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Essai - Ford Mustang: pourquoi est-elle si méchante?

Ford restyle la 6e génération de la Mustang. Toujours mythique, la belle Américaine gagne un comportement sur route plus européen.

Des pouces levés, des sourires, des signes de la main. A voir le bonheur sur le visage des piétons, cyclistes, passants, motards, automobilistes au moment où leur route croisait la nôtre, la Sécurité sociale aurait tout à gagner à rembourser la Mustang (au moins en partie). Ford ouvre le carnet d’ordonnances... euh de commandes, en avril, de cette sixième génération restylée de la "pony-car". Et bien qu’au premier coup d’œil, son look encore plus agressif comme sa puissance puissent effrayer, derrière le volant, la Mustang amène le sourire sur le visage de son conducteur grâce à un comportement routier qui se rapproche des coupés européens.

Comme la précédente, cette Mustang 2018 dispose de deux motorisations: un moteur quatre cylindres EcoBoost de 290 chevaux (en photo) ou un V8 de 450 chevaux.
Comme la précédente, cette Mustang 2018 dispose de deux motorisations: un moteur quatre cylindres EcoBoost de 290 chevaux (en photo) ou un V8 de 450 chevaux. © BFM

Mais pourquoi... la Ford Mustang?

Elle fait partie des voitures pour lesquelles la question ne se pose pas. La Mustang incarne en effet l’automobile depuis 1964, et son lancement par Ford. La marque lance alors une "petite" voiture (à l’échelle américaine) à destination des jeunes, afin de se démarquer des paquebots de plus de 5 mètres que conduisent leurs parents. En créant cette voiture, il crée un mythe, célébré depuis avec plusieurs millions d’exemplaires vendus dans le monde. Le mythe a bien entendu dépassé les frontières des États-Unis et de Détroit depuis bien longtemps. Avec un coup d’accélérateur en 2015.

C’est à cette date que Ford a décidé pour la première fois de commercialiser directement la Mustang hors des Etats-Unis. Trois ans plus tard, la "pony-car" est vendue dans 140 pays. À un tarif certes plus élevé que sur sa terre natale, la Mustang reste un bon compromis prix-puissance-mythe. A titre de comparaison, même si les publics ciblés sont différents, la 'Fastback' (la version coupé) offre 450 chevaux, soit un peu plus qu’une Porsche 911 Carrera S, mais à un tarif deux fois moins élevé (46.500 euros pour le V8 en prix de base). Et cet argument, Ford n’arrête pas de le marteler. Un mythe, oui mais à prix dégriffé.

En Europe, la Mustang reste une grande voiture, avec 4,78 mètres de longueur, pour presque 2 mètres de large.
En Europe, la Mustang reste une grande voiture, avec 4,78 mètres de longueur, pour presque 2 mètres de large. © BFM

L’amoureux de la 911 n’est pas (forcément) celui de la Mustang. Mais le mythe qui se dégage de ces deux modèles a des racines proches: elles sont nées la même année, avec une promesse de liberté, à peu près tenue depuis. C’est sur ce mythe que Ford a travaillé pour restyler la Mustang (voir plus bas ‘Le truc en plus’), tout en l’adaptant à son époque, et surtout à ses clients à travers le monde. Et il faut bien reconnaître que la machine marche plutôt bien.

Au volant

"Nous avons amélioré la voiture en écoutant nos clients, et leur usage au quotidien", nous explique Matthias Tonn, ingénieur en chef de la Mustang. "En Europe, et notamment en Allemagne, les clients roulent beaucoup plus vite qu’aux Etats-Unis, nous avons retravaillé l’aérodynamique. Les conducteurs européens utilisent aussi toute l’année leurs pneus été, donc nous avons travaillé sur la direction."

La version V8 se reconnait à ses logos '5.0' sur les flancs, et au sigle 'GT' sur le coffre.
La version V8 se reconnait à ses logos '5.0' sur les flancs, et au sigle 'GT' sur le coffre. © BFM

La vraie différence de cette Mustang restylée tient en effet dans sa tenue de route qui se fait plus sûre, plus précise, avec une voiture qui se place bien dans les virages. Un pallier semble franchi par rapport à la Mustang 2015, plus taillée pour les larges avenues américaines et les lignes droites, que pour les petites routes de l’Esterel que nous avons sillonnées pendant 2 jours.

Le confort a également été amélioré avec deux équipements (en option) qui changent tout. Tout d’abord, les sièges baquet Recaro (1800 euros de plus). Sans casser le design intérieur, ils apportent un maintien qui permet de prendre chaque virage collé à la route. La Mustang semble enfin autant aimer les routes sinueuses que les accélérations brutes en ligne droite. Elle aime enfin prendre les virages sans être obligée de glisser (ou de drifter).

