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Procédure de destitution contre Trump: que risquent vraiment les marchés?

Donald Trump

Donald Trump - Nicholas Kamm / AFP

Les élus démocrates ont lancé mardi à Washington la première étape d'une mise en accusation de Donald Trump, soupçonné d'avoir demandé au président ukrainien d'enquêter sur son rival politique. Reste à savoir si cette attaque frontale peut véritablement faire dévisser les marchés.

La procédure se veut explosive et elle a peu de chances d'aboutir à la destitution du président américain. Il n'empêche qu'elle a bien été lancée mardi 24 septembre. Certains élus démocrates viennent, en effet, d'annoncer leur intention d'ouvrir une enquête en vue de destituer Donald Trump.

En dépit des nombreuses affaires qui ont secoué les premières années de la présidence de ce dernier, ce coup de tonnerre politique constitue l'attaque la plus frontale contre le milliardaire républicain.

"Une chasse aux sorcières de caniveau", a immédiatement dénoncé le président, recevant la nouvelle à New York où il s'était rendu pour l'Assemblée générale de l'ONU. Ironie du calendrier, durant l'annonce Donald Trump se trouvait chez lui à la "Trump Tower", le gratte-ciel qu'il avait choisi pour annoncer en 2015 sa candidature à la Maison Blanche.

Les marchés chambardés vraiment?

De fait, le président américain s'octroie régulièrement la bonne santé de Wall Street, qui profite actuellement d'une longévité sans précédent et surtout sans crise d'envergure. Une prospérité alimentée notamment depuis son arrivée par les réformes sur la fiscalité et la déréglementation mises en œuvre par ce dernier.

Le fait est que les politiques menées par l'administration Trump pourraient, de l'avis des économistes, tout à fait lui subsister. Elles "peuvent très bien survivre sans lui (...) puisque la majorité du Congrès est d'accord avec lui", relevait en août dernier Charles Geisst, un professeur de finance au Manhattan College et observateur de longue date des marchés financiers. "Il affirme qu'il est indispensable aux marchés. En réalité, cela tient plus de la coïncidence", ajoute-t-il. Résultat: de manière générale, l'effet d'un chef de l'Etat sur les marchés relèverait, selon Charles Geisst, davantage du "symbolique" que du "réel".

En outre, bien que le lancement de cette procédure pourrait être source d'incertitude et non accessoirement entamer par conséquent la confiance des entreprises et des consommateurs, les économistes estiment que, même en cas de destitution, les politiques déployées resteraient similaires. Avec peut-être une dimension moins surprenante. Dans le pire des cas, les indices pourraient être amenés à dévisser. C'est en tous cas ce que pense Sam Stovall, à la tête de la stratégie d'investissements pour CFRA. Pour autant, cette destitution ne mènerait, selon lui, "pas à la récession".

A 7 heures (heure française) ce mercredi 25 septembre, un léger léger recul de -0,32% était attendu à Paris, tandis que Tokyo faisait -0,38% en fin de séance. Côté valeurs, l'or par exemple affichait son plus haut depuis 15 jours à 1532 dollars l'once.

Vouloir n'est pas pouvoir

Par ailleurs, au-delà des peu probables séismes boursiers que cette destitution pourrait générer, les observateurs s'accordent sur le fait que cette procédure aurait, en fin de compte, peu de chance d'aboutir.

"Aujourd'hui, j'annonce que la Chambre des représentants ouvre une enquête officielle en vue d'une procédure de destitution" de Donald Trump, a déclaré la présidente démocrate de la chambre basse, Nancy Pelosi.

"Les actes du président jusqu'à ce jour ont violé la Constitution", a-t-elle accusé lors d'une allocution au Congrès.

A quelque 400 jours de l'élection présidentielle de novembre 2020, déclencher cette procédure, impopulaire dans les sondages et à l'issue très incertaine, représente un pari risqué.

La Chambre, à majorité démocrate, sera chargée de mener la procédure de mise en accusation ("impeachment" en anglais). Si celle-ci aboutit, le Sénat, contrôlé par les républicains qui restent en majorité fidèles à Donald Trump, devra conduire le "procès" du président, conclu par un verdict.

Il semble peu probable, dans l'état actuel des choses, que suffisamment de sénateurs républicains se retournent contre le président

Seuls deux présidents américains ont été mis en accusation dans l'Histoire: les démocrates Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton, poursuivi pour "parjure" en 1998 après sa liaison avec la stagiaire de la Maison Blanche Monica Lewinsky.

Sans précédent

Espérant briguer un second mandat en novembre 2020, le républicain de 73 ans a jugé "ridicule" l'idée d'être destitué, affirmant que cette procédure lui serait au contraire bénéfique dans les urnes.

Cette éventualité a justement longtemps freiné Nancy Pelosi. L'habile stratège de 79 ans craignait que les électeurs ne sanctionnent en 2020 un parti qui passerait trop de temps à cibler le républicain, plutôt qu'à parler des sujets qui les préoccupent profondément, comme l'économie et la santé.

Retour sur l'affaire ukrainienne

Sous pression, Donald Trump a finalement accepté de publier le contenu de sa conversation avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, au cœur de l'affaire.

Directement concerné par ce dossier, le candidat démocrate à la Maison Blanche Joe Biden, 76 ans, s'est rallié mardi aux partisans de l'ouverture d'une procédure de destitution contre le président américain.

Pour l'ancien vice-président de Barack Obama et favori de la primaire démocrate, l'affaire ukrainienne est personnelle: les démocrates soupçonnent en effet Donald Trump d'avoir poussé, en mettant dans la balance une aide militaire destinée à l'Ukraine, son homologue ukrainien à enquêter sur Joe Biden et son fils, Hunter.

Ce dernier a travaillé pour un groupe gazier ukrainien à partir de 2014, lorsque son père était vice-président. Donald Trump a admis publiquement avoir mentionné Joe et Hunter Biden lors de la conversation controversée, mais dément fermement avoir fait pression sur l'Ukraine.

En pleine tourmente, le président tente de retourner les soupçons contre Joe Biden, l'accusant avec son fils, sans avancer de preuves, d'être "corrompus".

Toute cette affaire a éclaté lorsqu'un mystérieux lanceur d'alerte, membre des services de renseignement américains, a fait en août un signalement à sa hiérarchie concernant une conversation téléphonique de Donald Trump avec Volodymyr Zelensky.

Selon plusieurs médias américains, la Maison Blanche pourrait autoriser la transmission de son signalement aux élus américains, et étudie, avec des responsables du renseignement, la possibilité que le lanceur d'alerte soit entendu par des membres du Congrès.

Ce lanceur d'alerte est prêt à témoigner devant une commission du Congrès si les conditions de sécurité sont réunies, a déclaré mardi son avocat, qui a également dit "applaudir la décision de publier le signalement", sans donner plus de précision. "Nous attendons la publication du signalement dans son intégralité", a ajouté l'avocat dans un communiqué consulté par l'AFP.

Après la vaste enquête russe et de multiples investigations parlementaires, c'est finalement le dossier ukrainien qui a fait céder les digues chez les démocrates les plus réticents, Nancy Pelosi en tête. De plus en plus se sont ralliés à l'idée de lancer l'enquête solennelle.

Chez les candidats à la primaire démocrate, les plus progressistes, Elizabeth Warren en tête mais aussi Bernie Sanders ou Kamala Harris, tous sénateurs, appellent depuis déjà plusieurs mois à lancer une procédure de destitution.

Julie Cohen-Heurton, avec AFP