BFM Business

Uber: ce que nous apprend la vidéo de l’accident

VIDEO - La police de Tempe (Arizona) a publié sur son compte Twitter des images de l’accident mortel survenu dimanche soir avec une voiture autonome. Voici ce qu'elles nous apprennent.

Les circonstances de l’accident mortel causé ce dimanche par une voiture autonome d’Uber se précisent. Jeudi 22 mars, la police de Tempe (Arizona), où a eu lieu le crash, a publié sur son compte Twitter les images précédant le choc. Deux éléments retiennent tout particulièrement l’attention.

Le rôle du superviseur en question

Tout d’abord, la victime Elaine Herzberg, 49 ans, semble surgir dans les phares du Volvo XC90 autonome, hors de tout passage protégé. Les capteurs du véhicule n’ont absolument pas détecté la piétonne et la voiture ne freine absolument pas.

"Si la voiture disposait d’un Lidar [laser-scanner qui évalue l’environnement à 360° autour du véhicule, ndlr], il est étonnant qu’elle n’ait pas vue la piétonne, s’interroge Laurent Meillaud, journaliste et expert dans les nouvelles technologies automobiles. La voiture semble aussi aller très vite".

Le SUV roulait en effet à presque 65km/h, selon des données communiquées par la police. Si elle avait à cette vitesse peu de chances de s’arrêter avant de heurter Elaine Herzberg, l’intervention du superviseur à bord de la voiture aurait peut-être pu éviter l’issue fatale. Et c’est le second point qui interroge dans cette vidéo. Sur les images, la femme derrière le volant ne semble pas vraiment concentrée sur la route alors que son rôle est justement de vérifier que tout se passe dans les règles.

"Il y a peu de chances que la personne ait pu éviter l’accident, mais elle aurait peut-être pu réagir, peut-être freiner ou tourner le volant, relativise Laurent Meillaud. Ces superviseurs doivent être très vigilants".

Quelles exigences de sécurité

L’humain fait donc petit à petit son arrivée dans une enquête où l’on a beaucoup parlé jusqu’à présent de technologies et de réglementation.

"La réaction est forte car c’est l’un des premiers accidents causés avec une voiture autonome, cela crée forcément un débat dans l’opinion, explique Jean-François Bonnefon, chercheur au CNRS qui étudie les comportements en lien avec les technologies. Dans nos études, dans un premier temps, on voit que les gens cherchent un humain à blâmer dans l’affaire, ils dédouanent la voiture, puis l’idée apparaît qu’au volant ils auraient fait mieux".

Dans l’imaginaire collectif, la voiture autonome s’impose comme un objet particulier car ses actions peuvent influer sur la vie humaine sans que justement un humain ne puisse s’interposer (ce qui n’est pas le cas ici, le superviseur doit pouvoir intervenir).

"C’est une question nouvelle, poursuit Jean-François Bonnefon. Dans le cas d’une voiture autonome, elle est programmée dans ses actions, contrairement à un humain par nature imprévisible. Or, elle a une action sur la vie des gens, sans qu’un humain puisse être mis dans la boucle".

Suite à la publication de cette vidéo, rapporte le site spécialisé CNET, une porte-parole d’Uber a expliqué: "La video est dérangeante, et profondément touchante, et nos pensées vont aux proches d’Elaine. Nos voitures restent consignées, et nous travaillons avec les autorités locales, fédérales, par tous les moyens".

La police travaille également avec la National Highway Traffic Safety Administration, en charge de la sécurité des transports routiers aux Etats-Unis. "Il est très clair qu'il aurait été difficile d'éviter la collision quelque soit le mode de conduite compte tenu de la manière dont elle (la victime) sort de l'ombre directement sur la route", a expliqué la chef de la police de Tempe Sylvia Moir au quotidien San Francisco Chronicle.

"Tout cela pose beaucoup de questions sur le sérieux de ce processus d’expérimentation. Le robotaxi de niveau 5 n'arrivera pas tout de suite, bien que l'on dise souvent que les sociétés de la Silicon Valley peuvent aller plus vite, ou faire mieux, que le secteur, poursuit Laurent Meillaud. Uber n’est pas vraiment en avance sur ces technologies. Certes, on peut recruter à prix d’or des compétences un peu partout. Mais ce n’est pas comme cela que l’on crée une légitimité dans des technologies aussi sensibles. Les constructeurs automobiles se font beaucoup plus discrets, mais capitalisent sur un siècle de savoir-faire, des process de validation très rigoureux".
Pauline Ducamp