La Mustang dispose d'un système nommé 'Valve Active'. Il permet de modifier la sonorité de l'échappement, pour rendre le V8 plus ou moins chantant.
La Mustang dispose d'un système nommé 'Valve Active'. Il permet de modifier la sonorité de l'échappement, pour rendre le V8 plus ou moins chantant. © BFM

Ce comportement très européen vient aussi des suspensions MagneRide (2000 euros de plus). Cette technologie existe depuis 2 décennies sur des modèles Lamborghini, Ferrari, Cadillac, mais elle arrive pour la première fois sur la Mustang de série, après une première expérimentation sur la Shelby en 2016.

"A partir des données fournies par un ensemble de capteurs sur la Mustang, un calculateur fait varier le champ magnétique sur le fluide contenu dans l’amortisseur", nous explique Patrick Lagoutte, ingénieur chez BWI (une ancienne filiale de Delphi, aujourd’hui propriété d’un groupe chinois), qui a développé cette solution technique.

"Nous avons travaillé ensemble pour adapter leur technologie à la Mustang", poursuit Michael Del Zio, ingénieur train roulant chez Ford. "La Mustang n’a pas seulement un comportement plus sportif, mais les suspensions sont plus efficaces tout le temps."

Et ça se ressent. Globalement, sur route, et aussi bien dans sa version V8 qu’avec le moteur quatre cylindres EcoBoost, la Mustang se montre très efficace, au point d’apparaître comme une voiture aux multiples personnalités. C’est surtout palpable sur la version EcoBoost. Ce moteur a perdu une vingtaine de chevaux (290 au total sur cette nouvelle déclinaison) et reste très sage en mode normal. Mais en mode 'Sport+' et sans ESP, même lui rugit, se fait puissant dans les accélérations... et autorise le patinage.
Ford a donné un look plus agressif à la Mustang. Le constructeur explique avoir retravaillé le design afin la rendre plus aérodynamique.
Ford a donné un look plus agressif à la Mustang. Le constructeur explique avoir retravaillé le design afin la rendre plus aérodynamique. © BFM

"LE" truc en plus: le mythe dans les détails

Ford capitalise pleinement sur l’histoire de la Mustang pour la commercialiser hors des Etats-Unis. La marque américaine a donc soigné les détails pour rappeler l’ADN de la voiture, notamment pour faire passer l’arrivée de technologies modernes. Ainsi, le clignotant a le rythme du pas d’un cheval.

Les montées dans les tours sont très stylisées dans leur présentation, ce qui permet de profiter pleinement des possibilités offertes par l’écran digital, sans dénaturer l’esprit performance de la voiture. C’est en effet la première fois que la Mustang perd ses compte-tours au profit d’un écran digital derrière le volant. Très lisible, il autorise plus facilement aussi la sélection dans les menus. Sur le côté droit du volant, un petit bouton avec un logo Mustang permet de choisir par exemple une sonorité plus ou moins forte pour l’échappement (avec un mode silencieux pour rester en bons termes avec ses voisins), ou d’accéder au 'Line Lock' (de série), ce mode qui bloque les roues avant afin de la faire patiner.

Pour la première fois, les compteurs de la Mustang sont remplacés par un écran digital. Ce combiné d'instrumentation de 12 pouces a déjà été utilisé sur la Ford GT.
Pour la première fois, les compteurs de la Mustang sont remplacés par un écran digital. Ce combiné d'instrumentation de 12 pouces a déjà été utilisé sur la Ford GT. © BFM

"LE" chiffre: 8

C’est le nombre de cylindres, disposés en V, du moteur fétiche de la Mustang. Largement en alu, ce bloc représente l’une des principales raisons d’achat pour ce véhicule. Le V8 représente ainsi jusqu’à présent 77% des ventes en Europe (plutôt dans les 60% en France).

"Et nous devrions passer la barre des 80% avec cette nouvelle version, car la différence de malus entre les deux versions, qui pouvait représenter un enjeu pour certains de nos clients, est devenue très faible", confie Louis-Carl Vignon, président de Ford France.

Avec un couple de 590Nm, et 450 chevaux (20 de plus que précédemment), le V8 permet un passage de 0 à 100 en seulement de 4,3 secondes. La consommation frise elle facilement avec les 20 litres. Mais quand on aime, on ne compte pas.
La boite de vitesse automatique 10 rapports est facturée 2000 euros de plus.
La boite de vitesse automatique 10 rapports est facturée 2000 euros de plus. © -

Nos versions à l’essai:

En bleu "Lightning Blue", la Ford Mustang EcoBoost 2.3 litres de 290 chevaux, à partir de 39.990 euros En noir "Shadow Black", la Ford Mustang V8 5.0 litres de 450 chevaux, toutes deux en boite automatique 10 rapports, un modèle facturé lors de notre essai 52.800 euros avec options.

Pauline Ducamp