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PSA/Fiat-Chrysler: une fusion gagnant-gagnant pour les deux constructeurs automobiles?

Carlos Tavares, le patron de PSA.

Carlos Tavares, le patron de PSA. - ERIC PIERMONT / AFP

Les discussions sont en cours entre les deux géants de l'automobile. Si la fusion est un enjeu complexe, les deux constructeurs pourraient y trouver de sérieux atouts. Notamment pour PSA qui lorgne le marché américain.

Retour à la case départ. Après l'échec cuisant du rapprochement avec Renault, Fiat-Chrysler (FCA) a donc repris ses discussions avec PSA. L'information, révélée mardi par le Financial Times, a rapidement agité le monde de l'automobile, forçant les deux principaux acteurs à sortir du bois, mercredi matin. "Suite aux récentes informations presse sur le possible rapprochement de Groupe PSA et FCA Group, Groupe PSA confirme que des discussions sont en cours en vue de créer l'un des principaux groupes automobiles mondiaux", a ainsi déclaré le groupe français dans un communiqué, similaire à celui de FCA.

Ce rapprochement n'est pas une surprise. Les deux constructeurs se tournent autour depuis plusieurs années. D'un côté, PSA est devenu une valeur sûre du secteur automobile, sous l'égide de Carlos Tavares. Le rachat d'Opel a été un succès et les derniers chiffres affichent une croissance solide. Loin des tensions qui agitent Renault et sa fragile alliance, PSA avance et voit plus grand. "Nous avons soutenu dès le départ le projet Opel. Si une autre occasion se présente, ce n'est pas nous qui freinerons. Carlos le sait", disait encore, en mars dernier, Robert Peugeot, le représentant de la holding familiale, qui reste l'un des principaux actionnaires du groupe.

Une bonne affaire pour Fiat-Chrysler ?

De l'autre côté, Fiat-Chrysler est à la peine depuis des années notamment avec ses marques italiennes. FCA, qui peut tout de même compter sur les ventes impressionnantes de Jeep, a clairement besoin d'un nouveau souffle.

Si l'option Renault avait surpris les observateurs, celle de PSA semble plus logique. Déjà parce que le dossier n'est pas nouveau. Ces dernières années, le mariage des deux géants de l'automobile a été envisagé puis écartée, puis à nouveau évoqué... Ils auront étudié et mis en place des coopérations à plusieurs reprises dans leur histoire (moteurs, utilitaires, etc.), mais aucun vrai projet d'alliance capitalistique ne se sera concrétisé. 

Les deux groupes ont d'ailleurs pris soin de cacher leur jeu pour cette potentielle fusion. En septembre dernier, Robert Peugeot assurait encore, sur BFM Business, qu'il n'y avait "pas de discussions entre Fiat-Chrysler et PSA". Mais l'échec de la fusion entre FCA et Renault avait pourtant bien remis cette option au centre de la table.

Déjà pour des questions de taille. Entre la capitalisation boursière (autour des 20 milliards d'euros) et les ventes annuelles de véhicules (autour des 4 millions), un nouveau groupe unifié pourrait rapidement rejoindre le trio de tête Renault-Nissan-Mitsubishi / Toyota / Volkswagen, qui jouent dans la catégorie des 10 millions de voitures annuels.

Le marché américain dans le viseur

Mais l'enjeu principal pour PSA serait une conquête facile et rapide du marché américain. Et Carlos Tavares ne l'a pas caché non plus, il nourrit des ambitions pour son groupe aux Etats-Unis, où un retour est prévu à horizon 2026. Les possibilités d'internationalisation ciblées sont une priorité pour PSA, notamment face à la fragilité d'un marché européen. Le retour d'Opel en Russie, annoncé en début d'année, est sans doute un premier pas significatif de ce point de vue.

Une conquête de l'Amérique par le biais d'une union avec Fiat-Chrysler serait une solution rapide, efficace, pour profiter de perspectives de croissance toujours excellentes notamment sur le secteur des SUV et des pick-up. Le groupe italo-américain réalise ainsi une large partie de ses revenus nets sur le continent américain désormais.

C'est donc la puissante identité américaine de Fiat-Chrysler qui pourrait devenir l'actif le plus intéressant pour PSA. Mais l'opération ne serait pas sans risque... Et particulièrement si l'on regarde la partie européenne de Fiat-Chrysler, qui n'est pas au mieux, avec des ventes en baisse de 2,3% sur 2018. Et particulièrement la marque Fiat, qui est sortie du "Top 10" des ventes européennes par marque, avec une baisse de 8,8% en Europe, et même -20% en Italie.

Un gros chantier

En réalité, Fiat souffre d'une gamme au succès inégal, écartelée entre le succès impressionnant de la Fiat 500 et des difficultés sur les autres segments, et en particulier peu de réussite dans le domaine très porteur des SUV. Et le renouvellement des modèles semble prendre du temps.

Un gros coup sur Fiat-Chrysler de la part de PSA signifierait donc aussi un gros chantier de rénovation et de marketing. Un réel obstacle, surtout dans une conjoncture aussi incertaine. Autre souci, le clan Agnelli, qui contrôle 29% du capital de FCA, n'a jamais montré beaucoup d'enthousiasme autour de cette alliance.

Mais l'impressionnante réussite de Carlos Tavares aux commandes de PSA, avec en particulier le redressement spectaculaire d'Opel, pourrait finalement constituer une option intéressante pour les Agnelli, afin de redynamiser radicalement Fiat-Chrysler, toujours en manque de vrai leadership depuis la mort de Sergio Marchionne. Une double-bonne affaire pour les deux constructeurs.

Thomas Leroy, avec Antoine Larigaudrie