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Comment l'homme le plus riche d'Algérie veut transfigurer l'Afrique

L'homme d'affaires algérien Issad Rebrab rêve de doter l'Afrique d'une "véritable colonne vertébrale ferroviaire".

L'homme d'affaires algérien Issad Rebrab rêve de doter l'Afrique d'une "véritable colonne vertébrale ferroviaire". - Farouck Batiche - AFP

L'homme d'affaires algérien Issad Rebrab rêve de créer en Afrique une véritable colonne vertébrale ferroviaire. Un réseau uniquement réservé au transport de marchandises qui permettrait de désenclaver les pays n'ayant pas accès à la mer.

À la tête d'un véritable empire économique et financier, Issad Rebrab entend aider l'Afrique à se développer. L'homme le plus riche d'Algérie -sa fortune personnelle est évaluée à 3,1 milliards de dollars (2,7 milliards d'euros) par le magazine Forbes- vient de dévoiler sa solution pour désenclaver un grand nombre de pays du continent, notamment ceux qui n'ont pas d'accès à la mer.

Issad Rebrab propose ni plus ni moins de bâtir une ligne de chemin de fer transcontinentale permettant de "relier les rives de la Méditerranée au centre de l'Afrique" et de connecter Djibouti à l'océan Atlantique. Un projet pharaonique destiné "à aider les pays qui n'ont pas de façade maritime à exporter leurs produits à moindres coûts". 

"L’Afrique a plusieurs défis: la sécurité alimentaire, les infrastructures, l'électrification, l'eau... Mais, si je dois les classer par priorité, c'est le désenclavement de beaucoup de pays africains (qui arrive en tête). Pour y parvenir, le meilleur moyen, c'est le chemin de fer" a insisté le patron du groupe Cevital (qui contrôle notamment la marque française d'électroménager Brandt) à l'occasion de la dernière édition de l'Africa CEO Forum qui se déroulait à Genève (Suisse). 

S'appuyer sur le maigre réseau ferré déjà existant 

Pour mener à bien son projet pharaonique, Issad Rebrab ne compte pas partir d'une feuille blanche. Alors que le continent africain dispose seulement de 3,8 kilomètres de chemin de fer pour 10.000 habitants (contre 150 kilomètres pour 10.000 habitants en France), l'homme d'affaires entend s'appuyer sur certains tronçons ferroviaires déjà existants, indique le quotidien algérien El Watan

En plus des travaux nécessaires pour uniformiser et interconnecter le réseau existant, de nombreux kilomètres de voies ferrées devront être construits. L'opération s'avère onéreuse. Un tel réseau suppose la construction de nombreux tunnels et ouvrages d'art. "Un kilomètre de rail sur terrain plat revient à 1 million de dollar (925.000 euros). De la Méditerranée jusqu’à la Zambie, il y a 9.000 kilomètres qui nécessiteront quelque 36 milliards de dollars (33 milliards d'euros)" indique Issad Rebrab dans les colonnes du quotidien algérien. 

Citant en exemple la ligne ferroviaire de 800 kilomètres bâtie pour 4 milliards de dollars (3,7 milliards d'euros) entre Djibouti et Addis-Abeba (Éthiopie), l'homme d'affaires rappelle qu'un tel investissement est susceptible de faire considérablement baisser le coût du fret. Selon lui, "le prix du transport par camion de la tonne de marchandise entre ces deux villes, qui était de 47 dollars, est tombé à 25 dollars la tonne grâce au train". 

Trouver les financements nécessaires 

L'entrepreneur ne précise pas à quelle date son projet pourrait voir le jour. Il explique qu'il va prochainement le soumettre à l'Union africaine "car l’accord politique des autorités de tous les pays concernés" est nécessaire. Cette présentation pourrait avoir lieu à l'occasion du prochain sommet Union européenne-Afrique, prévu à Abidjan en novembre prochain.

S'il est accueilli favorablement, Issad Rebrab se mettra alors en quête de financements. L'homme d'affaires pourrait solliciter la Banque africaine de développement, la Banque mondiale ou encore des fonds souverains.

Antonin Moriscot Journaliste BFMTV