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Essai - A bord du Nissan Qashqai semi-autonome

De plus en plus de modèles, plus seulement dans le premium, proposent des assistants de conduite avancés pour soulager le conducteur sur la gestion de la vitesse et de la direction. Mais pour quel résultat? Démonstration dans le dernier Nissan Qashqai Drive Edition.

C'est une fonction désormais proposées par de nombreuses marques automobiles. Lancés dans un premier temps sur les modèles premium, les assistants de conduite très poussés sont désormais accessibles pour des budgets plus serrés. Une démocratisation en cours que nous avons voulu tester à bord d'un des best-sellers de Nissan, le Qashqai.

Mais pourquoi... le Nissan Qashqai?

Ce modèle a d'une certaine manière lancé la vague des crossovers et SUV lors de la sortie de la première génération en 2007. Le deuxième du nom, sorti en 2014, a été restylé l'an dernier. De quoi recevoir de nouvelles fonctionnalités, dont celles liées à la conduite assistée, comme sur notre version proposée à l'essai: le Qashqai "Drive Edition". Un drôle de nom vu que cette finition permet à son conducteur... de moins conduire!

C'est en tout cas la promesse de Nissan: proposer un véhicule semi-autonome avec un prix de départ de 35.500 euros. Alors mission remplie ou belles paroles?

Le conducteur assisté, mais pas (encore) remplacé

Petit point lexical pour démarrer: que désigne réellement cette appellation de "véhicule semi-autonome" (on parle aussi de véhicule autonome de niveau 2 ou 3)? Ce terme suggère que le conducteur peut déléguer une partie de la conduite, en couplant régulateur adaptatif (la vitesse est adaptée en fonction de celle du véhicule qui roule devant) et suivi des lignes de la route (les caméras reconnaissent le tracé et le volant tourne tout seul).

Cette caméra située sous le rétroviseur permet d'identifier le marquage au sol sur la route, et donc de gérer la trajectoire du Qashqai.
Cette caméra située sous le rétroviseur permet d'identifier le marquage au sol sur la route, et donc de gérer la trajectoire du Qashqai. © JB

Il s'agit donc d'une mise en bouche avant la future conduite réellement autonome, c'est-à-dire lorsque le conducteur pourra recourir à un chauffeur virtuel sur des portions données. La conduite 100% autonome sera alors dans un premier temps opérée sur voie rapide où le pilotage automatique est relativement déjà bien maîtrisé, comme nous l'avions vu lors de notre essai "sans les mains, sans les yeux" d'un prototype de Renault sur autoroute. A terme, elle sera possible sur l'ensemble du parcours, dans des véhicules où il ne sera même plus possible de conduire mais simplement d'indiquer sa destination. Ce qu'on retrouve sur un autre concept Renault récent.

En attendant ce futur plus ou moins proche, il faut rappeler que les fonctions actuelles ne sont que des assistants de conduite. Certes poussés, ils n'autorisent pas le conducteur à lâcher le volant, ce qui reste donc dans tous les cas une infraction passible de 35 euros d'amende. Il est également interdit de recourir à ce service pour effectuer autre chose comme envoyer un sms ou consulter ses mails ou les réseaux sociaux, sachant que tout accident se retournera contre le conducteur qui doit rester en toutes circonstances maître du véhicule.

Au volant avec ProPilot: mode d'emploi en "deux touches"

Sur notre Nissan Qashqai à l'essai, cette version 'Drive Edition' associe un moteur diesel à une boîte Xtronic 7 rapports. Une transmission automatique s'avère en effet nécessaire pour que la voiture puisse également gérer les passages de vitesse. Cette édition spéciale embarque le système ProPilot inauguré sur la deuxième génération de sa Leaf 100% électrique.

Le mode d'emploi est simplissime: en deux touches seulement, la marque japonaise nous promet d'être assisté sur les principaux paramètres de conduite, à savoir tourner le volant, tout en gérant l'accélération et le freinage.

