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Comment Peugeot a relevé le défi post-covid en lançant son trois roues "made in France"

A Mandeure, l'usine centenaire de Peugeot Motocycles a affronté la crise sanitaire avec une fermeture et une réouverture brutales avec une demande en forte hausse.

Créée en 1898 pour produire les premières motos, l'usine de Peugeot Motocycles de Mandeure (Doubs) n'en est pas à son premier combat. Le dernier l'a mis face à la crise sanitaire qui a bousculé l'industrie mondiale. L'entreprise franc-comtoise a tenu bon après l'arrêt brutal de la production en mars en pleine saison haute pour les ventes de scooters. Elle a surtout réussi son redémarrage en mai avec une demande bien plus importante qu'elle ne l'a jamais été.

Cette crise a transformé la mobilité, estime Costantino Sambuy, PDG de Peugeot Motocycles. Pour se déplacer, les gens craignent de prendre les transports en commun, hésitent à utiliser leur voiture et le vélo reste efficace, mais sur de petites distances. Sans aucune aide de l'Etat, nos ventes progressent depuis juin".

En effet, chez tous les constructeurs de deux roues motorisés, les ventes affichent des taux de croissance à deux chiffres, non seulement suite aux achats repoussés, mais aussi avec une nouvelle clientèle. Si toutes les cylindrées bénéficient de cette conjoncture, les modèles accessibles sans permis (50 cc) ou avec un permis B (125 cc et scooters trois roues) sont en tête des ventes.

Un tour de force industriel

En France, Peugeot Motocycles produit trois modèles qui visent ces clientèles: un 50 et 125 cc (Pulsion et CityStar) ainsi qu'un 400 cc à trois roues, le Metropolis 400i dont la version connectée vient de sortir. Sa particularité? Il est pensé pour les automobilistes.

Depuis un an, la société appartient en totalité à l'indien Mahindra, mais son lien avec le constructeur automobile reste indéfectible comme le montre le nouveau scooter. Son tableau de bord i-Connect compatible iOS et Android et son design sont inspirés de la nouvelle génération de voitures de la marque au lion. Il est aussi équipé d'un compte-tours inversé comme la 308. Et comme sur la 508, son éclairage avant et arrière rappelle les crocs et les griffes du lion de la marque.

Nous conservons une forte relation avec PSA, notre marque est une expression du groupe. Nous parlons le langage de la marque. Nous sommes Peugeot!", affirme Costantino Sambuy.
La nouvelle famille Peugeot avec la 508 et le Metropolis 400
La nouvelle famille Peugeot avec la 508 et le Metropolis 400 © PS

Le lancement de ce nouveau modèle a été un véritable tour de force industriel et logistique. Avant même la sortie du confinement alors que le personnel n'avait pas encore repris le travail, il a fallu organiser l'arrivée des composants pour pouvoir relancer les chaines de montage. L'objectif de présenter ce scooter dès septembre a été tenu.

La reprise a été si forte que nous avons ouvert une deuxième ligne de production pour en consacrer une exclusivement au Metropolis", explique Baptiste Thibaud, directeur des opérations de l'usine de Mandeure.
La troisième génération de Metropolis, 400i Allure, adopte des optiques en forme de crocs de lion
La troisième génération de Metropolis, 400i Allure, adopte des optiques en forme de crocs de lion © PS

Grâce à cette stratégie et aux 150 techniciens, plusieurs centaines de scooters peuvent être assemblés chaque mois sur le site.

Scooters électriques et motos

Mais tout n'est pourtant pas réglé. Pendant le confinement, comme les usines, les équipes de développement ont été à l'arrêt. Elles étaient chargées de créer les moteurs à la norme Euro 5 pour réduire d'un tiers les émissions polluantes par rapport à l'Euro 4. Les professionnels ont jusqu'au 1er janvier 2021 pour mettre leur gamme en conformité.

L’impact [du Covid, NDLR] va se poursuivre avec le changement de réglementation. On va mettre plus de temps à développer le nouveau moteur, le début d’année sera compliqué", prévient le PDG de Peugeot Motocycles.

Le lancement des scooters électriques sera-t-il lui aussi impacté par la situation sanitaire? Peugeot Motocycles a en effet déjà développé avec Bosch l'e-Ludix, un équivalent 50cc, et projette de lancer des modèles plus puissants. Mais il faudra attendre.

Pour le patron de la marque, l'arrivée de l'électrique pose cependant des problèmes stratégiques, problèmes rencontrés par tous les constructeurs traditionnels, qu'il s'agisse de voiture, de motos ou de scooters.

L'électrique, c'est le futur, mais ces véhicules nécessitent d'autres compétences et d'autres partenaires. Où seront les centres de production et les centres de profits?", soulève Costantino Sambuy.
Le stand Peugeot du Mondial de la Moto en 2018. Pour Costantino Sambuy, PDG de Peugeot Motocycles, "la moto est l'âme de Peugeot".
Le stand Peugeot du Mondial de la Moto en 2018. Pour Costantino Sambuy, PDG de Peugeot Motocycles, "la moto est l'âme de Peugeot". © PS

Quant au lancement de motos, ce sera le chapitre suivant. Mais leur arrivée est bien programmée. "C'est l'âme de Peugeot", estime le patron.

En 2018, pour les 120 ans du groupe, la marque reprenait son nom d'origine, Peugeot Motocycles, en abandonnant Peugeot Scooters. Les concepts de deux motos (un raodster et un Cafe Racer) en 125 et 300 cc avaient été dévoilés. "Elles restent programmées mais nous avons un ordre de priorité et l'électrique passera avant", annonce à BFM Business, Costantino Sambuy.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco