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Cette filiale "stratégique" d'Alcatel-Lucent qui n'est pas cédée à Nokia

Alcatel-Lucent dispose à Calais (Nord) d'une usine de production des câbles sous-marins en fibre optique, en plus d'une flotte de 7 navires câbliers

Alcatel-Lucent dispose à Calais (Nord) d'une usine de production des câbles sous-marins en fibre optique, en plus d'une flotte de 7 navires câbliers - AFP Philippe Huguen

L'activité câble sous-marin est sortie du périmètre vendu à Nokia. Cette activité, jugée "stratégique" par l'Etat en 2013, aura son indépendance selon des modalités à déterminer.

Ce n'est pas parce qu'une activité industrielle est à vocation sous-marine qu'elle n'a pas son importance. A l'heure où Alcatel-Lucent se vend à Nokia pour préserver son destin, sa filiale de câble sous-marin ne tombera pas dans le giron de l'industriel télécoms finlandais.

Alcatel-Lucent Submarine Networks a "vocation à poursuivre son projet à l'extérieur de Nokia mais la modalité n'est pas encore arrêtée", a tenu à expliquer Michel Combes, le PDG de l'industriel franco-américain, lors de la présentation du projet d'acquisition de son groupe par Nokia.

Il faut dire que cette activité est atypique à plus d'un titre. Outre une usine de fabrication de câbles sous-marins en fibre optique, située à Calais (Nord), cette branche exploite sa propre flotte de sept navires-câbliers, sillonnant les océans.

Un partenariat avec Louis Dreyfus Armateurs

Elle dispose, pour ce faire, d'un partenariat avec l'armateur Louis Dreyfus. Pas sûr que Nokia, qui s'est recentré sur les réseaux mobiles, ait eu envie de récupérer cette activité très particulière liée aux réseaux télécoms fixes.

Les bateaux d'Alcatel-Lucent Submarine Networks embarquent les câbles à déposer au fond des océans pour le compte des opérateurs télécoms. Cette pose suppose la maîtrise d'un savoir-faire particulier qui sert aussi aux réparations en cas de rupture de ces artères sous-marines.

En l'occurrence, la filiale d'Alcatel-Lucent a installé 575.000 km de câbles et assure la maintenance de 300.000 km de câbles sous-marins. Les analystes du marché la créditent de 40% du marché mondial, aux côtés des opérateurs AT&T et Orange, ce dernier disposant aussi de sa flotte de navires-câbliers.

"Nous sommes favorables à une solution qui maintienne l’intégrité d’Alcatel Submarine Networks et son ancrage national", avait déclaré Fleur Pellerin dans une interview au quotidien Les Echos, en janvier 2013.

L'intervention du FSI avait été envisagée en 2013

La ministre en charge du numérique de l'époque avait même évoqué une possible participation du FSI (fonds stratégique d’investissement), qui n'a pas eu lieu.

Pourquoi un tel intérêt de l'Etat ? Ces câbles, devenus essentiels pour transporter le trafic téléphonique et internet entre les continents ou les îles, sont liés à la sécurité des territoires et des pays ainsi qu'à la cybersurveillance. La captation massive des échanges par les services de renseignement se fait effet plus facilement au point d'atterrissage de ces câbles sur les côtes.

Parmi les scénarios envisagés pour Alcatel-Lucent Submarine Networks (ASN), une introduction en bourse était prévue au second semestre 2015, en fonction des conditions de marché. Elle reste une possibilité, a rappelé Michel Combes, le PDG d'Alcatel-Lucent.

Selon lui, cette filiale qui est "le numéro un mondial de la construction, de la pose et de la maintenance de câbles sous-marins, a besoin de prendre son essor pour pouvoir poursuivre son développement et saisir des opportunités qui d'ailleurs vont au-delà du secteur des télécommunications".

Nul doute que le gouvernement français devrait suivre de près l'évolution du sort cette filiale au cours des prochaines semaines.

Frédéric Bergé