois plaisir dans ses performances et, de manière plus étonnante, dans sa sonorité. A chaque accélération et décélération, on a ainsi un cocktail qui donne le sourire. La boîte manuelle 6 vitesses est également bien adaptée, se maniant aisément elle ne fait pas regretter une boîte automatique performante qu'on retrouve désormais sur de nombreux modèles.

Ford semble avoir ainsi trouvé un digne successeur au 4 cylindres de la ST200, en poussant le 3 cylindres à la même puissance, 200 ch, et au même couple 290 Nm, sachant que ce downsizing permet aussi de limiter sa consommation et, surtout, son malus (voir 'LE' chiffre ci-dessous).

Côté conso, difficile en effet de rester sobre en mode sport, on dépasse aisément les 14 litres au 100 km. Sur le papier, elle peut théoriquement descendre à une moyenne de 6 litres aux 100 km, grâce à la désactivation d'un cylindre à rythme stabilisé, sur autoroute par exemple. Un modèle Ford Performance capable de passer en bicylindre, c'est une première que ne manqueront pas de souligner les fans de la Mustang GT et son gros V8 5 litres!

Le comportement reste joueur tout en étant rassurant, avec des suspensions arrière retravaillées par Ford Performance. Le différentiel à glissement limité, inclus dans le pack performance dont profitaient nos modèles d'essai, permet en outre des passages de courbes plus rapides, conférant à cette Fiesta ST un supplément d'agilité appréciable.

La connectivité de la Fiesta et des petits détails propres à cette ST: un cocktail gagnant.
La connectivité de la Fiesta et des petits détails propres à cette ST: un cocktail gagnant. © Ford

'LE' truc en plus: 3 modes et un Launch Control

C'est désormais une mode bien établie que de proposer un sélecteur de modes de conduite. Parfois superflue, cette possibilité se révèle assez bien exploitée sur cette petite ST. Si les suspensions ne sont pas réglables, il permet déjà de jouer sur l'accélération, la direction, le contrôle de stabilité (avec un déclenchement plus ou moins tardif de l'ESP) et la valve active de l'échappement (et donc sur la sonorité du moteur).

Si nous n'avons malheureusement pas pu tester le mode "Track" sur circuit, le Launch Control est lui disponible dès le passage en mode sport. S'il ne permet pas à la Fiesta ST d'exploser ses performances sur le 0 à 100 km/h (effectué en 6,5 secondes), la scénographie qui exploite le petit écran numérique entre les deux compteurs analogiques est une vraie réussite: une fois activé à l'arrêt, un grand zéro entouré de drapeaux à damier se remplit de rouge lorsqu'on appuie à fond sur l'accélérateur. Le compte-tours se stabilise alors à 3.000 tours minutes et il n'y a plus qu'à relâcher l'embrayage pour effectuer son départ canon. Se dégage alors un bonheur complètement puéril... mais c'est aussi fait pour ça les petites GTI.

La cinématique du Launch Control est particulièrement réussi.
La cinématique du Launch Control est particulièrement réussi. © Ford

'LE' chiffre: 690

C'est, en euros, le malus qui s'applique sur cette Fiesta ST. C'est clairement une des vertus du 3 cylindres qui limite ses émissions à 136 g/km. Avec le précédent moteur de la ST200, pour seulement 4 petits grammes de plus, il aurait fallu débourser... 1.050 euros. Une différence significative surtout pour ce modèle qui se positionne de manière très compétitive sur son rapport qualité prix.

La Fiesta ST Pack (qui profite déjà de nombreux équipements et options) démarre ainsi à 23.200 euros, de quoi la voir bousculer le marché actuel. Avec ce prix de base, elle se révèle ainsi moins chère que ses concurrentes directes comme les Peugeot 208 GTI, Renault Clio RS ou Volkswagen Polo GTI.

Notre modèle d'essai était de son côté estimé à 27.250 euros. En partant d'une Fiesta ST Plus (24.600 euros) qui profite notamment des jantes alliage 18 pouces (17 pouces pour la ST Pack), il faut ajouter un pack performance pour profiter du différentiel à glissement limité et du launch control (950 euros), de la peinture métallisée (500 euros), des phares full-led (600 euros) et différentes options de sécurité (surveillance des angles morts et caméra de recul). Une addition finale qui reste relativement raisonnable. 

A moins de 30.000 euros, cette version sportive de la Fiesta ne plaira certainement pas aux plus fortunés.
A moins de 30.000 euros, cette version sportive de la Fiesta ne plaira certainement pas aux plus fortunés. © JB

Notre modèle d'essai: Ford Fiesta ST Plus avec le pack performance, prix avec options 27.250 euros

Julien Bonnet