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Accident mortel: le logiciel d’Uber serait en cause

Selon des informations de la presse américaine, la voiture autonome qui a tué une piétonne en mars aurait bien identifié la présence d’une personne sur la route. Mais le logiciel aurait choisi de ne pas freiner.

Le système d’exploitation d’Uber serait bien en cause dans l’accident mortel impliquant une voiture autonome de la société de transports et une piétonne, le 18 mars, à Tempe (Arizona). Selon le site d’enquête spécialisé dans la tech The Information, les capteurs du véhicule auraient bien détecté Elaine Herzberg, la victime, traversant la route. Mais le logiciel implanté dans le Volvo XC90 par Uber aurait volontairement choisi de ne pas freiner, de ne pas s’arrêter, selon deux sources internes à la société californienne, contactées par The Information.

Une configuration particulière du logiciel

Les différents capteurs des voitures autonomes, celles d’Uber comme d’autres sociétés travaillant sur la voiture autonome, balayent en permanence les environs immédiats du véhicule, à plus ou moins longue portée. Les données des caméras, radars à ultra-sons, lidars, sont ensuite analysées par le système d’exploitation du véhicule pour identifier l’environnement, puis prendre des décisions: rester sur la route, ne pas entrer en collision avec d’autres véhicules ou usagers de la chaussée, ou encore freiner, par exemple.

Dans le cas d’Uber, le système d’exploitation connaîtrait des "faux positifs", c’est-à-dire qu’il identifie bien un objet réel, mais considère qu’il n'a pas de conséquences négatives pour le véhicule en mouvement. Et n’implique donc pas de s’arrêter. Comme un sac plastique qui vole au-dessus de la chaussée. Le degré de sensibilité du logiciel d’exploitation Uber aurait cependant été bien moins important que pour d’autres systèmes.

La présence d’Elaine Herzberg aurait ainsi été perçue comme une fausse alerte par le logiciel d’Uber. La personne qui supervisait le test n’a non plus pu intervenir: la vidéo du crash publiée par la police la montrait distraite, ne regardant pas la route, sans les mains sur le volant.

L'enquête toujours en cours

Uber "serait allé trop loin dans ses réglages", conclut une des personnes interrogées par The Information. Dans ses réglages, Uber aurait ainsi privilégié le confort des passagers, précise le site. Les premiers retours des tests de voitures autonomes montreraient en effet des voitures peu confortables, avec beaucoup de freinages intempestifs aux moindres objets rencontrés ou à la moindre incertitude quant à la nature de la situation. L’enquête sur l’accident se poursuit, malgré la signature d’un accord financier entre Uber et la famille d’Elaine Herzberg. Uber a refusé de commenter les différentes informations publiées par la presse américaine depuis ce début de semaine.

"Nous coopérons activement à l’enquête de la NTSB (National Transportation Safety Board, le conseil national de la sécurité des transports, ndlr), explique un porte-parole d’Uber à The Information. […] Nous avons en parallèle établi une revue de sécurité de tout notre programme voiture autonome, et nous avons engagé un ancien membre de la NTSB Christopher Hart pour nous conseiller sur notre culture sécurité. Notre revue porte sur tout ce qui touche à la sécurité, de la formation des opérateurs véhicules à la sécurité de notre système d’exploitation, et nous espérons pouvoir vous en dire plus très rapidement".

La division voiture autonome d’Uber dispose d’environ 1.500 employés, dont 200 opérateurs véhicules chargés de superviser les tests. La société a pour le moment suspendu les tests de ces voitures autonomes.

Pauline Ducamp