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Accusations d'essais illégaux à l'IHU de Marseille: l'ANSM saisit le procureur

L'IHU est accusé d'avoir mené une expérimentation "sauvage" contre la tuberculose depuis 2017, dans une enquête de Médiapart.

L'Agence du médicament (ANSM) a annoncé mercredi qu'elle allait "diligenter une inspection au sein" de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) de Marseille, dirigé par le professeur controversé Didier Raoult, qui a "continué à délivrer" des traitements contre la turberculose", sans son autorisation.

L'ANSM a également indiqué dans un communiqué qu'elle a saisi le procureur de la République pour ces faits confirmés mercredi par l'Assistance publique des hôpitaux de Marseille (AP-HM).

Le 22 octobre, Mediapart a révélé que "depuis 2017, l'IHU "mène une expérimentation sauvage contre la tuberculose, provoquant chez plusieurs patients, dont un mineur, de graves complications".

L'ANSM alertée en mai 2021

Selon le site d'information, cette expérimentation utilisait une combinaison de quatre médicaments dont l'efficacité conjointe n'avait jamais été évaluée et était menée malgré le refus de l'ANSM, qui doit donner son aval aux recherches impliquant des êtres humains, en particulier les essais cliniques de médicaments.

L'ANSM a indiqué avoir été "alertée en mai 2021 (...) sur de possibles manquements de l'IHU de Marseille" quant à la règlementation de ces essais.

"Aux termes de nos premières investigations, nous considérons que certaines études auraient dû être menées conformément à la législation encadrant les recherches impliquant la personne humaine (...). Ceci n'est pas admissible", a indiqué l'autorité.

L'AP-HM, qui a mené une enquête interne rapide face à la "gravité potentielle des faits relatés", a indiqué mercredi qu'un "protocole de recherche sur cette combinaison d'antibiotiques avait bien été déposé".

Didier Raoult dément

Une porte-parole a précisé à l'AFP que ce protocole avait été déposé en août 2019, mais qu'il avait été retiré un mois plus tard "compte tenu des réserves émises par l'ANSM". Or, "en l'absence d'essai ouvert et malgré les réserves émises par l'ANSM, l'IHU Méditerranée a continué à délivrer ces traitements", a expliqué la porte-parole de l'AP-HM.

L'enquête menée par l'organisme, dont dépend l'IHU, confirme également que "certains" des patients traités contre la tuberculose avec la combinaison d'antibiotiques mise en cause ont été "atteints de complications rénales dont au moins un d'entre eux a nécessité une intervention chirurgicale", a écrit l'AP-HM.

Elle explique qu'elle va poursuivre ses investigations, en lien avec les autorités de tutelles compétentes, notamment l'ANSM.

"Les dernières 'révélations' sont une tempête dans un verre d'eau", avait tweeté lundi le professeur Raoult.

Ce jeudi, Didier Raoult a à nouveau démenti les accusations. "Que ce soit clair: il n'y a pas de recherche sur le traitement de la tuberculose au sein du pôle maladies infectieuses et tropicales de l'APHM hébergé par l'IHU", a-t-il affirmé sur Twitter.

L'IHU et Didier Raoult ont rencontré un fort écho médiatique au début de la pandémie de Covid-19, en 2020, en prônant l'hydroxychloroquine comme traitement de la maladie, malgré l'absence d'effet prouvé.

Benjamin Rieth Journaliste BFM Régions