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Fusion avec PSA: John Elkann, l'héritier des Agnelli, prêt à entrer dans la cour des (très) grands

Cornaqué par son mentor Sergio Marchione, John Elkann était devenu un homme fort de l'automobile. Un deal réussi avec Renault ferait de lui un géant incontournable.

Cornaqué par son mentor Sergio Marchione, John Elkann était devenu un homme fort de l'automobile. Un deal réussi avec Renault ferait de lui un géant incontournable. - ALBERTO PIZZOLI / AFP

A 43 ans, le patron de Fiat-Chrysler s'est imposé comme un redoutable négociateur. S'il parvient à mener à bien la fusion avec PSA, il deviendra un des patrons les plus puissants de la sphère automobile mondiale.

Ce n'était que partie remise... Lorsque Fiat-Chrysler décide de retirer son offre de fusion avec Renault, en juin dernier, John Elkann se tire une balle dans le pied: il perd une occasion en or de devenir le dirigeant le plus puissant du monde automobile. En réalité, l'Italien, réputé être un redoutable négociateur, a assumé ce retrait pour s'éviter l'encombrant Etat français toujours prompt à fixer ses conditions dans ces dossiers.

Mais probablement savait-il que l'autre constructeur Français, PSA, se tenait en embuscade pour reprendre les négociations déjà entamées des années auparavant. Probablement savait-il aussi que Bercy, critiqué pour son interventionnisme chronique, réfléchirait à deux fois, cette fois, avant de faire capoter une autre fusion industrielle majeure. Malin, John Elkann a désormais les mains libres.

Jaki devient John

Bien sûr, les conditions ne sont plus les mêmes. PSA est un second choix, trop grand, trop puissant pour être dominé par l'empire fragile Fiat-Chrysler. La fusion n'a plus le même équilibre.

Il n'empêche, d'une entreprise centenaire en perte de vitesse, Elkann pourrait ainsi prendre le contrôle d'un nouveau mastodonte de l'automobile mondial, avec une gouvernance déjà bien établie. A Carlos Tavares, patron de PSA, la direction opérationnelle, à John Elkann la présidence.

A 43 ans, l'héritier de la dynastie Agnelli poursuit donc sa fulgurante montée en puissance. Petit-fils de Gianni (artisan de l'essor de Fiat pendant 30 ans), homme d'affaires réputé intraitable et gestionnaire brillant, John Elkann a ainsi activement participé au redressement de Fiat depuis qu'il y est entré, en 1998, alors qu'il n'avait que... 22 ans. Au conseil d'administration, le jeune homme timide est encore surnommé Jaki.

Auparavant, il a reçu une éducation digne de ses origines. Né à New York d'un père franco-italien (Alain Elkann) et de la fille de Gianni Agnelli, il a vécu entre Londres, Paris et Turin.

Au fil de sa carrière, il s'est surtout trouvé un mentor: le charismatique Sergio Marchionne, celui a repris en main le groupe à partir de 2004, restructuré la galaxie Fiat et accéléré sur le marché américain. Sous sa houlette, Jaki devient John. 

Le marché américain sur un plateau

l montre un énorme potentiel et des qualités de leadership indiscutables au sein des instances dirigeantes. L'héritier, qui voit les plus anciens membres de sa famille disparaître les uns après les autres, va ainsi monter rapidement aux postes clés, notamment au sein de la holding familiale, Exor, 143 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2018.

Mais le décès soudain de Sergio Marchionne, l'année dernière, a bouleversé la donne. John Elkann perdait son fil rouge et se retrouvait directement propulsé à l'opérationnel du groupe. Pour l'automobile, il place à ses côtés un nouvel administrateur-gérant, Mike Manley.

L'ancien patron de Jeep représente bien le virage amorcé par Elkann à la tête du groupe. En Europe, les marques italiennes souffrent, aux Etats-Unis, Jeep surperforme. Le jeune patron a donc besoin d'un partenaire pour réduire les coûts de production, et créer de la valeur via de fortes synergies. En échange, il ouvre le marché américain à un constructeur européen..

Froid et intransigeant

Renault, affaibli par ses guerres de gouvernance, était finalement la victime idéale de son ambition. Sans aucun doute, l'héritier, réputé froid et intransigeant, aurait pris les rênes du nouveau groupe.

Avec PSA, la donne a encore changé car Carlos Tavares n'est pas un poids plume du secteur. Aussi convaincant soit-il, Elkann devra négocier plus finement. Mais le temps presse car le secteur de l'automobile a entamé son virage majeur vers l'électrique, qui laissera les plus faibles sur le carreau. John Elkann, très attaché à l'entreprise familiale, n'a pas l'intention de faire partie des victimes. Il sera même l'un des champions. 

Elkann, homme des médias

Outre l'automobile, John Elkann s'est intéressé, avec un succès mitigé, au monde des médias, et surtout des journaux. En 2013, il s'attable au conseil d'administration de News Corp, l'empire médiatique de Rupert Murdoch, avant de se désengager trois ans plus tard. Par la suite, il se sépare des quotidiens italiens Corriere della Sera et La Stampa, dont les rédactions sont montés au créneau contre sa présence au capital. Son vrai coup de force est en réalité l'acquisition du quotidien financier The Economist, en 2015 pour 405 millions d'euros, qu'il possède toujours. Selon les médias italiens, il lorgne désormais sur le New York Times...

Thomas Leroy