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Marseille: la démolition de la prison des Baumettes a commencé, un nouveau bâtiment prévu pour 2025

Construite en 1930, la maison d'arrêt était pointée du doigt depuis des années en raison de sa vétusté et de l'insalubrité qui y régnait. Elle reste l'un des symboles de la surpopulation carcérale.

Ce colosse de béton et d'acier était sur pied depuis 1930. Il ne sera bientôt plus que poussière. Actée en 2018, la démolition des "Baumettes historiques", principal bâtiment de la maison de d'arrêt marseillaise, a débuté mercredi.

La prison était pointée du doigt depuis de nombreuses années pour son insalubrité et sa vétusté. Le bâtiment démoli sera remplacé par une structure plus moderne, dont l'inauguration est prévue en 2025. 740 détenus pourront y être accueillis. Le coût des travaux est estimé à 4,5 millions d'euros.

Au total, ce sont 50.000 mètres cubes de matériaux qui vont être détruits. Près de 60 employés sont mobilisés sur le chantier de démolition, programmé pour durer six à sept mois. Ils ont déjà commencé à retirer un grand nombre de gravats, mais aussi du mobilier. L'objectif affiché est de recycler la majeure partie des matériaux.

"Un rapport accablant"

"On ne va pas utiliser du brise-roche, qui est trop bruyant et qui crée énormément de vibrations, a précisé Olivier Watier, chef de projet, au micro de BFM Marseille Provence. Au maximum, on va utiliser des pinces hydrauliques au bout des pelleteuses, qui permettent de limiter les nuisances en termes de vibrations et en termes de bruit."

Charline Becker, coordinatrice de l'Observatoire international des prisons (OIP) dans la région Sud-Est, salue la disparition des "Baumettes historiques". Un lieu connu pour ses conditions d'hygiènes déplorables.

"En 2012, quand le Contrôleur général des lieux de privation de liberté avait visité la prison, il en avait sorti un rapport accablant pour la prison. Des rats qui pullulaient, des cafards, de l'électricité défaillante, des vitres brisées, des repas qui étaient servis par terre à côté de poubelles. C'était une situation assez inimaginable."

1600 détenus pour 1100 places

À la lecture de ce rapport, François Hollande, alors chef de l'État, avait qualifié les Baumettes de "honte de la République".

La destruction de la structure historique s'inscrit dans un grand plan de rénovation de la prison, lequel prévoyait également la construction des "Baumettes 2". Le bâtiment est sorti de terre en 2017.

Cependant, il a coûté "excessivement cher", selon la coordinatrice de l'Observatoire international des prisons dans la région Sud-Est, et "s'est avéré tout aussi dysfonctionnel". L'intéressée liste "des fuites d'eau, des infiltrations, des faux plafonds qui s'effondrent".

Les "Baumettes 2" n'ont par ailleurs pas réglé la problématique de la surpopulation carcérale, estime Charline Becker. "Aussitôt construite, aussitôt surpeuplée", déplore celle pour qui "ces prisons ne font que créer de la récidive". À ce jour, les Baumettes comptent 1600 détenus, pour une capacité initiale de 1100.

La problématique de la surpopulation carcérale

"C'est une situation qui se retrouve dans beaucoup de prisons, souligne Charline Becker. Par exemple, à la prison de Seysses (à Toulouse, ndlr), l'OIP a déposé un référé liberté pour dénoncer toutes ces conditions de détention."

Et l'intéressée d'illustrer son propos: "Les détenus doivent mettre des bouts de papier toilette dans leurs oreilles pour empêcher les cafards de rentrer, la nuit, quand ils dorment". Ils sont "nombreux à dormir au sol", assure-t-elle, "parce que ces maisons d'arrêt sont très majoritairement surpeuplées".

Cindy Chevaux avec Florian Bouhot