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La diversification de la Poste épinglée par la Cour des comptes

La tablette Ardoiz de La Poste.

La tablette Ardoiz de La Poste. - La Poste

Alors que La Poste s'est donné pour objectif de devenir le premier opérateur de services de proximité, la Cour des comptes pointe des résultats contrastés.

De la distribution courrier aux services de proximité. Face à la chute de son activité historique (-7% en moyenne entre 2014 et 2019), La Poste avait dévoilé en 2014 sa stratégie de transformation. Baptisé "La Poste 2020: Conquérir l'avenir", ce projet avait pour objectif de transformer le troisième employeur de France (près de 220.000 salariés) en leader des services de proximité en France.

Une stratégie qui a mené à une multitude d’initiatives comme le rachat cette semaine de la société de livraison de repas Epicery et qui cible désormais trois grandes catégories de services: services liés à la transition démographique et sanitaire dans le domaine du vieillissement (silver économie) et de la santé, services liés à la transition écologique et énergétique et services destinés à simplifier le quotidien dans les territoires.

La Cour des comptes s'est penchée sur cette stratégie de diversification et en dresse un bilan mitigé dans un rapport d'observation.

"Les résultats des différents services sont contrastés, avec des succès avérés (organisation des examens du code de la route, services à la personne via Axéo services…), des offres qui n’ont pas prospéré (aide à la télédéclaration d’impôts, initiatives intrapreneuriales…), des services opérés par les facteurs dont les résultats financiers sont peu concluants (service "Veillez sur mes parents" et tablette Ardoiz) et de nombreux services dont le potentiel doit encore être confirmé", résume-t-elle.

Si le chiffre d'affaires de cette activité a logiquement progressé, il reste en deçà des objectifs affichés par l'entreprise publique.

"Au total, le chiffre d’affaires des nouveaux services de proximité a progressé, mais en deçà du tableau de marche prévu (516 millions d'euros de chiffre d'affaires consolidé en 2020 pour un objectif de 688 millions d'euros)", relève la Cour qui pointe une rentabilité marginale et un résultat net positif depuis le premier semestre 2020 seulement.

Une stratégie de diversification qui repose de plus en plus sur des acquisitions coûteuses avec des risques de surenchères, pointent les magistrats de la rue Cambon. En 2016, 95% de l'activité de ces nouveaux services provenait de l'interne contre seulement 40% en 2020.

Une tablette tactile coûteuse

De plus les résultats ne sont pas toujours concluants. La Cour cite ainsi l'exemple d'Ardoiz, une tablette tactile pour seniors développé en 2015 avec Tikeasy une start-up nantaise.

Si la Cour note que cette initiative n'est pas un échec commercial (plusieurs dizaines de milliers de tablettes vendues), elle pointe en revanche des résultats économiques décevants malgré un prix de vente de 219 euros assorti d'un abonnement de 9,99 euros par mois.

"Le chiffre d'affaires de Tikeasy est très en deçà des prévisions du "business plan" initial, relève la Cour. En 2019, le chiffre d'affaires a poursuivi sa progression mais le résultat net part du groupe est resté négatif pour le 4ème exercice consécutif. Après examen de la situation fin 2019, La Poste a malgré tout décidé, en janvier 2020, de poursuivre cette activité en développant toutes les synergies possibles à l’intérieur du groupe et en diversifiant encore ses canaux de distribution."

Autre activité aux résultats jugés décevants, le service "Veiller sur mes parents" (VSMP) n'a pas vraiment rencontré son public. Cette offre comprend deux volets: une visite de lien social 1 à 6 fois par semaine au domicile du parent âgé par un facteur et un service de téléassistance installé par les facteurs, en partenariat avec Europ Assistance.

Alors que le dispositif est connu (73% des Français en ont entendu parler), il ne suscite pas un fort engouement.

"Le nombre de contrats signés a progressé mais reste faible quatre ans après le lancement, malgré des promotions, des modifications de prix, la dissociation des services visites et téléassistance, pointe la Cour des Comptes. VSMP compte moins de 8000 contrats actifs à la fin du premier semestre 2020, alors même que 586.000 personnes sont équipées d’un dispositif de téléassistance en France. Le nombre de prestations effectuées par les facteurs au titre de VSMP stagne depuis 2018 autour de 230 000/an, ce qui représente une part marginale du total des prestations de nouveaux services."

Au final, la Cour encourage La Poste à persévérer dans sa stratégie de diversification mais en s'appuyant davantage sur ses forces et spécificités.

"La Poste pourrait par exemple étudier l’opportunité d’accélérer la mutation de son site laposte.fr pour en faire une plateforme de e-commerce puissante commercialisant les produits et services du groupe et ceux de vendeurs tiers, notamment les commerçants de proximité dont elle contribuerait à accélérer la numérisation", propose-t-elle par exemple.
Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco