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Alstom-Siemens: Pourquoi Bruxelles a dit non à la fusion

Pour la Commission européenne, Alstom/Siemens ensemble aurait plus de 70% de part de marchés en Europe dans la signalisation ferroviaire et les TGV.

Pour la Commission européenne, Alstom/Siemens ensemble aurait plus de 70% de part de marchés en Europe dans la signalisation ferroviaire et les TGV. - Thomas Samson-AFP.

Bruxelles a interdit mercredi le projet de fusion Alstom-Siemens dans le ferroviaire. Sur deux marchés clés -les TGV et la signalisation- la commission juge que le nouvel ensemble aurait été en position dominante en Europe. Et la menace chinoise n'est pas perçue comme un argument suffisant.

Il n'y aura pas "d'Airbus du rail". Cette décision de la Commission européenne était largement attendue, le ministre français des Finances Bruno le Maire, très critique de ce veto, ayant confirmé dès mercredi matin ce que tout le monde supputait: Bruxelles a interdit mercredi le projet de fusion entre le français Alstom et l'allemand Siemens, estimant ce mariage néfaste pour la concurrence sur le marché ferroviaire de l'Union. 

En dépit des concessions de dernière minute des deux industriels, il y a une quinzaine de jours, la Commission s'est donc opposée au mariage de leurs activités ferroviaires que souhaitaient opérer Siemens Mobility et Alstom.

Pour Bruxelles, cette fusion aurait placé le nouvel ensemble en position dominante en Europe. Deux marchés clés posaient problème aux services de Margrethe Vestager, la commissaire à la Concurrence: les TGV et la signalisation ferroviaire (pour les métros et sur les voies ferrés longue distance).

Une part de marché de 70% pour le duo franco-allemand

En clair, la concurrence sur ces marchés aurait été mise à mal par la fusion franco-allemande au détriment des opérateurs ferroviaires (SNCF et RATP en France, Deutsche Bahn en Allemagne,...) et indirectement, de celui de leurs clients, les voyageurs.

Avec une part de marché de plus de 70% en Europe, Bruxelles redoutait qu'à court terme, Alstom-Siemens puisse profiter de sa situation de monopole dans les appels d'offres pour imposer des hausses de prix. Le risque existait aussi, selon la Commission, que la fusion entraîne une baisse de l'innovation et de la qualité de service, le nouvel ensemble étant moins incité à investir pour distancer une concurrence réduite à la portion congrue.

Bruxelles balaie l'argument de la menace chinoise

Enfin, la Commission européenne n'a pas été convaincue par l'argument souvent invoqué de la menace chinoise incarnée par le géant chinois du ferroviaire, CRRC. Les équipes de Margrethe Vestager ont estimé que ce concurrent potentiel n'est pas encore actif en Europe sur ces marchés, que ce soit la signalisation ou les trains à grande vitesse. Le risque de voir CRRC menacer à court terme les industriels européens sur ces marchés, serait donc réduit.

Anticipant les nombreux réactions négatives à sa décision de bloquer la fusion Alstom-Siemens, Bruxelles rappelle que sur les 10 dernières années, sept fusions seulement ont été bloquées et que la Commission a autorisé les rapprochements récents : Peugeot et Opel, Safran et Zodiac, Thales et Gemalto, BASF et Solvay et Essilor et Luxotica.

Réagissant par anticipation à l'éventualité d'un veto à sa fusion avec Siemens Mobility, le PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge avait déclaré mardi au Figaro: "il n'y aura pas de seconde chance. Un veto serait une très mauvaise nouvelle pour l'industrie européenne. L'Europe, me semble-t-il, scierait la branche sur laquelle elle est assise. Mais si cela devait arriver, Alstom et Siemens, dont les relations sont excellentes, repartiraient chacun de leur côté."

Frédéric Bergé