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Quand les retraités coûteront moins cher à la France qu'à l'Allemagne

L'augmentation de la durée de cotisation pour avoir une retraite à taux plein va notamment décaler les départs

L'augmentation de la durée de cotisation pour avoir une retraite à taux plein va notamment décaler les départs - Mychèle Daniau - AFP

D'ici à 2060, les pensions versées aux retraités et invalides ne représenteront plus que 12,1% du PIB en France contre 12,7% en Allemagne selon l'Insee. Les réformes engagées depuis 2010 contribuent à cette comparaison flatteuse.

La bonne nouvelle n'est pas pour tout de suite. Mais elle laisse à penser que, sur un sujet aussi crucial que celui des retraites, l'Allemagne n'a aucune leçon à donner à la France. Selon des projections réalisées par l'Insee et le Trésor pour le compte d'Eurostat, la France, en 2060, "se trouverait dans une position relativement favorable pour faire face au vieillissement de sa population par rapport à ses partenaires européens". 

Les auteurs de cette étude estiment que, dans 45 ans, les dépenses de retraites dans le PIB auront baissé "de manière marquée". Elles passeraient ainsi de 13,8% en 2013 à 11,2% à 2060. Un niveau somme plus toute supportable qu'aujourd'hui.

L'Insee décompose quatre phases sur la période 2013-2060. D'ici à 2020, les dépenses de retraites baisseraient d'abord un tout petit peu en pourcentage du PIB (-0,3%) avant toutefois de revenir à leur niveau de 2013 en 2025. Ce n'est qu'à partir de cette dernière année que le poids des retraites va s'infléchir durablement, baissant de 1% du PIB sur la période 2025-2040, puis encore de 1,6% sur 2040-2060.

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Les causes de cette sensible amélioration sont multiples. Tout d'abord, les réformes des retraites de 2010 et 2013 vont produire leurs effets.

L'Insee explique par exemple que les mesures entrées progressivement en vigueur ces 5 dernières années se traduiront "toute chose égale par ailleurs à l'horizon 2022 par une baisse de la masse de prestations d'environ 2,7%". De plus, l'augmentation de la durée de cotisation permettant de bénéficier d'une retraite à taux plein (jusqu'à 43 ans pour les personnes nées en 1973) atteindra son plein effet en 2035 et "devrait limiter la croissance des pensions", explique l'institut.

Mais la projection de l'Insee table aussi sur une meilleure conjoncture économique. L'Insee a en effet construit ses prévisions en tablant sur un taux de chômage à long terme de seulement 7,5% ainsi que sur une accélération de la croissance de la productivité (+1,5% sur la période 2040-2060). Autant d'éléments qui, selon l'institut, vont alléger le poids des pensions par rapport au PIB.

Enfin, la France garderait comme atout son incroyable fécondité, l'Insee tablant sur un chiffre moyen de 1,99 enfant par femme entre 2013 et 2060, soit beaucoup plus que la moyenne de la zone euro (1,64).

Mieux que l'Europe et l'Allemagne

Tous ces facteurs contrebalanceraient largement le vieillissement de la population (l'Insee prédit que 48% des Français auront plus de 55 ans en 2060 contre 33% à l'heure actuelle). De quoi permettre à la France de regarder ses principaux voisins de haut.

Pour établir une comparaison européenne, l'Insee est dans l'obligation d'intégrer toutes les pensions versées aux personnes sorties du monde du travail (les retraités mais aussi les personnes en invalidité). Certains pays ne distinguant pas ces deux sources de dépenses publiques. Mais cela ne change pas grand chose aux résultats. La France resterait en dessous de la moyenne européenne avec des pensions qui représenteraient 12,1% de son PIB. Bien moins donc qu'en Allemagne, les pensions ne pèseraient plus 10% de la richesse nationale comme c'est le cas aujourd'hui, mais... 12,7%, essentiellement, en raison du vieillissement prononcé de sa population .

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Des différences avec le COR

Les prévisions de l'Insee sont plus optimistes que celles du COR (comité d'orientation des retraites). Là où l'Insee voit le poids des retraites baisser de 2,6% de PIB d'ici à 2060, le COR lui table sur une baisse plus modeste (-1,3%).

Cette différence, du simple au double, s'explique essentiellement par des hypothèses plus optimistes. L'Insee retient un taux de fécondité plus fort (1,99 contre 1,95), une espérance de vie plus faible (90 ans pour les femmes et 85,2 ans pour les hommes, contre 91,1 ans et 86 ans pour le COR) et un taux de productivité plus élevé (1,5% à long terme contre 1,3% pour le COR).