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Rejet de la fusion Alstom-Siemens: Bombardier qui rit, SNCF qui pleure

La Commission européenne a interdit l'acquisition d'Alstom par Siemens qui aurait porté atteinte à la concurrence sur les marchés des systèmes de signalisation ferroviaire et des TGV.

La Commission européenne a interdit l'acquisition d'Alstom par Siemens qui aurait porté atteinte à la concurrence sur les marchés des systèmes de signalisation ferroviaire et des TGV. - Geoffroy Van Der Hasselt-AFP

Le constructeur ferroviaire canadien s'est félicité du veto de Bruxelles sur la fusion Alstom-Siemens. Mais la SNCF a déploré une "mauvaise nouvelle" empêchant la création d'un champion européen de taille mondiale.

Hormis les syndicats d'Alstom qui se félicitent du veto de Bruxelles, le constructeur ferroviaire Bombardier s'est dit "heureux" ce mercredi du rejet de la fusion de ses grands concurrents Siemens et Alstom. L'industriel canadien juge qu'une telle opération aurait "gravement compromis la santé et la compétitivité de l'ensemble du marché ferroviaire européen".

"La Commission indique clairement que la fusion proposée ne respecte pas les exigences de la loi sur la concurrence de l'Union européenne", a déclaré dans un communiqué Daniel Desjardins, vice-président principal du groupe, ajoutant que cette fusion dans le rail aurait laissé "les consommateurs européens en payer le prix, à la fois comme utilisateurs du rail et comme contribuables".

Pour le patron de la SNCF, "la mauvaise nouvelle du jour"

En revanche, le patron de la SNCF Guillaume Pepy a qualifié mercredi de "mauvaise nouvelle du jour" le veto européen à la fusion dans le rail du français Alstom et de l'allemand Siemens, regrettant que les règles de la concurrence empêchent la création de "champions européens".

Le dépit affiché par la SNCF est d'autant plus contre-intuitif que Bruxelles a bloqué la fusion au nom de l'atteinte à la concurrence qui en aurait résulté. Selon la Commission européenne, la rapprochement franco-allemand aurait réduit le nombre d'industriels rivaux dans l'Union, ce qui aurait risqué de faire monter les prix des trains pour les compagnies ferroviaires.

La SNCF avait apporté son soutien au projet

"C'est une triste nouvelle que l'on ne puisse pas construire un champion européen de taille mondiale dans une industrie qui se mondialise pour de vrai", a indiqué le président de l'entreprise publique. "On avait très tôt exprimé notre soutien au projet, comme client", a-t-il expliqué, notant que le projet de fusion était "vraiment un projet industriel monté entre les deux groupes".

Le projet permettait selon lui d'"obtenir une meilleure compétitivité, et donc de meilleurs prix parce que les équipements auraient été construits à une plus grande échelle", et aussi d'offrir une gamme de produits "plus complète". Guillaume Pepy a regretté que, "pour apprécier l'impact d'un rapprochement, on prenne en compte non pas les marchés de demain, mais les marchés tels qu'ils sont aujourd'hui, c'est à dire en gros les marchés d'hier".

"Peut-on faire une industrie européenne?"

"Au lieu de se dire, tiens, le monde change, et les Japonais, Coréens, Chinois, Indiens... sont aujourd'hui des puissances très fortes dans le matériel ferroviaire, la compétition est mondiale et donc il faut des champions européens, on regarde à échelle de l'Europe ce que sont les parts de marché d'hier, on fait des additions, et ont dit ah là, c'est trop", a-t-il soupiré. "Cela pose question: est-ce qu'on peut faire une industrie européenne dans ces conditions?", s'est demandé le patron de la SNCF.

"Ce que je trouve paradoxal, c'est que si Alstom se rapprochait d'un non-européen, il n'y aurait rien à dire. Si Alstom se rapproche d'un européen, c'est interdit", a conclu Guillaume Pepy.

Frédéric Bergé avec AFP