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La France met les gaz sur le véhicule autonome

Expérimentations sur tout le territoire, voitures autonomes individuelles, responsabilité des constructeurs... le gouvernement a dévoilé ce lundi son plan stratégique pour installer "la France à la pointe de l’expérimentation et de l’industrialisation", comme le souhaitait en mars Emmanuel Macron.

La voiture autonome n’est pas qu’une question américaine ou allemande. La France se veut aussi leader dans ce domaine. C’est en tout cas l’ambition annoncée en mars par le président de la République Emmanuel Macron, et détaillée ce lundi par Anne-Marie Idrac.

"Haute responsable pour la stratégie nationale de développement des véhicules autonomes", l’ancienne secrétaire d’Etat a présenté le rapport "Développement de la voiture autonome", qui établit le calendrier de mise sur la route de ces véhicules en France, de l’expérimentation à la commercialisation en passant par des réflexions sur l’évolution du permis de conduire ou de la responsabilité.

L’objectif fixé est clair: "définir un cap clair aux acteurs concernés, et leur fournir toutes les possibilités réglementaires" à l’arrivée à grande échelle de la voiture autonome, c’est ainsi que Bruno Le Maire a résumé ce plan. 

Certaines mesures sont ainsi très concrètes, d’autres demanderont des groupes de réflexion. "Le tout en partageant ce qui peut être le bien commun, par exemple sur la sécurité", a ajouté Anne-Marie Idrac, auteur de ce rapport.

Des tests partout en France dès l’année prochaine 

Parmi les mesures les plus rapides à mettre en place, l’expérimentation des voitures autonomes sera autorisée partout en France, sur route ouverte, dés 2019. Et non seulement sur des portions de routes dédiées comme aujourd’hui.

Pour pouvoir commercialiser dans les prochaines années ces véhicules de niveau 3 puis 4, voire 5, (de l’absence des mains sur le volant jusqu’au robotaxi, selon l’échelle internationale admise par l’ensemble du secteur), les expérimentations devront en effet s’intensifier, pour que les voitures soient sûres et sachent réagir dans n’importe quelle situation. Le gouvernement va donc autoriser les constructeurs, équipementiers, opérateurs de mobilité à tester sur route ouverte leurs véhicules partout en France, via la Loi Pacte. Bruno Le Maire souhaite la voir votée d’ici à la fin de l’année. Des robotaxis (ces voitures de niveau 5 qui n’ont jamais besoin d’un chauffeur) pourront donc rouler sur les routes françaises, très rapidement, à l’image de ce qui se passe en Californie ou en Arizona aux Etats-Unis. Le rapport d’Anne-Marie Idrac met cependant en avant l’importance de bien étudier les transitions entre les moments où la voiture roule en mode autonome et les moments où le conducteur doit reprendre la main. 

En parallèle, avant l’été, le ministère des Transports lancera un appel à projets afin d’étudier l'homologation des premiers "vrais" véhicules autonomes. Il s'agira alors de mesurer l’acceptabilité sociale, la viabilité commerciale et le niveau de sécurité des différents modèles de voitures "sans pilote" en priorité pour le transport public et collectif. Mais les véhicules de série seront aussi concernés.

"A horizon 2020-2020, l’idée est de mettre en service des voitures autonomes de niveau 3 et 4 sur nos routes", souligne Anne-Marie Idrac. 

La responsabilité portée par les industriels 

Mettre en place cette feuille de route demande également de faire évoluer la question de la responsabilité. C’est une autre mesure concrète.

Lors des tests sur route, c’est le demandeur de l’autorisation d’expérimentation qui en sera porteur.

"La contrepartie de la liberté, c’est la responsabilité, c’est l’industriel qui testera ses véhicules qui portera cette responsabilité, a poursuivi Bruno Le Maire. Le véhicule autonome n’est pas seulement un objet qui circule, c’est un objet qui rencontre des hommes, des femmes, des enfants, et qui doit prendre des décisions grâce à l’intelligence artificielle et à notre éthique. Et c’est peut-être le plus important".

Cette question éthique fait partie des chantiers de réflexions importants, notamment pour convaincre les Français que la voiture autonome peut être sûre. Ils sont en effet 72% à ne pas faire confiance à la délégation de conduite, selon un sondage dévoilé ce lundi.

Aller plus vite en Europe qu’à l’international 

Le gouvernement français ne pourra cependant pas se passer de la réglementation internationale pour développer à grande échelle la voiture autonome. En effet, l’autorisation de circulation automobile dépend de la Convention de Vienne, régie au niveau de l’ONU. C’est elle qui nous oblige actuellement à garder les mains sur le volant, même avec des voitures semi-autonomes.

"Ce processus d’élaboration et de validation [...] est un processus très long, au regard du rythme du déploiement", critique le rapport d’Anne-Marie Idrac. Ce rapport préconise donc de faire évoluer la réglementation, d’abord au niveau européen, pour une harmonisation européenne de l’homologation technique de ces voitures sans chauffeur, mais aussi pour aller plus vite. 

Mieux (in)former les (futurs) conducteurs sur la voiture autonome 

Si la législation évolue, une partie de la réglementation autour de la voiture autonome sera également très innovante. Par exemple, avec la possibilité d'adapter le permis de conduire. Le rapport d’Anne-Marie Idrac demande ainsi "dès maintenant d’adapter les contenus de la formation, et des examens au permis de conduire", via la création d’un groupe de travail. Des propositions seront faites d’ici la fin de l’année.

Autre réflexion : mieux informer les futurs acheteurs des technologies d’aide à la conduite que peuvent déjà comporter certains modèles (Nissan Leaf, Audi A8 ou chez Tesla par exemple)

Le gouvernement a surtout voulu concevoir un espace de discussion entre tous les acteurs du véhicule autonome. "Est-ce que nous voulons être souverain ou dépendre des grands acteurs étrangers, qu’ils soient américains ou chinois ? Nous voulons prendre à bras le corps cette révolution technologique pour garantir notre souveraineté technologique et de transports", a résumé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire.

Pauline Ducamp