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Le GPS européen Galileo passe le cap du milliard d'utilisateurs connectés

Le système de navigation européen Galileo se dote de 4 nouveaux satellites

Le système de navigation européen Galileo se dote de 4 nouveaux satellites - jody amiet / AFP

Le système européen de navigation par satellite accélère face à l’ultra-dominant GPS américain. Mais l'écart reste encore conséquent.

Malgré de multiples retards et quelques couacs techniques, l'utilisation de Galileo, le système européen de radionavigation par satellite, monte en puissance. Selon la Commission européenne, il serait sur le point d'être utilisé par un milliard de personnes dans le monde. Ce milliard d'utilisateurs correspond en fait à 1 milliard de terminaux qui exploitent ce système, très majoritairement des smartphones. En juin 2018, le chiffre avancé était de 300 millions et de 100 millions au début de la même année.

Ce sont en effet les fabricants de terminaux qui choisissent quel système sera utilisé par défaut pour ces besoins. Il semble donc que de plus en plus de marques optent pour le dispositif européen qui affiche une meilleure précision (de l'ordre du mètre) que son concurrent américain, le fameux GPS (une dizaine de mètres) mais qui est compatible avec celui-ci.

Les fabricants de smartphones "ont décidé que le smartphone se verrouillerait automatiquement sur le système le plus précis. Cette décision, qui pouvait sembler somme toute assez anodine, fait le bonheur de Galileo, puisqu'il se vend chaque mois dans le monde à peu près 30 à 50 millions de smartphones", souligne Jean-Yves Le Gall, président du Centre national d'études spatiales (CNES), invité de l'émission Inside sur BFM Business. "Il y a quelques années on parlait des déboires de Galileo. Aujourd'hui, on peut être fier de ce que l'Europe a fait", se réjouit-il.

Ces constructeurs privilégient aussi Galileo car le GPS est un système conçu par et pour l'armée des États-Unis et sous son contrôle. Le signal peut ainsi être dégradé à tout moment si le gouvernement des États-Unis le désirait. Reste que ce dernier dispose encore d'une avance considérable. En 2014, le nombre total de récepteurs GPS était estimé à 3,6 milliards dont 3,08 milliards de smartphones utilisant le système américain.

Pour Elżbieta Bieńkowska, commissaire chargée du Marché intérieur, de l'Industrie, de l'Entrepreneuriat et des PME, "Galileo fournit à présent des services perfectionnés de synchronisation et de navigation à un milliard d'utilisateurs de smartphones dans le monde. Et cela grâce à des efforts véritablement européens pour mettre en place le système de radionavigation le plus précis au monde, avec le soutien et l'engagement de la GSA" (l'Agence du GNSS européen, le GNSS étant le système de positionnement par satellites).

Le GPS américain encore loin devant

Outre les smartphones, Galileo entre désormais en force dans les habitacles des automobiles. En Europe, tous les nouveaux modèles de voitures ayant l'autorisation de mise sur le marché sont équipés du système eCall, qui utilise Galileo pour communiquer la localisation du véhicule aux services d'urgence. Depuis cette année, Galileo est intégré dans les tachygraphes numériques des camions, qui permettent l'enregistrement de la vitesse et de la distance, afin de garantir le respect des règles relatives au temps de conduite et d'améliorer ainsi la sécurité sur les routes.

L'enjeu est colossal. "Quelque 10 % du PIB européen dépendent aujourd’hui des systèmes de positionnement par satellites, et d’ici à 2030, ce pourcentage pourrait grimper à environ 30%", avance en effet le Cnes, l’agence spatiale française. Il y a bien sûr l'écosystème des applications pour smartphones mais aussi le très prometteur marché de la voiture autonome qui s'appuie sur les systèmes de géolocalisation par satellite.

C'est donc une annonce heureuse au terme d'un parcours plutôt chaotique. Alors que le système Galileo est annoncé en 1998, il faut attendre 2007 pour que le plan de financement industriel soit enfin bouclé. Le coût total du projet est estimé à 13 milliards d'euros.

En 2007, un seul satellite a été lancé (il en faut 30 pour que le système soit opérationnel) et l'année d'ouverture du service est repoussée à 2012. En 2015, les choses s'accélèrent enfin. Soyouz met sur orbite deux nouveaux satellites de la constellation, portant le total à 6. Le programme atteint alors son rythme de croisière avec la mise en orbite de deux satellites tous les trois mois.

Annonce heureuse dans une histoire douloureuse

Fin 2016, Galileo est enfin opérationnel et il est possible d'utiliser les données de Galileo, même si le dispositif est encore incomplet. Le système devrait être totalement opérationnel en 2020 avec les 4 derniers satellites à lancer. Mais des couacs apparaissent. En janvier 2017, plusieurs horloges atomiques de certains satellites étaient "en panne". De quoi complètement dérégler les informations transmises. Heureusement chaque satellite est doté de systèmes redondants, ce qui a évité de fausser les données.

Dernière péripétie en date: en juillet dernier, la quasi-totalité des 26 satellites en orbite ne répondent plus pendant plusieurs jours à la suite d'une panne informatique au sol.

Olivier CHICHEPORTICHE