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Le patron de la SNCF veut un débat public sur l'avenir des petites lignes

Guillaume Pepy veut réduire le déficit des petites lignes "en étant plus efficace pour les exploiter.Ça, c'est notre boulot et on a présenté une centaine de pistes pour baisser en gros de 15 à 20% les coûts".

Guillaume Pepy veut réduire le déficit des petites lignes "en étant plus efficace pour les exploiter.Ça, c'est notre boulot et on a présenté une centaine de pistes pour baisser en gros de 15 à 20% les coûts". - Geoffroy Van Der Hasselt-AFP

Guillaume Pepy a appelé ce vendredi à "débattre" de l'avenir des petites lignes ferroviaires, en examinant pour chacune d'entre elles, leur "rapport coût/efficacité". Selon lui, le contribuable, qui comble in fine leurs déficits d'exploitation, "a le droit de se poser des questions."

Pour le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, l'avenir des petites lignes ferroviaires doit être débattu publiquement. "C'est un sujet sur lequel notre pays est extraordinairement émotionnel. C'est bien d'être émotionnel, mais ce n'est pas complètement idiot non plus, de temps en temps, d'être rationnel", a -t-il estimé aux rencontres économiques d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

Or, "il faut être clair: c'est le contribuable qui paie leur surcoût, ce n'est pas le voyageur. Le contribuable, il a le droit de poser des questions, quand même. Il a le droit de dire: est-ce bien raisonnable?", a relevé Guillaume Pepy.

Notant que les petites lignes coûtent à la collectivité 1,7 milliard d'euros par an -soit 16% des concours publics au secteur ferroviaire- pour 2% des voyageurs, l'ancien patron d'Air France Jean-Cyril Spinetta estimait, dans un rapport rendu au gouvernement en février 2018, "a minima à 1,2 milliard d'euros annuels" l'économie réalisée si on les fermait toutes pour les remplacer par des autocars.

Le débat sur les petits lignes "reste très tabou"

La première solution est pour Guillaume Pepy de réduire leur déficit "en étant plus efficace pour [exploiter] ces petites lignes". "Ça, c'est notre boulot, et on a présenté une centaine de pistes pour baisser en gros de 15 à 20% les coûts". La SNCF a notamment proposé aux régions toute une palette de solutions pour réduire les coûts de rénovation et d'entretien des "petites lignes", acceptant même, à leur demande, d'en confier une dizaine au privé.

Il faudrait aussi "un débat citoyen, qui est de regarder pour chacune de ces petites lignes quel est l'avantage qu'elle procure à la population et quel est le coût qui est en face. Ce débat-là est très tabou en France", a-t-il poursuivi.

"Ce qu'on souhaite, ce n'est pas qu'on ferme les petites lignes, ce n'est pas qu'on les gèle, mais qu'on ait, comme un pays mature, un débat démocratique avec les citoyens, avec les associations, avec les entreprises, sur le rapport coût/efficacité de chacune de ces petites lignes", a expliqué le patron de la SNCF. "A la fin, peut-être qu'il faut en garder 90%; il faut peut-être en garder 70%... Mais en tous cas il faut débattre", a-t-il martelé.

Devant le tollé suscité par les préconisations du rapport Spinetta l'an dernier, le gouvernement s'était refusé à fermer les petites lignes, rebaptisées "lignes de desserte fine du territoire". La ministre des Transports Élisabeth Borne a chargé en janvier le préfet François Philizot d'en réaliser un diagnostic complet et de proposer des solutions au cas par cas.

Frédéric Bergé avec AFP