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Google Glass: la version grand public n'est pas forcément enterrée

Loin d’être arrêté, le projet Google Glass se réoriente vers le monde professionnel. Mais difficile d’imaginer qu’il ne franchira pas la limite du grand-public.

Loin d’être arrêté, le projet Google Glass se réoriente vers le monde professionnel. Mais difficile d’imaginer qu’il ne franchira pas la limite du grand-public. - Rocky Widner - NBAE via Getty Images/AFP

La stratégie des Google Glass a été une succession d’erreurs… de communication. L'Américain ne renonce pas au projet qui devrait être relancé pour le monde professionnel. Difficile d’imaginer que le grand-public soit abandonné.

Google Glass, le retour. C’était une éventualité, mais désormais, c’est une réalité. Selon le site 9to5Google, une version "entreprise" a été présentée à la FCC (Federal Communication Commission) sous la référence "A4R-GG1". Sept mois après l’annonce de l’abandon de la version grand public, les Google Glass vont tenter leur chance auprès des professionnels. 

Ces lunettes connectées ont fait rêver, ont créé une attente, puis des craintes. Mais, face aux critiques, fondées ou non, Google a préféré jeter l’éponge en janvier dernier ou plutôt adopter une nouvelle stratégie.

Comment un groupe aussi puissant que Google a-t-il pu rater le lancement d'un des produits les plus attendus de la galaxie high-tech? L'américain n’a jamais donné de raisons officielles claires et nettes. En janvier dernier, le groupe indiquait sur son réseau social qu’il interrompait son programme pour "pouvoir se concentrer sur la suite". Et pour calmer la curiosité, il ajoutait aux fans qu’ils verraient ces "nouvelles versions de Glass quand elles seraient prêtes." Deux phrases qui en disent long. 

Aux Etats-Unis, l’histoire de cet échec est un secret de polichinelle. Les Google Glass auraient été victimes d’une communication non maîtrisée dont l’entière responsabilité repose sur les épaules de Sergei Brin, co-dirigeant et co-fondateur de Google.

Des prototypes lancés vraiment trop tôt

Alors que ce projet devait rester secret jusqu’à sa finalisation, Brin l’a dévoilé en fanfare dès 2012. Du jour au lendemain, ces modèles, qui n’étaient que des prototypes, sont devenus un "must-have" pour les geeks, les millionnaires et les people de toute la planète. Selon le dirigeant, "il fallait absolument que le public s’empare du projet, le commente afin que Google puisse l’améliorer". De leur côté, les responsables du Google X Labs auraient voulu attendre de développer une version plus aboutie avant de les dévoiler au public. 

Et Sergei Brin n’a pas fait dans le détail. Les lunettes ont été portées par des parachutistes qui ont atterri en public lors de l’édition 2012 de la conférence Google I/O. Et pour les concepteurs des Glass, cette présentation, destinée à faire vibrer les geeks, a été le début des problèmes. 

Le jeune dirigeant ne s’est pas contenté de cela. Il les portait au quotidien en prenant soin d’être vu par tous, notamment dans les transports publics. Lors de la Fashion Week de New York, il en chaussait une paire et en a offert aux organisateurs de la manifestation. Pour le New York Times, Sergei Brin se "délectait" d’être au centre de toute les attentions et finissait même par se prendre pour Tony Stark, le milliardaire super-héros de la série Iron Man.

Quand l'innovation crée la psychose

C’est d’ailleurs après cet événement que tout s’est emballé. D’un côté, les people de toute la planète voulaient les tester et être vus avec: têtes couronnées, politiques, sportifs, artistes, journalistes et les personnalités de la jet set. De l’autre, elles soulevaient quelques craintes auprès du grand public qui appréhendait une atteinte à la vie privée.

La possibilité d’être photographié, filmé ou enregistré à son insu a créé une véritable psychose. Et il n’a pas fallu longtemps pour que dans plusieurs pays, les cinémas, restaurants, commerces et casinos les interdisent. Des associations se sont même créées pour lutter contre cette nouvelle intrusion et, finalement, certains porteurs de Glass ont été agressés en pleine rue.

Face à cet emballement, les ingénieurs du Google X Labs, le laboratoire de Google, n’en finissaient plus de rager de voir jeter en pâture le fruit inabouti de leurs travaux. Mais, hors de question de répéter les mêmes erreurs. Le projet, loin d’être arrêté, est réorienté vers le monde professionnel. Mais difficile d’imaginer qu’il s’arrêtera là.

Deux stars de l'innovation pour repenser les Glass

Pour l'heure, la version grand public n’est pas évoquée. Mais l’équipe Google Glass est désormais pilotée par Tony Fadell, patron de Nest mais aussi le concepteur de l’iPod, et Ivy Ross, une spécialiste du design et en marketing qui a travaillé chez Mattel, Disney, Art.com, Calvin Klein, Swatch ou Gap. Difficile d’imaginer que ces personnalités se limiteront à une version professionnelle.

Un autre élément laisse penser que Google n’abandonnera pas le grand public. Et c’est Massimo Vian, patron de Luxottica, le principal partenaire de Google dans l’optique, qui l’évoque. A l’occasion d’un conseil d’administration de son groupe, il a révélé que le groupe californien planche déjà sur une version 3. "Il y a des réflexions alternatives sur la manière de percevoir la version 3 des lunettes. Ce que nous avons vu correspondait à la version 1. Nous travaillons sur la version 2, qui est en cours de développement". Il n'en dira pas plus.

Verrons nous bientôt ces modèles de test dans les rues? Il ne faut pas y compter cette fois. Tony Fadell a décidé de reprendre le projet en intégralité depuis le design jusqu’aux usages. Et il prévient qu’il n’y aura "pas d’expérimentation publique et que le produit ne sera présenté que lorsqu’il sera parfait". Même son patron, Sergei Brin, a compris ce message qui lui est directement adressé.

Pascal Samama