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Costantino Sambuy (Peugeot Motocycles): "L'électrique, c'est le futur et un bouleversement industriel"

INTERVIEW - Le patron de Peugeot Motocycles nous a ouvert les portes de l'usine de Mandeure (Doubs) pour nous livrer sa vision du futur de la mobilité et celui de la marque. Entretien avec Costantino Sambuy.

Si la crise sanitaire a eu un effet désastreux sur les ventes de voitures, elle a fait exploser les ventes de deux roues. Les vélos d'abord, mais aussi les motos et scooters, qui explosent depuis juin dernier. Pour éviter les bouchons en voitures, pour ne pas prendre les transports en commun et quand la distance à parcourir est trop importante pour la faire à vélo, les automobilistes passent aux motos et aux scooters accessibles avec un permis B et un stage de sept heures. Dans cette catégorie, la marque Peugeot Motocycles a présenté une version connectée du Metropolis, un scooter trois roues de 400 cm3. De quoi muscler son jeu face aux constructeurs les plus dynamiques du secteur Piaggio et Yamaha.

Costantino Sambuy, PDG de Peugeot Motocycles, nous a ouvert les portes du site de Mandeure, en Franche-Comté. Il nous explique comment ce marché est devenu stratégique pour la mobilité urbaine.

BFM Business - La crise sanitaire a-t-elle affectée votre activité?

Costantino Sambuy - On va se rappeler de 2020 comme le grand accélérateur d’un phénomène dans la mobilité. L’impact a été mondial. Tout a changé. Nos ventes sont deux fois et demie ce qu’on avait l’an passé. Cet été, elles ont augmenté entre 25 et 30% selon les marchés en Europe. Les gens cherchent une mobilité alternative. Il y a eu une explosion du vélo, mais une énorme explosion de deux roues motorisés, mais à la différences des voitures et des vélos, notre secteur n'a bénéficié d'aucune subvention.

Une ligne de production a été dédiée au Metropolis 400, le nouveau scooter 3-roues de Peugeot.
Une ligne de production a été dédiée au Metropolis 400, le nouveau scooter 3-roues de Peugeot. © PS

Trois modèles de votre gamme sont assemblés en France dans l'usine de Mandeure. Dans cette situation, le made in France est-il une contrainte ou un avantage sur vos concurrents?

C’est toujours intéressant de produire près de l'endroit où le véhicule est développé. Ca permet d’être plus rapide en terme de production. Ce travail d’équipe donne des résultats. On voit que le développement avec les usines chinoises prennent plus de temps au-delà des 6 semaines de transports.

A Mandeure, près de Sochaux, Peugeot Motocycles produit trois modèles de scooters: le Pulsion, le CityStar et le Metropolis. Une seconde chaîne a été ouverte pour répondre à la demande
A Mandeure, près de Sochaux, Peugeot Motocycles produit trois modèles de scooters: le Pulsion, le CityStar et le Metropolis. Une seconde chaîne a été ouverte pour répondre à la demande © PS

Il vous a tout de même fallu importer des composants de l'étranger...

Dans le monde entier des usines ont été submergées de commandes dès la fin du confinement. On a donc eu des soucis d’approvisionnement, comme tout le monde. Et ce n’est pas fini. Nos laboratoires de R&D ont été fermés en Chine, en Inde et en France. On va mettre plus de temps à développer un nouveau moteur. Le début d’année sera compliqué.

Quand allez-vous prendre votre virage vers l'électrique?

On a lancé le Peugeot e-Ludix, un partenariat avec Bosch, le spécialiste du secteur. Pour le reste de la gamme, on y travaille, mais nous devons résoudre des enjeux stratégiques. L’électrique est un véhicule qui nécessite des compétences différentes avec des partenaires différents. En thermique, nous faisons le moteur à la maison. En électrique, où seront les centres de production et de profits? Ca change tout et ce bouleversement industriel va durer des années. Mais c’est clair: le futur [de la mobilité, NDLR] est électrique. Mais la question est de savoir comment l’industrie va réagir et où sera le profit?

En thermique, nous faisons le moteur à la maison. En électrique, où seront les centres de production et de profits? Ca change tout et ce bouleversement industriel va durer des années" - Costantino Sambuy, PDG de Peugeot Motocycles

Vous aviez présenté deux motos lors du dernier Mondial du deux roues. Où en êtes vous?

Nous voulons retrouver l'âme de Peugeot dans la moto [l'usine de Mandeure est née en 1898 pour créer les premières motos quelques années avant Harley Davidson, ndlr], un secteur que nous avons abandonné il y a quelques décennies. C'est très important surtout parce que la moto est une partie de la mobilité urbaine et c'est une attente des clients. Mais il y a des priorités. Nous devons faire bien les scooters premium, la seconde priorité est clairement les scooters électriques et le troisième pilier de notre stratégie est de faire des motos.

Il y a un an, presque jour pour jour, PSA revendait les parts qu'il possédait dans Peugeot Motocycles à l'indien Mahindra qui possède désormais 100% du capital. Etes-vous toujours une entreprise française?

Notre actionnaire est indien, mais Peugeot Motocycles reste en France. Son siège social reste à Mandeure en Franche-Comté et le but est d’y rester. Nous conservons une forte relation avec PSA, notre marque est une expression du groupe. Nous sommes en contact au quotidien. On suit une stratégie de design décidé chez PSA. Nous parlons le langage de la marque. Nous sommes Peugeot!

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco