BFM Business

Mobile: la 4G ne sera pas la poule aux oeufs d'or

Les opérateurs mobiles comptent sur la 4G pour remonter leurs tarifs, et donc leurs profits

Les opérateurs mobiles comptent sur la 4G pour remonter leurs tarifs, et donc leurs profits - -

Les analystes financiers estiment que cette nouvelle technologie à très haut débit permettra difficilement de faire remonter les tarifs, et donc les bénéfices des opérateurs mobiles.

Ce mardi 1er octobre, Bouygues Telecom lance son service très attendu de 4G.

Les opérateurs mobiles, notamment français, placent de grands espoirs dans cette nouvelle technologie permettant d'accéder au haut débit sur son téléphone mobile. Ils espèrent que la 4G leur permettra enfin de faire remonter leurs tarifs -et donc leurs profits-, qui ont baissé drastiquement après l'arrivée de Free Mobile.

Les challengers cassent les prix

Mais les analystes financiers ont tendance à doucher cet espoir pour plusieurs raisons.

"Il reste difficile à ce stade en Europe de monétiser la 4G, compte tenu d’un contexte macro-économique difficile, d’un manque d’éducation du grand public sur les avantages offerts par la 4G, et de la nécessité de couvrir au moins 30% du territoire pour pouvoir prétendre à un incrément sensible de la facture moyenne par abonné (Arpu)", écrit ainsi Vincent Maulay, analyste chez Oddo, dans les Cahiers de l'Arcep.

Même son de cloche dans une étude publiée en mars par Arthur D. Little et Exane: "il est peu probable que la 4G redonne du pricing power aux opérateurs mobiles européens". Selon cette étude, un client 4G pourrait payer 12 euros par mois en 2016 pour accéder aux données (internet, vidéo...), contre 10 euros pour un client 3G aujourd'hui.

Explication avancée: il restera toujours des challengers pour casser les prix. "En Grande Bretagne, le dernier entrant Three a d'ores et déjà annoncé qu'il vendra la 4G au prix de la 3G", soulignent AD Little et Exane.

Déjà des baisses de tarifs...

Surtout, "les opérateurs mobiles européens pourraient avoir des difficultés à faire passer des hausses de tarif sensibles sur la 4G, en raison de différenciation limitée", pointe Oddo. En clair, les gros opérateurs proposeront un service à peu près équivalent à leurs challengers, et pourront donc difficilement le vendre plus cher.

Explication: les challengers disposent le plus souvent de suffisamment de fréquences pour proposer un service 4G aussi rapide que les gros opérateurs. C'est notamment le cas pour Bouygues Telecom, qui utilise ses fréquences 2G pour faire de la 4G. "Cela réduit la capacité d'Orange et SFR à créer un écart significatif en terme de réseau", écrivent AD Little et Exane. En revanche, Free reste pour l'instant "désavantagé par rapport aux trois opérateurs historiques".

La balle est dans le camp des opérateurs

Cette dernière étude ajoute que la 4G a rencontré jusqu'à présent un succès limité en Europe, où elle n'a conquis en deux ans que 1,5% des abonnés en Suède et 1,2% chez la filiale allemande de Vodafone. Et en Grande-Bretagne, Everything Everywhere (filiale commune d'Orange et Deutsche Telekom) a baissé son tarif de 36 à 31 livres par mois peu après le lancement du service...

Enfin, en France, Orange, SFR et Bouygues vendent pour l'intant la 4G 1 à 3 euros plus cher que la 3G. Mais il s'agit de promotions qui doivent cesser en janvier, où la 4G doit être facturée 5 à 10 euros de plus... sauf si les promotions sont prolongées.

Pour le président de l'Arcep Jean-Ludovic Silicani, la ballre reste dans le camp des opérateurs: "il faut que les opérateurs, au lieu de se lancer dans une guerre des prix, sachent valoriser la 4G, comme un service nouveau de très haute qualité. Ces services nouveaux doivent conserver une valeur, sans doute différenciée selon les offres des opérateurs, qui doivent être en mesure de proposer des services innovants. Une tarification distincte permettra ainsi de sortir par le haut. La solution demeure donc entre les mains des opérateurs", avait-il déclaré au magazine Décideurs.

Jamal Henni