Nous en faisons rapidement la démonstration sur une longue ligne droite. Un appui sur le bouton ProPilot représentant une voiture entourée d'ondes, puis sur le bouton "Set" d'activation du régulateur adaptatif, et nous voici en conditions pour un trajet assisté. Le suivi des lignes de la route, s'il fonctionne, se matérialise par un tracé et un volant verts sur l'écran entre les compteurs derrière le volant (voir la video). Le conducteur n'a plus qu'à ajuster la vitesse au régulateur, ou à régler l'écart souhaité avec le véhicule de devant. Sur voie rapide, on sent rapidement un soulagement, avec une concentration plus globale sur la route et donc moins fatigante.

Avec une mauvaise météo, le ProPilot n'est plus disponible. Ce n'est cependant arrivé qu'une seule fois lors de notre essai où le temps était assez pluvieux.
Avec une mauvaise météo, le ProPilot n'est plus disponible. Ce n'est cependant arrivé qu'une seule fois lors de notre essai où le temps était assez pluvieux. © JB

Contrairement à d'autres modèles avec un suivi de voie approximatif (et commercialisés comme des voitures de niveau 2), ce Nissan Qashqai Drive Edition nous a semblé plutôt bon dans le suivi de la trajectoire. Pas question ici de lâcher le volant, mais on sent bien que ce serait possible, du moins dans les courbes des voies rapides, sans que la voiture finisse dans le décor. On en revient alors au dilemme de l'assistant à la distraction: vaut-il mieux un chauffeur virtuel encore très imparfait, ce qui oblige le conducteur à rester en permanence vigilant, ou une voiture réellement semi-autonome, qui peut inciter à des pratiques dangereuses?

Sur le Qashqai, la responsabilisation du conducteur passe par des bips sonores de plus en plus insistants et des animations sur l'écran entre les compteurs. Si le conducteur ne remet pas les mains sur le volant, la vitesse finit par décélérer avec des coups de frein successifs à même de sortir le conducteur du sommeil, tout en restant dans sa voie. Si aucune réaction n'est détectée, la voiture s'immobilise en déclenchant ses warning. Nous ne sommes pas allés jusqu'à tester cet arrêt total mais cela reste une procédure assez classique, qu'on retrouve sur d'autres modèles. De quoi potentiellement minimiser les conséquences liées à un malaise du conducteur.

A la recherche des bouchons

Dans le cadre de cet essai, nous nous sommes mis en quête d'embouteillages, une situation assez inédite pour un conducteur. Un peu en avance sur l'heure de pointe de fin de journée, le trafic de la région parisienne nous a finalement assez rapidement permis de tester le mode d'assistance dans les bouchons, l'autre atout du ProPilot.

La conduite semi-autonome, ce n'est pas encore le pilotage automatique d'un avion de ligne, mais on s'en approche!
La conduite semi-autonome, ce n'est pas encore le pilotage automatique d'un avion de ligne, mais on s'en approche! © EM

Lors d'un ralentissement, le régulateur adaptatif adapte logiquement la vitesse du véhicule, pour aller jusqu'à l'arrêt total du véhicule. Dans ce cas de figure, si l'arrêt dure moins de 3 secondes, la voiture redémarre d'elle-même. Sinon, le conducteur doit ré-appuyer sur l'accélérateur ou appuyer sur un bouton sur le volant, cette dernière option permettant de repartir plus en douceur. 

Pour un habitué d'une conduite en boite manuelle dans un trafic perturbé, le gain en confort de conduite est significatif. Finis les aller-retour permanents avec le levier de vitesse, les pieds restent eux au repos.

'LE' chiffre: 35.500

C'est, en euros, le prix à débourser pour cette version 'Drive Edition', ce qui représente un surcoût de 4.900 euros, par rapport au Qashqai en finition de base 'Acenta' (à motorisation/transmission équivalentes).

Avec des modèles proposant des fonctions proches chez d'autres marques généralistes et sur tous les segments, l'important est au final de se faire une idée en testant cette fonction sur le ou les véhicules qui vous intéressent, avant d'envisager un achat. De quoi trouver le bon compromis entre technologies, motorisation et design extérieur.

Notre version à l'essai: Nissan Qashqai Drive Edition, avec le moteur diesel dCi 130 et la transmission Xtronic

Julien Bonnet, avec Elise Maillard