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SNCF/AirBnb: les hôteliers en colère, les politiques inquiets

Pour calmer la colère des hôteliers, Franck Gervais, DG de Voyages-SNCF.com,  propose une rencontre pour renforcer leur collaboration.

Pour calmer la colère des hôteliers, Franck Gervais, DG de Voyages-SNCF.com, propose une rencontre pour renforcer leur collaboration. - Eric Piermont - AFP

L'accord entre Voyages-SNCF.com et AirBnB ne passe pas chez les professionnels de l’hôtellerie qui dénoncent cette entente avec une entreprise en délicatesse avec le Fisc. Pour Bruno Le Roux (PS), ce partenariat peut déstabiliser les équilibres économiques.

L’idée de Voyages-SNCF.com partait d’un bon sentiment. Il s’agissait de proposer à ceux qui prennent un billet de train de mettre en location leur appartement sur le site AirBnB ou leur voiture sur OuiCar pendant leur absence. Pour la filiale de la SNCF, il s’agit d'une manière d’amortir le coût du voyage en le faisant entrer dans l’économie collaborative.

Avant même que l'on sache si cette proposition séduira les clients, la réaction des hôteliers et des restaurateurs pourrait faire une mauvaise publicité à l’offre mise en place par Franck Gervais, directeur général de Voyages-SNCF.com. Le Groupement national des indépendants de l'hôtellerie et de la restauration (GNI-Synhorcat) a réagi vertement contre ce partenariat entre une entreprise publique et un acteur du web en délicatesse avec la fiscalité française. "C’est avec colère que les hôteliers en prennent connaissance !", réagit le syndicat.

"Une multinationale qui use des failles du système fiscal français"

Cette colère ne s’élève pas contre la nouvelle économie, précise le GNI- Synhorcat, mais contre l’alliance entre "une filiale subventionnée à hauteur de plusieurs milliards d’euros par l’État et les contribuables français avec une […] multinationale qui use de toutes les failles du système fiscal français pour ne déclarer que 2% de son chiffre d’affaires en France et ne créer quasiment aucun emploi."

Le syndicat indique qu’AirBnb réalise en France près de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et ne paye des impôts que sur 2% de son chiffre d’affaires. Quant aux emplois, il affirme que le site ne déclare que 30 salariés. "Est-ce le rôle de la SNCF de distribuer des billets gratuits aux frais des contribuables à une société privée ?", déclare Didier Chenet, président du GNI-Synhorcat.

Face à ce tollé, Voyages-SNCF a vite réagi. Pour le site de vente en ligne, la distribution de billets gratuits n’est qu’une rumeur qu’elle tient à démentir. Dès lundi, Les Échos affirmaient pourtant que Voyages-SNCF.com et Airbnb comptaient bien offrir des aller-retours lors de la première réservation.

Pour Bruno Le Roux, l'image de la SNCF est menacée

En attendant, cet accord prend un virage politique avec l’intervention du chef des députés socialistes, Bruno Le Roux, qui s’est déclaré "très réservé" sur le partenariat. "On peut se diversifier en faisant attention à ne pas mettre à mal les équilibres économiques de nos territoires et la SNCF est particulièrement associée en termes d'image à nos territoires. Je ne souhaiterais pas qu'elle soit demain associée à des fermetures successives d'établissements hôteliers ou de restaurants", a déclaré Bruno Le Roux sur Sud Radio et Public Sénat.

Pour calmer les inquiétudes, Franck Gervais, directeur général du service en ligne de la SNCF, propose aux hôteliers, qui sont également ses partenaires, de les rencontrer pour "renforcer leur collaboration". Quand aura lieu cette rencontre et quelles seront les propositions? Rien n’a été décidé pour l’instant.

Voyages-SNCF a annoncé que ce service collaboratif entrerait bientôt en phase test pour un lancement prévu pour la rentrée 2016. Franck Gervais estime que cette offre pourrait concerner d’ici 2019 10% de la clientèle du site Internet qui compte près de 7 millions de visiteurs uniques par mois.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco