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Les grévistes de la SNCF et de la RATP auront-ils un salaire en janvier?

Selon plusieurs responsables syndicaux, la direction refuse non d'étaler les jours de grève. "En janvier, ça va faire mal', craint le secrétaire général de L'Unsa Ferroviaire

Selon plusieurs responsables syndicaux, la direction refuse non d'étaler les jours de grève. "En janvier, ça va faire mal', craint le secrétaire général de L'Unsa Ferroviaire - AFP

La grève qui a démarré le 5 décembre aura de lourdes conséquences pour les grévistes de la SNCF et de la RATP. Les jours de grèves ne sont pas négociables et seront amputés des salaires de janvier.

Après plus de 40 jours de grève contre la réforme des retraites, l'inquiétude des salariés qui ont suivi le mouvement s'accroît. En janvier, leur salaire risque d'être amputé des jours de grèves. Pour certains, la rémunération risque d'être nulle. 

En effet, c'est sur le mois de janvier que le salaire des grévistes sera réellement affecté par la grève. Les salaires sont figés le 10 du mois et les variations sont répercutées sur le mois suivant. En décembre, l'impact de la grève sur les salaires de décembre a été minime. Mais ce ne sera pas le cas en janvier. "Ça va faire mal", a même reconnu Didier Mathis, secrétaire général de l'Unsa Ferroviaire. 

S'il n'est pas possible de payer les jours de grève (Article L2512-5 du code du travail), comme certains le laissent entendre, un aménagement a été créé après la grève de 1995 pour ne pas mettre les salariés et leur famille dans des situations financières délicates. Ces règles, qui ont été inscrites au Journal Officiel en 1996 proposent "aux agents de compenser quelques jours d'absence par des jours de congé, ou par l'étalement des retenues".

Pas d'étalement à la RATP et à la SNCF

En effet, à la SNCF, la situation est tendue, comme nous l'a dévoilée Didier Mathis, secrétaire général de l'Unsa Ferroviaire. "La direction ne veut rien savoir sur l'étalement, elle va nous faire payer cash les jours de grève", nous a-t-il indiqué. "L'entreprise a la pression du gouvernement et il n'ont pas l'intention de négocier quoi que ce soit", regrette-t-il.

Idem à la RATP. Selon Frédéric Ruiz, représentant CFE-CGC de la RATP, "la direction des ressources humaines ne veut rien savoir, il n'y aura pas d'étalement et aucune négociation n'est possible", affirme le syndicaliste. Pour janvier, les salaires, qui sont arrêtés le 10 du mois, tiendront compte des jours non travaillés.

"Certains n'auront pas de paye en janvier", indique Frédéric Ruiz. "Pour février, ce sera certainement la même chose, c'est ce qui explique que le trafic reprend peu à peu. Les salariés en grève sont inquiets et épuisés". 

Combien de salariés n'auront pas de salaire en fin de mois? Le chiffre est encore difficile à évaluer. Nombre de grévistes ont posé des jours de repos pendant le mouvement, d'autres ont été arrêté pour raisons médicales, ce qui explique les variations quotidiennes du nombre de grévistes. Ainsi, une minorité de personnes ont suivi le mouvement en totalité depuis le 5 décembre. Ils pourraient être les principaux bénéficiaires des cagnottes organisées par les syndicats pour lever des fonds. Sur son site, la CGT annonce qu'elle a récolté 2.235.010 euros depuis le début du conflit.

Les négociations se font dans l'arrière cuisine

Sur BFMTV, Valérie Pécresse prône la fermeté vis-à-vis des grévistes. "Il faut être intransigeant, aucun jour de grève ne doit être payé", a déclaré la présidente de la région Île-de-France. Pour elle, ce serait "injuste" vis-à-vis des clients qui ont été pénalisés et des salariés de la SNCF et de la RATP qui n'ont pas suivi le mouvement.

Selon Jean-Luc Mélenchon l'injustice serait que les grévistes reçoivent "des feuilles de paye avec marqué zéro euro". Le président du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale demande "à la direction de la SNCF et de la RATP de faire preuve d'humanité en étalant le manque à gagner".

Mais pour Jean-Claude Ducatte, président d'Epsy Social, un cabinet de conseil en relations sociales, la situation n'est pas si tranchée. "Il y a le discours officiel et public et la réalité qui se négocie dans l'arrière cuisine sans que rien ne filtre. Il faut traiter toutes les situations et toutes les catégories sans heurter personne et cela se passe dans le plus grand secret", signale-t-il. Selon ce spécialiste, la durée exceptionnelle du conflit pourraient conduire à un étalement sur six mois.

"Pour sortir d'un conflit, aucun des deux partis ne doit être rabaissés ou afficher une victoire insolente, c'est le genre de choses qui se payent un jour dans les futures négociations", prévient Jean-Claude Ducatte. 

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco