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Genève 2018: EZ-GO ou la Renault  sans volant 

Renault vient de dévoiler un concept futuriste au salon de Genève. La vision de la voiture de 2030... que vous ne posséderez pas. Elle sera en effet en autopartage, autonome, électrique et cherche une certaine harmonie dans le décor urbain.

C'est un long vaisseau qui s'insérerait très bien dans les films d'anticipation comme Minority Report. Son nom: "EZ-GO" (prononcer "easy go" pour "se déplacer facilement"), un "concept-car" que dévoile ce mardi Renault au salon automobile de Genève. Si certains prototypes présentés par les marques automobiles préfigurent de futurs modèles, ce n'est pas vraiment le cas de celui-ci. Du moins à court terme. 

Ce concept de taxi-robot paraît en effet plus crédible dans la ville de 2030 que dans celle de 2020. Pour Renault, EZ-GO doit dès aujourd'hui anticiper le véhicule d'après-demain. Le concept intègre en effet différentes orientations technologiques qui devraient émerger au cours des prochaines années.

Zéro émission, évidemment

Première grande tendance: la fin du moteur thermique. Dans les centres-villes respirables de demain, EZ.GO est bien sûr électrique. Nous parlons bien sûr d'une époque où il sera sans doute impossible de circuler avec d'autres voitures que du zéro émission. Seule la vapeur d'eau émise par les véhicules à hydrogène sera tolérée et les moteurs thermiques en voie de disparition, bien cachés dans des systèmes hybrides ayant permis la transition de l'ancien monde au nouveau. Renault a donc fait le choix d'une batterie dans le plancher, associé à un seul moteur. Peu importe le 0 à 100 km/h ou l'autonomie, ce que promet EZ-GO c'est de vous transporter, avec vos amis ou des inconnus, d'un point A à un point B en assurant un rapport qualité–prix du trajet optimisé.

Autopartage du futur

C’est la deuxième grande tendance proposée par ce concept: la fin de la voiture individuelle. Ce véhicule d'après-demain, vous ne le posséderez pas. La marque au losange a déjà lancé son propre service "Renault Mobility" pour passer de vendeur de voitures à fournisseur de services de mobilité. Alors que cette application permet actuellement d'emprunter des Zoé, Captur et Clio sur des sites-tests comme La Défense, EZ-GO pourrait représenter l'évolution ultime de cet autopartage en plein développement. Renault pourrait également vendre ce véhicule à des flottes de "VTSC" (véhicule de transport sans chauffeur), le Uber version 2030.

Comme avec les VTC actuels, pour monter à bord, vous commanderez votre course depuis votre smartphone ou, pour ceux qui n'ont plus de batterie ou les éternels résistants au téléphone mobile, depuis la station d’accueil du véhicule, cette dernière disposant d'un écran tactile. Cette borne de taxi du futur a également été imaginée par Renault pour s'articuler avec le véhicule.

La station permettant un accès facilité à cet EZ-GO également imaginée avec le concept
La station permettant un accès facilité à cet EZ-GO également imaginée avec le concept © Renault

"Voiture à vivre" autonome

Troisième tendance explorée par Renault et qu'on peut voir comme un prolongement du concept Symbioz dévoilé au salon de Francfort (Allemagne) en 2016: le changement radical dans l'habitacle. L'intérieur du véhicule ressemble ainsi davantage à un salon privé qu'à ce qu'on connaît actuellement... et ce, depuis le début de l’aventure automobile démarrée à la fin du XIXe siècle.

Une rupture fondamentale qui s'inscrit pourtant dans une continuité logique avec l'histoire récente de Renault. De l'Espace lancé dans les années 80, le fabricant de "voitures à vivre" (son slogan à l'époque) se prépare désormais à la révolution du véhicule autonome. Il est en effet plus que jamais question de "vivre" à bord du véhicule puisqu'on ne peut même plus le conduire. Tout est ainsi fait pour favoriser le bien-être à bord, qu'on souhaite discuter avec son voisin ou s'isoler avec de la musique dans les oreilles pendant son trajet.

Si dans Symbioz le conducteur pouvait momentanément déléguer la conduite pour faire autre chose, dans EZ-GO il n'est même plus possible de prendre le volant ou d'appuyer sur des pédales, il n'y en a pas! En cas de problème nécessitant une prise de contrôle, ce sera via un opérateur à distance ou une intelligence artificielle tellement évoluée qu'il sera de toutes façons compliqué de discerner la différence avec une intervention humaine.

