BFM Business

Comment les centrales nucléaires font face au risque sismique en France

Les réacteurs de la centrale nucléaire de Cruas (Ardèche) ont été arrêtés pour un "audit approfondi", à la suite du séisme survenu lundi 11 novembre, dans la vallée du Rhône.

Les réacteurs de la centrale nucléaire de Cruas (Ardèche) ont été arrêtés pour un "audit approfondi", à la suite du séisme survenu lundi 11 novembre, dans la vallée du Rhône. - Philippe Desmazes-AFP

La construction des centrales dans les zones à "aléas sismiques" est encadrée par une réglementation très stricte. Après le séisme du 11 novembre, un audit approfondi sera réalisé sur les réacteurs, mis à l'arrêt, de la centrale de Cruas, à 20 km de l'épicentre du séisme près de Montélimar (Drôme). Pour cette centrale, ce séisme n'a pas atteint les limites prévues, même s'il les a frôlées.

Les réacteurs de la centrale nucléaire de Cruas-Meysse (Ardèche) sont à l'arrêt pour un audit approfondi, à la suite du séisme de magnitude 5,4 survenu lundi 11 novembre dans la vallée du Rhône. "Le seuil sismique vibratoire a déclenché une alarme sur un seul des cinq capteurs présents sur le site. Aucun dégât sur les bâtiments n'a été constaté, et les installations fonctionnent normalement", a assuré le préfet de la Drôme, l'épicentre ayant été situé au sud de Montélimar.

De son côté, l'Agence de sûreté nucléaire (ASN) avait auparavant assuré que le séisme n'avait provoqué "aucun dommage apparent" à ces sites, mais avait demandé à EDF de vérifier si les valeurs enregistrées dépassaient les seuils à partir desquels un examen plus poussé des installations, nécessitant l'arrêt des réacteurs, est nécessaire. "L'ASN examinera les conditions dans lesquelles (les) réacteurs pourront redémarrer" à Cruas, a-t-elle indiqué dans une note d'information lundi soir. Selon EDF, son redémarrage est prévu le vendredi 15 novembre, une date qui reste toutefois indicative.

Le séisme du 11 novembre, d'une magnitude inhabituelle dans cette région, a-t-il pour autant menacé la France d'un grave incident sur un site nucléaire? A priori non, au vu de la stricte réglementation qui s'impose à ce type d'installation. Les centrales nucléaires sont soumises aux règles fondamentales de sûreté (RFS), établies par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avec l’appui technique de l’IRSN (institut de radioprotection et de sûreté nucléaire). En voici les grands chapitres : 

  • La règle fondamentale de sûreté 2001-01 (dite RFS 2001-01) précise comment est évalué "l’aléa sismique" à retenir sur le site d’une installation nucléaire pour établir et/ou vérifier son dimensionnement. Dans des zones géographiques (dites sismotectoniques), on prend en compte tous les séismes qui s’y sont produits et pouvant s’y reproduire à l’avenir en n’importe quel endroit de la zone (cf carte ci-dessous). Cette analyse se focalise sur les tremblements de terre les plus importants et sur les mouvements du sol qu’ils induiraient sur le site étudié, si ces séismes se produisaient à proximité du site.
-
- © Le zonage sismotectonique de la France est produit à partir de la synthèse de données géologiques, géophysiques et sismologiques. Source : IRSN.
  • Ces études du passé sismique de chaque zone où va être implantée une centrale nucléaire, aboutissent à des "séismes maximaux historiquement vraisemblables" (selon deux paramètres de magnitude et de profondeur) auxquels la centrale doit pouvoir résister. Autrement dit, on définit une valeur pour le tremblement de terre possiblement le plus important de la zone, en prenant l'hypothèse pessimiste que son épicentre serait situé juste sous ou à proximité immédiate de la centrale à bâtir.
  • Une marge de sécurité en terme de risque sismique maximal est en plus appliquée sous la forme d'une majoration forfaitaire de 0,5 pour la magnitude, aboutissant à un ou des Séismes Majorés de Sécurité (SMS). Ce scénario pessimiste prend en compte l'occurrence possible de séismes plus forts que ceux connus historiquement et définit le seuil de maximal de magnitude d'un séisme auquel le site nucléaire doit pouvoir résister.
  • Dans le cas de la centrale de Cruas-Meysse en Ardèche, le séisme le plus important historiquement pris comme référence dans la zone sismique de référence s'est produit en 1873 à Châteauneuf-du-Rhône, et a atteint la magnitude de 4,7, rappelle le Point.fr. En lui appliquant le coefficient de majoration de 0,5, on parvient à une magnitude de 5,2, pour la sismicité maximale (en cas de séisme survenant sous la centrale) alors que la magnitude enregistrée le 11 novembre fut de 5,4. Un fait que n'a pas manqué de relever dans un tweet, l'association Sortir du nucléaire, (cf illustration ci-dessous). Mais la centrale de Cruas, dont les réacteurs ont été mis à l'arrêt est située à 20 km de l'épicentre. En outre, le directeur des centrales nucléaires à l'ASN, Rémy Catteau, a observé à ce sujet qu'il fallait prendre en considération l'accélération du sol ressentie sur place, et pas la magnitude mesurée au niveau de l'épicentre.
  • L'aléa sismique d'un site nucléaire est régulièrement réévalué, rappelle l'IRSN (institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) à l’occasion de la préparation des visites décennales. "Ces réévaluations peuvent conduire à une modification sensible de l’aléa sismique, ce qui impose que soient réalisées des vérifications de la tenue au séisme des installations et des équipements avec les nouveaux paramètres ; dans certains cas, cela peut conduire l’exploitant à réaliser des travaux de renforcement" explique l'organisme.
  • Le gravissime accident de la centrale de Fukushima Dai-ichi (Japon) en 2011, a aussi contraint les autorités françaises à relever le niveau de sécurité appliqué en France aux sites nucléaires en cas de séisme majeur. Des travaux de renforcement ont été imposés en juin 2019 par l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à EDF sur une portion de la digue du canal de Donzère-Mondragon, protégeant la centrale nucléaire du Tricastin, dans la vallée du Rhône (à 28 km au sud de Montélimar). Les travaux complémentaires sur cette digue sont conçus pour qu’elle résiste au séisme extrême défini après l’accident de Fukushima. La réalisation de ce renforcement doit intervenir au plus tard fin 2022.
Frédéric Bergé