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Il déclare posséder 5% des actions: ce mystérieux actionnaire de 26 ans sème le trouble chez Atos

Il y a dix jours, un investisseur a déclaré avoir acheté 5% du capital de la société de services informatiques. Personne ne connait ce Français dont la société est domiciliée dans un petit village du Loiret. Atos s’inquiète de la situation et a saisi l’Autorité des marchés financiers.

Un investisseur fantôme vient de prendre pied chez Atos. L’entreprise est plongée dans l’incertitude depuis dix jours et l’entrée annoncée à son capital d’un nouvel actionnaire de taille mais tout aussi mystérieux. Le 14 mai, la société Finsur Corp a déclaré à l’Autorité des marchés financiers (AMF) avoir pris 5,08% du capital d’Atos. Un ticket de plus de 300 millions d’euros qui hisserait son propriétaire, Dylan Dariah, au niveau du géant américain BlackRock, entré en février dernier.

Sauf que cet investisseur est totalement inconnu. L’absence d’informations sème le doute et alimente l’inquiétude chez Atos. Sa société Finsur est enregistrée dans l’Etat américain du Delaware, réputé pour sa discrétion, voire son opacité. Selon nos informations, elle a été créée le 7 octobre 2017 sans aucun apport ni filiale. Elle devait piloter des investissements boursiers américains dans le cadre de l’installation de son propriétaire aux Etats-Unis, mais n’a jamais eu de compte bancaire pour les réaliser...

Une coquille vide aux Etats-Unis et en France

Le 27 juin 2019, elle a ensuite été inscrite au greffe du Tribunal d’Orléans et son mandataire, Dylan Dariah, domicilié à Beaugency, une petite ville du Loiret près d’Orléans. Sauf que les documents de 2019 font état d’un capital de 20 millions de dollars, ce qui n’était pas le cas à sa création en 2017, selon une source qui estime que Finsur était " une coquille vide". Un autre élément interroge: la société est considérée inactive aujourd’hui aux Etats-Unis alors qu’elle n’a même pas réglé ses frais d’enregistrement -225 dollars- depuis 2019 auprès de l’Etat du Delaware.

Pire, la société a même été radiée le 18 février 2020 en France. Et la veille, son propriétaire, a créé une autre société, Tiniance Investment, également basée à Beaugency. D’après les statuts de cette dernière société, ce natif de Martinique n’a que 26 ans et réside à la même adresse que les sociétés Finsur et Tiniance. BFM Business a tenté de le contacter par l’entremise de son notaire, Antoine Bassot, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, invoquant le "secret professionnel".

Atos saisi l'AMF pour "manipulation de cours"

Chez Atos, c’est le grand flou. L’entreprise ne dispose d’aucune information sur ce nouvel actionnaire déclaré. Elle s’inquiète surtout d’un "risque de manipulation de cours" alors que Finsur a déjà vendu une partie de ses actions vendredi dernier pour n’en détenir plus que 4,23%. Désormais sous le seuil de 5% du capital, elle n’est plus obligée de déclarer ses positions au régulateur. Atos a d’ailleurs "informé l’Autorité des marchés financiers" de la situation, explique le groupe à BFM Business, qui confirme sobrement avoir "des incertitudes sur cet actionnaire". Dans l’entourage du groupe, les réactions balancent entre circonspection et craintes. "Tout le monde est paumé" résume un proche.

De son côté, l’AMF botte en touche et se borne à rappeler que ces déclarations de franchissement de seuil ne sont pas de sa responsabilité, mais de celui qui les fournit. Leurs publications ne sont pas soumises à son "contrôle" et ne valent pas "authentification", nous explique l’Autorité. Cette situation met le doigt sur "le manque de sécurisation des déclarations de l’AMF" explique un avocat d’affaire qui déplore "le manque de vérification préalables nécessaires pour les marchés qui sont très sensibles au fake news".

Prête-nom ou fausse déclaration?

Pour le responsable d’un grand fonds, qui a déjà été actionnaire d’Atos, Finsur sent le soufre. "C’est un faux nez ou un prête nom", estime ce dirigeant pour qui cette histoire est du jamais vu pour une entreprise du CAC 40. "A moins qu’il ne s’agisse d’une fausse déclaration et qu’aucune action n’ait été achetée" s’interroge un autre investisseur d’Atos.

La situation est d’autant plus intrigante que Finsur a annoncé son entrée chez Atos deux jours seulement après son assemblée générale qui a vu ses actionnaires rejeter les comptes de l’entreprise. Les commissaires aux comptes ont émis des "réserves" alors que des erreurs comptables ont été commises dans deux filiales américaines d’Atos. Le groupe doit éclaircir ces points fin juillet. De quoi alimenter les fantasmes autour d’Atos et de son nouveau supposé actionnaire.

Matthieu Pechberty et Simon Tenenbaum