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Semaine cruciale pour Renault, Luca De Meo présente son plan stratégique

Un peu plus de six mois après son arrivée, Luca De Meo présentera le 14 janvier son plan stratégique pour construire l’avenir du constructeur français, après plus de deux années de crise.

La "Renaulution" se met en marche. Ce jeudi, Luca de Meo déroulera son plan stratégique, un plan très attendu aussi bien en interne que sur les marchés, un peu plus de six mois après l’arrivée officielle du nouveau directeur général le 1er juillet 2020 chez Renault.

A côté du plan d’économie de deux milliards d’euros sur trois ans, annoncé au printemps par Jean-Dominique Sénard et Clotilde Delbos, le projet "Renaulution" doit bâtir le futur du groupe français en difficulté depuis l’arrestation de son PDG d’alors, Carlos Ghosn, au Japon en novembre 2018. Depuis six mois, Luca De Meo a donc visité, consulté et tracé les grandes lignes de sa stratégie, dont les principaux fondements avaient été énoncés dans un mémo d'une petite vingtaine de pages envoyé en interne début septembre.

Retrouver l’aisance financière

La première ligne directrice, a priori à court terme, devrait s’inscrire dans la continuité du plan d’économies. "Le but, c’est de se remettre sur la bonne voie et de résoudre nos problèmes les plus urgents le plus vite possible: la trésorerie et les coûts, écrivait alors Luca De Meo. Ceci signifie qu’il faudra peut-être aller plus loin que prévu dans l’effort de réduction des coûts".

"Redimensionnement de l’ingénierie", travail avec Nissan ou Mitsubishi dans le cadre de l’Alliance, renégociation avec les fournisseurs, revue des prestataires extérieurs, ces quelques pistes devraient être précisées ce jeudi, même si l’effort ne devrait pas atteindre les mêmes sommes que le plan d’économies du printemps.

La suppression de 15.000 postes dans le monde - dont 4600 en France - dans ce cadre avait été un coup dur, posant notamment la questions des sites industriels français. Après le projet dévoilé à Flins il y a quelques semaines, dont la dernière mouture porte la patte du nouveau directeur général, Luca De Meo devrait aussi apporter des détails sur la création du "pôle électrique" dans le Nord de la France.

En matière de réduction des coûts, le plan 2022 est une base, pas une fin en soi", écrivait cependant Luca De Meo en septembre dans son mémo.

Comme une pique à l’ère Ghosn où la gestion très financière était souvent vue comme un frein.

Que va dire Luca De Meo? Il va dire: "Tout le monde au travail", il faut vraiment que l’Alliance industrielle porte ses fruits, il faut réduire le nombre de plateformes, d’usines probablement, il y a la reconversion du site historique de Flins […], expliquait la semaine dernière sur BFM Business Jean-Pierre Corniou, ancien DSI de Renault, associé chez Sia Partners en charge des transports. C’est un énorme travail pour Luca De Meo, qui est quelque part en position moins favorable que son homologue chez PSA, Carlos Tavares, car il doit remonter le handicap d’une perte de confiance au sein de l’Alliance et reconstruire un dispositif industriel très fragilisé au cours des dernières années".

Moins de modèles, des prix en hausse

Au-delà d’assainir rapidement la situation financière de Renault – la capitalisation du constructeur est passée de 22,7 milliards d’euros en 2017 à un peu moins de 10 milliards d’euros l’an dernier – Luca De Meo compte revoir toute la stratégie commerciale du groupe. Avec une revue des gammes de modèles.

Le Groupe Renault ne sera plus divisé en région, mais en marques, avec une identité qui se veut plus claire pour chacune, des prix revus à la hausse pour certaines (+30% chez Renault), la fin pressentie de la course aux volumes et le projet d'une gamme de voitures électriques à prix réduits.

Selon les indiscrétions de l’agence Reuters, Luca De Meo pourrait aussi dévoiler jeudi des versions XXIe siècle des 4L et R5. Des modèles Alpine électriques pourraient aussi voir le jour. "Il va faire plusieurs clins d'oeil à un passé prestigieux de Renault, mais c'est une révolution qu'il prépare pour l'avenir", a indiqué une source à Reuters. Cette nouvelle organisation doit se mettre en place d'ici 2025.

Associés à une offre réduite, une empreinte géographique optimisée et aux avantages accrus de l’Alliance, notre Groupe devrait alors parvenir à la même performance que PSA", écrivait en septembre Luca De Meo.

Voir au-delà de l’automobile

L'un des axes forts de ce plan devrait voir au-delà de 2025, avec en particulier l’arrivée d’une nouvelle marque baptisée "Mobilize". Cette dernière ne vendra pas des voitures mais des services de mobilité. "Notre travail consiste à trouver la solution la plus efficace et la plus durable pour que passagers et biens se rendent d’un point A à un point B", résume Luca De Meo. Cette nouvelle marque devra à terme réaliser 25 à 30% du chiffre d’affaires du groupe, selon les vœux de son nouveau directeur.

Les annonces de jeudi doivent également chiffrer cette nouvelle stratégie, en investissements comme en objectifs financiers. En interne, les six premiers mois de Luca De Meo semblent plutôt bien perçus et la présence de Gilles Le Borgne à l’ingénierie ou l'arrivée de l’ex-patron de l’usine Toyota de Valenciennes, Luciano Biondo, pour piloter le pôle électrique ajoutent à son crédit.

Et l'Alliance dans la Renaulution?

Les salariés espèrent cependant des réponses concrètes à leurs interrogations sur la forme que prendra le grand pôle industriel Nord dédié à l’électrique, sur l’avenir du véhicule utilitaire dans cette galaxie de produits, la place de la Chine ou de la production de voitures en France mais aussi sur l’adéquation entre plan d’économies et plan stratégique.

En filigrane apparait cependant toujours une question sous-jacente: quelle sera la place de l’Alliance dans cette "Renaulution"?

Renault doit retrouver la formule magique qui a fait le succès de l’Alliance Renault-Nissan, cela passe par les hommes, les équipes, les projets, résumait Jean-Pierre Corniou. Il faut repenser les fondamentaux de la marque au sein de l’Alliance, qui a beaucoup souffert ces deux dernières années. Nissan, qui a été la vache à lait de Renault, ne joue plus ce rôle, il faut retrouver des marges, de la profitabilité en jouant à fond le pari des plateformes et en réussissant l’électrification".
Pauline Ducamp
https://twitter.com/PaulineDucamp Pauline Ducamp Cheffe de service BFM Auto