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Pourquoi ces viticulteurs succombent à la mode de la digitalisation

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- - Antonin Moriscot - BFM Business

En Allemagne, sur les rives de la Moselle, l'un des plus vieux domaines viticoles se familiarise peu à peu avec la culture de la "vigne 2.0". Ils misent sur l'Internet des objets pour les aider à "bannir les millésimes médiocres".

Depuis 1337, la famille Haart cultive la vigne. Dans le petit village de Piesport (Rhénanie-Palatinat), situé à 90 kilomètres de la frontière française, les huit hectares de vignes composant le domaine poussent à flanc de colline jusqu’au bord de la Moselle. D'après les spécialistes, les raisins issus de ces terres donnent, après vinification, un excellent Riesling.

Si pendant de nombreuses années, ces viticulteurs n'ont fait confiance qu'à leur propre connaissance de leur exploitation et du climat local, depuis deux ans, ils misent sur l'Internet des objets pour les aider à "bannir les millésimes médiocres" et mettre au point "des millésimes exceptionnels". Le domaine Haart fait en effet partie des rares exploitations pilotes qui testent, en conditions réelles, l’outil TracoVino. Une solution intelligente créée par la start-up MyOmega, en partenariat avec les géants Ericsson et Intel, dont le but est d’aider les vignerons à mieux connaître leurs terres afin d'optimiser leur production.

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À Piesport, quatre parcelles ont été équipées de ces capteurs qu'ils ont payés 3.000 euros l'unité. Comme l'explique Johannes Haart, le responsable du domaine, ces derniers "mesurent en temps réel la température ambiante ainsi que celle du sol, le taux d'humidité de l'air et de la terre ainsi que la luminosité" dont bénéficient les pieds de vigne. Collectées dans un petit boîtier -fonctionnant à l'énergie solaire- accroché à un cep de vigne, ces données sont ensuite transmises, par une liaison sans fil, directement à la cave mais aussi sur la tablette et le smartphone des exploitants. 

"Changer la façon dont on fait notre vin"

Pour l'instant, les vignerons "apprennent à se servir de TracoVino et à interpréter les données remontées" par les quatre appareils. "Nous les comparons avec les nôtres et celles archivées manuellement" depuis des années, explique Johannes Haart. À terme, elles permettront "peut-être de changer la façon dont on fait notre vin" s'enthousiasme-t-il. Le responsable du domaine concède toutefois que l'Internet des objets ne permettra pas de "changer les techniques de vinification employées" une fois les vignes vendangées. En réalité, TracoVino permet d'intervenir sur les vignes en amont.

Les boîtiers "nous permettent de nous adapter aux changements climatiques", explique le vigneron. En période de sécheresse, "nous pouvons anticiper l'irrigation des parcelles", précise-t-il. Ou inversement, "couper l'arrosage lorsqu'il y a eu de fortes précipitations".

Une fois analysées au domaine, les données collectées permettent également d'anticiper certaines étapes de la production, comme la taille des vignes ou encore les vendanges. Dans une région adepte des vendanges tardives et de la production de vin de glace, l'anticipation des périodes de gel est cruciale. Johannes Haart en est conscient. Dans les prochaines années, la technologie envahira de plus en plus sa profession.

Héritier de sept siècles de culture de la vigne, il ne voit pas cette évolution comme une menace. Bien au contraire, il rêve de toujours plus de technologies dans ses terres, comme "des caméras pour voir qui mange les raisins la nuit". 

Antonin Moriscot Journaliste BFMTV