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Reprise faible ou forte en France?

Pierre Moscovici annonce le retour de la croissance pour 2014

Pierre Moscovici annonce le retour de la croissance pour 2014 - -

Pierre Moscovici nous a un peu embrouillé ce week end en parlant d’une croissance de +0,1 % à -0,1% pour 2013, donnant l’impression qu’il révisait sa prévision de croissance à la baisse. Pourtant, il y a une grosse différence entre les deux chiffres. Explications.

Sur le fond, le ministre de l’Economie a raison. Le problème, c’est qu’il a mélangé plusieurs prévisions provenant de sources différentes. La première, celle de +0,1%, c’est la prévision officielle du ministère de l’Economie, celle sur laquelle repose le budget. C’est toujours la prévision officielle pour 2013. Elle sera peut être révisée, mais pas avant la présentation du budget 2014, à la rentrée, comme sera sans doute révisée la prévision 2014, actuellement de 1,2%!

Et puis la deuxième source, c’est l’Insee ! Notre institut de statistiques, qui travaille de façon indépendante, a publié en juin sa prévision pour l’ensemble de 2013. Il estime, lui, que ce sera -0,1%. D’où la fourchette citée par le ministre de l’Economie, avec effectivement rien de vraiment neuf sous le soleil !

Mais est-ce la même chose de faire +0,1% ou -0,1% ? Sur le papier, la différence parait faible: le PIB français, c’est 2.000 milliards. Donc la différence entre les deux, c’est 4 milliards d’euros. Par rapport aux finances publiques, c’est 2 milliards maximum de déficit en plus sur près de 80 milliards, c’est quelques milliers de chômeurs en plus. Sur 3 millions, c’est évidemment regrettable, mais ça ne parait pas changer la donne.

Et pourtant on se trompe, car ces 4 milliards de différence vont porter sur le seul quatrième trimestre. Et donc entre ces deux chiffres, il y a la différence entre une reprise faible et une reprise forte. Si on était en début d’année, sans connaitre ce qui va se passer au cours des quatre trimestres à venir, la différence serait effectivement faible.

Le quatrième trimestre fera la différence

Mais là, on connaît déjà trois trimestres sur quatre : l’activité a baissé de 0,2% au premier, on ne connait pas officiellement le deuxième, mais l’estimation généralement assez fiable de la Banque de France nous dit +0,2% et +0,1% pour le troisième trimestre.

C’est donc le seul quatrième trimestre qui fera la différence ! Pour avoir -0,1% sur 2013, il faudrait que l’activité progresse de 0,2% entre octobre et décembre (0,8% en rythme annuel). Mais pour avoir +0,1% sur l’ensemble de l’année, il faudrait que le PIB bondisse de 0,9% (presque 4% en rythme annuel).

Tout cela dessine en outre deux scénarios radicalement différents pour 2014! Si on fait +0,9% entre octobre et décembre 2013, cela donne un tel élan à 2014 que même si la croissance est nulle pour chacun des trimestres de 2014, on fera en moyenne sur l’année 0,8%, qui sera sans doute la prévision officielle révisée à la rentrée!

Alors que si on fait +0,2% seulement fin 2013 et une croissance nulle ensuite, la croissance n’atteindra que +0,3% seulement.

Enfin, pour tenir une prévision à 0,8% en 2014 dans le cas du scénario Insee (+0,2% de croissance seulement fin 2013), il faudrait +0,2% d’expansion par trimestre l’an prochain.

La statistique n’est peut-être pas le degré le plus élaboré du mensonge, comme on l’entend souvent, mais c’est au moins un art consommé élaboré du trompe l’oeil !

Mais là, on connaît déjà trois trimestres sur quatre : l’activité a baissé de 0,2% au premier trimestre, on ne connait pas officiellement le deuxième trimestre, mais l’estimation généralement assez fiable de a Banque de France nous dit +0,2% et +0,1% pour le troisième trimestre. C’est donc le seul quatrième trimestre qui fera la différence ! Pour avoir -0,1% sur 2013, il faudrait que l’activité progresse de 0,2% entre octobre et décembre (0,8% en rythme annuel). Mais pour avoir +0,1% sur l’ensemble de l’année, il faudrait que le PIB bondisse de 0,9% (presque 4% en rythme annuel).

Tout cela dessine en outre deux scénarios radicalement différents pour 2014! Si on fait +0,9% entre octobre et décembre 2013, ça donne un tel élan à 2014 que même si la croissance est nulle pour chacun des trimestres de 2014, on fera en moyenne sur l’année 0,8%, qui sera sans doute la prévision officielle révisée à la rentrée! Alors que si on fait +0,2% seulement fin 2013 et une croissance nulle ensuite, la croissance n’atteindra que +0,3% seulement.

Enfin, pour tenir une prévision à 0,8% en 2014 dans le cas du scénario Insee (+0,2% de croissance seulement fin 2013), il faudrait +0,2% d’expansion par trimestre l’an prochain.

La statistique n’est peut-être pas le degré le plus élaboré du mensonge, comme on l’entend souvent., mais c’est au moins un art consommé élaboré du trompe l’oeil !

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Emmanuel Lechypre