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Retraites: 29e jour de mobilisation ce jeudi, le record de longévité d’une grève battu à la SNCF

Le mouvement social contre la réforme des retraites à la SNCF vient de battre le record du conflit de 1986-1987 qui avait duré 28 jours. Et il pourrait bien se prolonger encore plusieurs jours avec la reprise des assemblées générales lundi sur les piquets de grève, selon les syndicats.

C’est un conflit désormais historique. La SNCF entame ce jeudi son 29e jour de grève contre la réforme des retraites. Le mouvement social débuté le 5 décembre devient ainsi le plus long de l’histoire de la compagnie ferroviaire en dépassant celui de 1986-1987 qui avait duré 28 jours.

À l’époque, la grève avait aussi commencé en décembre et perduré pendant les fêtes de fin d’année, paralysant le réseau ferroviaire pendant près d’un mois. La SNCF avait même été contrainte de loger des usagers bloqués dans les wagons à quai.

Rien à voir cependant avec la question des retraites. À l’appel des syndicats, les cheminots avaient cessé le travail pour protester contre une nouvelle grille des salaires et pour réclamer de meilleures conditions de travail. Malgré de légères concessions accordées par la direction, les cheminots n’obtinrent pas d’avancées réellement significatives sur leurs demandes initiales. Le mouvement pris fin le 14 janvier.

Le conflit peut-il encore durer?

Sept ans plus tard, un nouveau conflit marqua l’hiver 1995. La grève à la SNCF contre le plan Juppé sur les retraites durera 22 jours. S’il s’est lui aussi dangereusement rapproché des vacances de Noël, il s’est finalement achevé le 21 décembre, après un sommet social.

Pour Benjamin Morel, docteur en science politique à l’ENS Paris-Saclay, "il y a des points communs" entre ces trois contestations "dans le sens où l’opinion suit des syndicats qui ont des capacités de mobilisation". Mais, précise-t-il, il y a "également des différences fondamentales: en 1995 et en 1986, il y avait des syndicats bien plus forts et surtout qui n’étaient pas dépassé par leur base".

Reste à savoir si le conflit actuel peut se poursuivre encore longtemps. Une chose est sûre, les transports étaient toujours perturbés ce jeudi avec un TGV sur 2 en moyenne, un Intercités sur 4 et 5 TER sur 10 en circulation. La situation devrait néanmoins s’améliorer pour le week-end des retours de vacances, au cours duquel la SNCF compte faire rouler 2 TGV sur 3.

Toutefois, une nouvelle dégradation n’est pas à exclure la semaine prochaine, avec la reprise lundi des assemblées générales de cheminots, que le secrétaire général de la fédération CGT des cheminots Laurent Brun entend "remobiliser". "Quand on a perdu un mois de salaire, on ne reprend pas le travail juste [après] de bons vœux d’un président décalé de la réalité", a-t-il expliqué sur Europe 1.

Les syndicats toujours mobilisés

Le discours d’Emmanuel Macron le 31 décembre n’a effectivement pas rassuré les syndicats farouchement opposés à la réforme des retraites. Invité sur notre antenne mercredi, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez a appelé "à faire des assemblées générales et à discuter de la mobilisation". "Il faut des grèves partout, dans le public, dans le privé, il y a que comme ça qu’ils peuvent nous comprendre", a-t-il ajouté.

Au point mort, les négociations entre les partenaires sociaux et les syndicats doivent reprendre le 7 janvier, notamment sur la question de la prise en compte de la pénibilité dans le futur système de retraite. Mais les organisations qui réclament le retrait pur et simple de la réforme n’attendent rien de ce nouveau round de discussions:

"Le 7 janvier il ne se passera rien. […] Il n’y a absolument aucune négociation pour de vrai. Ça fait trente jours, C’est historique, on n’a jamais vu ça. On reste sur des niveaux de grévistes jamais vus, y compris sur des périodes comme le 24 ou le 31 décembre. C’est eux qui décideront d’arrêter et a priori ce qu’ils nous disent pour l’instant […], c’est qu’ils arrêteront quand le gouvernement retirera sa réforme. Ils n’arrêteront pas avant a priori", a expliqué sur notre antenne Bertrand Dumont, co-secrétaire du Syndicat Solidaires RATP.
Paul Louis avec AFP