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Google, Facebook et Apple veulent se mettre les Indiens dans la poche

Le second plus grand pays du monde est courtisé comme jamais il ne l’a été par les géants du net américains.

Le second plus grand pays du monde est courtisé comme jamais il ne l’a été par les géants du net américains. - Jean-Pierre Dalbéra - Flickr CC

Lors de son voyage aux États-Unis, le Premier ministre indien a fait un crochet de deux jours dans la Silicon Valley. Et les géants des high-tech l'ont reçu en grande pompe, multipliant les promesses d'investissements.

Après l’Europe et la Chine, les géants de l’internet visent un nouveau territoire: l’Inde. Un pays qui, depuis des années, fournit aux Américains ses meilleurs talents -Satya Nadella, le boss de Microsoft, et Sundar Pichai, le PDG de Google- et plus largement des diplômés qui viennent grossir les rangs des créateurs de start-up comme des équipes de R&D des grands groupes. Mais plus encore que ce vivier, c'est le potentiel économique de l'Inde qui figure parmi les priorités de Google, Apple, Facebook et autre Uber. Sur le milliard et demi d’habitants que compte le deuxième, seulement 300 millions sont connectés. 

En Inde, les géants du net ne font pas face à un mur. Ils sont visiblement les bienvenus. En visite aux États-Unis, le Premier ministre indien n'a pas hésité à passer par la Californie pour les rencontrer. Narendra Modi a même pris deux jours pour faire le tour de la Silicon Valley où il a été reçu avec tous les honneurs par la communauté indienne, nombreuse dans cet Etat, et par les principaux patrons du Net. Pour l’anecdote, la presse indienne rappelle qu’en 2005 le chef du gouvernement s’était vu refuser un visa vers les États-Unis.

Les larmes de Zuck ont ému les indiens

Narendra Modi a demandé à Tim Cook, PDG d’Apple, de venir installer des unités de production d’iPhone. Pas de problème pour le patron, qui a signalé que justement Foxconn, l’assembleur chinois qui travaille pour Apple, a l’intention d’y ouvrir des sites. Mais le but de Cook est aussi n’est pas seulement de vendre des smartphones. Le groupe veut développer son écosystème mobile en y développant l’économie des applis. Et pour montrer que ce serait une opération gagnant-gagnant, il a rappelé qu’en Chine, le business des apps a créé 1,5 million d’emplois.

Google a, lui trouvé un bon moyen de faire immédiatement le bonheur des Indiens. Le groupe a prévu d'investir des dizaines de millions de dollars dans l'installation de bornes wifi dans 400 gares ferroviaires du pays. Objectif: offrir une connexion gratuite aux 21 millions d'Indiens qui, tous les jours, prennent le train pour se déplacer. Demain, ils seront même, selon les dernières estimations, une trentaine de millions. Autant de clients potentiels pour se connecter aux services de Google. Pour cela, le groupe américain a signé un accord avec la société de chemin de fer Indian Railways, et avec l'opérateur télécom RailTel.

Quant au patron et fondateur de Facebook, il a fait encore mieux que Google et Apple réunis. Comme le raconte le reporter d’Indian Express, Mark Zuckerberg "a versé quelques larmes en évoquant le sacrifice qu’avaient dû faire ses parents pour l’élever. Il s’exprimait en hindi devant un parterre de salariés de Facebook dont beaucoup sont d’origine indienne". À la fin de l’allocution, la patron et le Premier ministre sont tombés dans les bras l’un de l’autre dans une scène digne de Bollywood.

Uber lâche un milliard de dollars pour s'imposer

Uber semble être le seul pour qui les choses ne se passent pas si bien que cela. Après un démarrage houleux de ses services à Bombay et à New Delhi, le Californien a trouvé un partenaire idéal avec Tata dont le fonds de placement, Tata Opportunity Fund, a injecté cet été 100 millions de dollars. L’espoir serait que les chauffeurs de VTC achètent leur véhicule auprès de Tata.

Mais, malgré cet allié de poids, le gâteau du transport de personnes est si gros, que le champion américain fait face ici à une féroce concurrence. L’Américain est attaqué par le chinois Didi Kuaidi, soutenu par des mastodontes chinois comme Tencent, Alibaba et le fonds souverain China Investment Corporation.

Après être entré dans le capital de Lyft, concurrent d’Uber aux États-Unis, le groupe chinois est entré dans le capital de Ola, la principale centrale de réservation de taxis en Inde. Pour faire face à cette offensive, l’Américain a débloqué un budget de 1 milliard de dollars.

Une bataille de titans qui profite aux Indiens, consommateurs comme chauffeurs. Uber et Didi Kuaidi s’affrontent en baissant le prix de courses et en augmentant la rémunération des chauffeurs indiens de plus de 200%. L’enjeu est de taille puisque, au-delà des grandes villes, l'Inde compte une centaine de villes de plus d’un million d’habitants.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco