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Paiement mobile: échec d'Orange, SFR et Bouygues

La société a cumulé 18 millions d'euros de pertes en trois ans.

La société a cumulé 18 millions d'euros de pertes en trois ans. - -

Buyster, leur filiale commune avec Atos, cesse ses activités après moins de trois ans d'activité. Après avoir englouti 23 millions d'euros, elle n'a réalisé que 140.000 euros de recettes.

Des moyens considérables. Des actionnaires qui représentent la quasi-totalité des abonnés mobiles. Et pourtant à l'arrivée, un échec patent. Le fiasco de Buyster servira de cas d'école sur la difficulté à innover des grands groupes.

Buyster a annoncé dans les Echos la fin de son activité à la fin juin, après moins de trois ans d'activité.

Ambitions importantes

Pourtant, sur le papier, Buyster avait bien des atouts dans son jeu. Ses actionnaires étaient (à parts égales) Orange, SFR, Bouygues et Atos, ce dernier apportant la technologie de paiement.

Les moyens alloués étaient importants: une quinzaine de salariés, et 28 millions d'euros d'investissements prévus -finalement, seuls 23,2 millions d'euros seront décaissés.

Et les projections étaient ambitieuses: être utilisé "rapidement" par 30.000 sites de e-commerce. Recruter 1,6 million de clients en deux ans, puis 3 millions en trois ans. Et au bout de 5 ans, devenir le numéro français du paiement sur mobile, et le numéro deux du commerce électronique, avec 10% du marché.

18 millions d'euros de pertes

Las! Les résultats ont été très loin de ces objectifs. A date, Buyster revendique seulement 200 e-commerçants, et 300.000 clients inscrits, dont les deux tiers ont été actifs au cours des douze derniers mois.

Et la société n'a engrangé à fin 2013 que 140.000 euros de commissions (qui s'élevaient en moyenne à 1% du montant du paiement).

En face, elle a cumulé 18 millions d'euros de pertes, dues notamment à des dépenses importantes pour recruter des clients -qui se voyaient offrir 5 à 10 euros de crédit.

Solution franco-française

Comment expliqer cet échec? Selon le directeur général Eric Gontier, "changer les habitudes des gens, et se faire une place dans un marché très compétitif est difficile". En effet, les services de paiement électronique foisonnent, provenant de géants américains (PayPal) ou de banques françaises.

Pour Eric Gontier, "le rythme du développement a été plus lent que prévu, et jugé insuffisant par les actionnaires. Pourtant, nos résultats ont quadruplé chaque année, et nous prévoyions 40 millions d'euros de paiements cette année".

A cela s'ajoute un manque de soutien des trois opérateurs mobiles, qui proposent d'utiliser Buyster pour seulement une petite partie des produits en vente sur leurs propres sites... Sans compte que Buyster (comme ses concurrents émanant des banques françaises) est utilisable uniquement sur des sites français, et pas étrangers.

Recherche de repreneur

Face à cette situation, les actionnaires ont donc décidé de jeter l'éponge. Ils ont d'abord "étudié plusieurs stratégies visant à assurer la pérennité de l'entreprise" - en clair, cherché un repreneur, et approché pour cela un grand nombre d'acquéreur potentiels, de BNP Paribas à Orange, mais en vain...

Le titre de l'encadré ici

|||Les résultats de Buyster (en euros)

Chiffre d'affaires
2011: 4.170
2012: 24.252
2013: 110.830
2014: 400.000 (prévision)

Résultat net:
2011: -4,2 millions
2012: -6,8 millions
2013: -6,8 millions

Source: société

Jamal Henni