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Ce que devra faire Elon Musk pour gagner les 56 milliards de dollars promis par Tesla

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Tesla a approuvé une rémunération colossale de 56 milliards de dollars pour son PDG. Mais pour l'atteindre, Elon Musk devra faire des prouesses.

C'est du jamais vu dans le monde des affaires. Les actionnaires de Tesla ont approuvé ce mercredi une rémunération hors du commun pour Elon Musk. 56 milliards de dollars, soit plus que le patrimoine actuel de Larry Page, le co-fondateur de Google. 

S'il y a bien des milliardaires qui possèdent une fortune encore plus importante, il s'agit de leur patrimoine, donc de la valorisation de leur entreprise. Elon Musk dispose d'ailleurs déjà d'une fortune estimée à 20 milliards de dollars via ses participations dans Tesla et SpaceX. 

Mais une rémunération de 56 milliards de dollars, c'est inédit. Et ça fait grincer des dents. "Le coût est relativement sidérant comparé aux niveaux de rémunérations des dirigeants d'entreprises cotées à travers le monde", a ainsi dénoncé le cabinet de conseils aux actionnaires Glass Lewis, qui avait appelé à la rejeter.

Les "petits" salaire de Bezos et Buffett en comparaison

"Au vu de l'ampleur de la rémunération, nous estimons que la perte est grande pour les actionnaires", a réagi Anne Sheehan du fonds de pension californien CalSTRS, qui détient 258.084 titres Tesla évalués à 80,1 millions de dollars. Des détracteurs qui rappellent qu'Elon Musk est déjà propriétaire de 20% de l'entreprise et n'a pas besoin d'une telle rémunération.

A titre de comparaison, Bernard Arnault a un salaire de 3,5 millions d'euros par an en tant que PDG de LVMH. Aux Etats-Unis, les grands entrepreneurs emblématiques disposent eux de rémunérations plutôt modestes. Warren Buffett touche 100.000 dollars par an pour diriger Berkshire Hathaway (et ne s'est pas augmenté depuis 25 ans) et Jeff Bezos d'Amazon a lui un salaire d'environ 80.000 dollars annuel.

Et ces entrepreneurs ont créé des géants, rentables et très puissants, alors que de son côté Elon Musk -qui ne manque pas d'idées et de panache certes- n'a pas encore fait la preuve de la pérennité de ses entreprises. La valorisation de Tesla (53 milliards de dollars ce jour) est d'ailleurs actuellement inférieure à la rémunération promise à son PDG!

Une rémunération supérieure à la valeur globale de Tesla

Mais comment l'entreprise américaine pourra-t-elle verser les 56 milliards promis? Elle va procéder en versant une quantité considérable de stock-options à son patron. Le plan prévoit une rémunération progressive en 12 étapes en fonction de différents seuils de capitalisation boursière de l'entreprise. Il touchera ainsi une partie de ces actions lorsque Tesla vaudra 100 milliards en Bourse puis tous les nouveaux 50 milliards de valorisation et ce jusqu'à 650 milliards de dollars. Elon Musk devra s'engager en revanche à rester au moins 10 ans dans l'entreprise. 

Si Tesla y parvient, le fabricant automobile deviendra un poids lourd de la Bourse. Aujourd'hui seule une poignée d'entreprises au monde (Apple, Google et Amazon) ont des valorisations supérieures à ce seuil. Mais avec sa participation actuelle dans l'entreprise, Elon Musk serait déjà à la tête d'une fortune de 130 milliards de dollars si Tesla atteignait une telle valorisation. Somme à laquelle il faudrait donc ajouter les 56 milliards promis par les actionnaires.

Un cadeau empoisonné pour Elon Musk?

Mais pourquoi un tel cadeau pour Elon Musk? Il s'agit d'abord pour l'entreprise de récompenser un patron très médiatique dont la personnalité a contribué au succès de Tesla. Apple faisait de même (mais dans des proportions moindres) avec Steve Jobs en le gratifiant de nombreuses stock-options (et ce alors qu'il dirigeait la société pour un salaire de... 1 dollar par an).

Mais c'est surtout aussi une manière plus insidieuse de mettre une pression amicale sur son PDG. Elon Musk qui a parfois tendance à s'éparpiller devra se concentrer pour faire de Tesla le grand constructeur automobile qu'il aspire à être. Car si aujourd'hui le fabricant automobile vaut plus en Bourse qu'un General Motors (malgré des ventes 125 fois inférieures), il peine toujours à se transformer en vrai groupe industriel. Annoncé en 2016, le Model 3, présenté comme la voiture grand public de Tesla, rencontre toujours des problèmes de production. La firme assure qu'elle atteindra une cadence de production de 2500 exemplaires par semaine d'ici à la fin mars mais selon Bloomberg, elle peine aujourd'hui à en produire 1000 par mois et n'en aurait livré que 10.500 depuis son lancement officiel en juillet 2017.

Des déconvenues sanctionnées en Bourse puisque l'action de Tesla a chuté de 20% depuis le mois de septembre dernier. S'il veut commencer à toucher une partie de sa colossale rémunération, Musk devra rapidement passer à la vitesse supérieure.

Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco