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La SNCF ne veut pas offrir ses données aux géants du Net

La SNCF entend distinguer les données qu'elles veut bien fournir gratuitement et celles dont l'accès doit être payant.

La SNCF entend distinguer les données qu'elles veut bien fournir gratuitement et celles dont l'accès doit être payant. - Patrick Kovarik-AFP

L'entreprise publique ouvre gratuitement aux codeurs d'applications ses données (horaires, itinéraires) qui pourront les exploiter. Mais elle veut faire payer les grands groupes, selon le volume de données utilisées.

Jour J pour les programmeurs informatiques et les codeurs qui veulent intégrer les horaires SNCF dans leurs applications ou leurs sites web. Depuis lundi 15 juin 2015, l'entreprise publique SNCF donne un accès direct à ses bases de données internes (horaires, itinéraires, gares), à la communauté des développeurs.

Ces modalités techniques d'accès seront ensuite améliorées grâce à leurs retours d'expérience.

Pour ce lancement, la SNCF donne accès à quatre grands domaines : le calcul d'itinéraire de gare à gare, la recherche d'horaires planifiés des arrêts en gare, la consultation des grilles horaires et la recherche automatique des gares. Par cette ouverture, SNCF affiche sa volonté de voir se développer des applications innovantes au service de ses clients.

La gratuité ne sera pas systématique

En effet, les codeurs pourront nourrir automatiquement leurs applications en accédant aux données issues des systèmes informatiques de l'entreprise ferroviaire. Il deviendra, par exemple, possible d'ajouter des calculs de temps de trajet pour des sites ou des applications touristiques.

La gratuité de l'accès aux développeurs a été retenue comme principe par la SNCF mais avec une limite importante. Pour chaque application, un plafond de 90.000 consultations par mois adressées aux bases informatiques de la SNCF a été fixé, soit une limitation journalière de 3.000.

Autrement dit, cette limite réserve, de facto, la gratuité aux applications générant un faible trafic. Au-delà, une tarification payante est à l'étude, basée sur les volumes des données utilisées.

Derrière cette grille tarifaire à tiroir, se profile la volonté de la SNCF de privilégier les start up dont les applications démarrent. Les grands groupes éditant des applications générant de fort volume de consultations devront payer l'accès à ces données, a priori.

La SNCF craint une "sur-exploitation" de ses données par les acteurs américains

L'entreprise publique a, dans son collimateur, les géants américains du Net (Google, Apple, Microsoft)

En creux, se profile le débat sur les risques d'une "sur-exploitation" marchande par ces acteurs, des données qui seraient fournies gratuitement par la SNCF. Celle-ci redoute, par dessus tout, que ces données soient exploitées par ces géants pour aiguiller l'internaute vers des services en ligne de transport multimodal ou de comparaison de tarifs, détournant le consommateur de l'achat de billets de train.

En faisait payer ces acteurs, l'exploitant ferroviaire entend aussi récupérer une partie du coût technique lié à la mise à disposition de ses données.

Les réticences de la SNCF sont aiguisées par l'adoption par les députés, lundi 8 juin 2015, d'un amendement visant à obliger les entreprises de transports publics à diffuser leurs données librement, gratuitement et de façon réutilisable par un tiers. Reste à savoir si cet amendement sera confirmé lors du vote définitif de la loi.

Frédéric Bergé