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SFR: plus d'emplois menacés avec Bouygues selon Bercy

Arnaud Montebourg (ici sur le plateau de TF1) défend avec ardeur l'offre de Bouygues

Arnaud Montebourg (ici sur le plateau de TF1) défend avec ardeur l'offre de Bouygues - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Dans une note interne, les services du ministère du Redressement productif estiment qu'un rachat par Numericable supprimera moins d'emplois. Ils désavouent ainsi leur ministre Arnaud Montebourg.

Dans la bataille pour la vente de SFR, Arnaud Montebourg a pris parti depuis une semaine pour l'offre de Bouygues.

Un choix surprenant: l'offre de Bouygues est celle qui créée le plus de doublons, et donc le plus de casse sociale potentielle, alors que le ministre du Redressement productif est censé défendre l'emploi... Cette analyse logique a été effectuée par les propres services du ministère, dans une note datant du 19 février et révélée par les Echos.

Cette note, rédigée par la direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services de Bercy, contredit donc clairement les propos du ministre.

Arnaud Montebourg contredit

Dans cette note, la direction estime qu'un rachat par Bouygues "aurait un impact sur l'emploi potentiellement important: suppression de postes entre 1.500 et 3.000 personnes". Toujours selon cette note, "le recouvrement d'activité dans le mobile est très important. Les effectifs dans les réseaux et les fonctions support d'au moins l'un des deux opérateurs pourraient être divisés par deux".

La saignée sera moins importante avec Numéricable: "les synergies pourraient sans doute concerner au minimum 1.000 personnes, et au maximum 2.000", lit-on.

Selon les services d'Arnaud Montebourg, les effectifs techniques et ceux des services aux entreprises de Numericable pourraient être divisés par deux. En outre, le rachat "pourrait entraîner une disparition de l'ensemble des personnels de Numericable dédiés aux fonctions support et aux systèmes d'information".

Numericable en prend pour son grade

Mais l'offre de Numericable en prend aussi pour son grade. En effet, les services de Bercy critiquent vivement le montage financier utilisé, un rachat par endettement (leverage buy out ou LBO).

"Un rachat par LBO avec un fort effet de levier impose une forte réduction des coûts, et donc des effectifs et des investissements [...] La mise en place possible d'un LBO pourrait se traduire par un endettement très important de SFR, qui se verra contraint de consacrer, pendant plusieurs années, l'essentiel de son cash flow au remboursement de sa dette. Il est probable que les investisseurs financiers exercent une forte pression sur l'emploi".

La note tire un bilan négatif des LBO passés: "le rachat des opérateurs satellite Intelsat ou Eutelsat, ou celui de Numericable [par Altice] se sont traduits par un gel immédiat et quasi-intégral de tous les investissements".

Enfin, les services de Bercy estiment qu'un rachat par Numericable entraînerait moins d'investissements dans la fibre et la 4G, et concluent qu'il aurait donc "des conséquences néfastes tant pour l'emploi que l'investissement".

Rappleons qu'officiellement, chacun des candidats a promis de préserver l'emploi, et assuré que son offre n'était pas un LBO.

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Jamal Henni