Cette absence de siège dédié à un conducteur permet un aménagement avec des banquettes positionnées en "U". Pour pénétrer dans le véhicule, finies les portières. Une porte s'ouvre sur l'entrée du véhicule, à l'avant, avec une rampe qui se déploie pour faciliter l'accès aux personnes handicapées ou à celles transportant une valise à roulette (en attendant l'ère tant attendue des valises autonomes). Lors de l'ouverture, le toit s'ouvre également, laissant un espace suffisant pour rentrer dans le véhicule en marchant naturellement. Une fois assis, le toit se rabat pour offrir cette expérience de salon sur roue. On ne se sent pas étouffé, notamment grâce aux larges surfaces vitrées. Renault s'est en effet inspiré des salons avec une banquette positionnée le long d'une large baie vitrée (les "bow-windows" typiques des maisons anglaises): un lieu invitant au calme et à la contemplation, tout en étant prêt à une vie de transport en commun, comme nous l'explique Marc Devauze, qui a travaillé sur le design intérieur de cet EZ-GO:

"Nous avons voulu exprimer un côté chaleureux et confortable, mais on voulait aussi que ce soit résistant, vu que ce sera une voiture utilisable par tout le monde, d'où l'usage de matériaux assez bruts mais nobles: les poutres qui soutiennent les sièges sont en aluminium fraisé, il y a du béton projeté sur les parois pour en donner l'apparence ou du bois au sol avec un vrai parquet".

Se fondre dans la ville de demain... au risque de disparaître?

Ce cocon douillet n'en reste pas moins assez imposant avec une longueur de limousine, 5,2 mètres. Ses roues positionnées le plus possible aux extrémités lui permettent de maximiser son empattement, à 3,80 mètres, afin de pouvoir transporter sans problème 6 personnes.

L'ouverture du toit permet d'entrer facilement dans le véhicule, ici avec une poussette.
L'ouverture du toit permet d'entrer facilement dans le véhicule, ici avec une poussette. © Renault

Contrairement aux SUV, grands succès des ventes actuellement, ou des concepts de navettes autonomes récemment dévoilés par Toyota ou Volkswagen, la silhouette de EZ-GO reste relativement basse afin de diminuer l'occupation de l'espace visuel. De quoi assurer une bonne cohabitation avec les habitants des villes du futur. 

"C'est une voiture qu'on peut bien imaginer dans une ville comme Paris qui veut se projeter dans une image moderne, futuriste et élégante, explique Laurens van den Acker, directeur du style de Renault. C'est un peu ce qu'était le TGV à l'époque pour les transports longue distance, EZ-GO pourrait devenir le symbole du progrès dans les transports urbains de demain."

Point important à souligner, il subsiste toujours un logo au losange sur les côtés du véhicule, et un plus discret en transparence sur le pare-brise à l'avant. Un véhicule partagé peut tout de même être iconique d'après Renault, qui cite l'exemple des "black cabs" et yellow cabs", les taxis noirs de Londres ou jaunes à New York. Des véhicules en effet très populaires... mais dont peu de gens connaissent justement la marque qui se cache derrière.

La lutte de Renault pour conserver son identité avec ce type de véhicule peut ainsi sembler (déjà) être une cause perdue: en 2014, Carlos Ghosn avait en effet indiqué qu'il ne voulait pas devenir un fournisseur de carrosserie pour Google. Une volonté qui devrait toutefois s'effacer avec l'importance prise dans l'automobile par les géants du numérique. Dans une dizaine d'années, on pourra ainsi retrouver cet EZ-GO avec des logos Apple ou Waymo (la filiale de Google consacrée aux véhicules autonomes). Dans des véhicules où on ne conduit plus, il ne paraît en tout cas pas inimaginable de voir les vendeurs de contenus se mettre en avant, surtout si c'est eux qui financent en partie ou intégralement la course via la publicité et l'accès à notre fameux "temps de cerveau disponible".

Dans la ville de demain, ce véhicule autonome se veut transparent. Pour ses occupants comme pour le public à l'extérieur qu'il ne veut pas déranger.
Dans la ville de demain, ce véhicule autonome se veut transparent. Pour ses occupants comme pour le public à l'extérieur qu'il ne veut pas déranger. © Renault
dossier :

Genève 2018

Julien Bonnet