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Les coulisses de la crise au sommet d'Engie

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- - ERIC PIERMONT / AFP

Le départ de la directrice générale Isabelle Kocher semble inévitable alors que son conseil d’administration ne la soutient pas. Le gouvernement laisse faire mais souhaite calmer le jeu. Aucune décision ne sera entérinée avant le mois de janvier.

C’est la crise chez Engie. Depuis une semaine, le groupe est en ébullition alors qu’il envisage de ne pas renouveler dans ses fonctions sa directrice générale, Isabelle Kocher, qui arrive à la fin de son mandat en mai prochain, comme nous l’indiquions mardi 3 décembre. Et alors qu’un projet stratégique majeur visant à ouvrir le capital des activités de réseaux et de stockage de gaz (GRT Gaz, GRDF, Storengy, Elengy) est sur la table.

Sa réaction dans l'édition du Figaro datée de jeudi dernier, où elle s’opposait au "démantèlement d’Engie", a ulcéré son conseil d’administration. Le soir même, après la réunion du comité des nominations, le président d’Engie Jean-Pierre Clamadieu lui a signifié que "le conseil d’administration ne penchait pas en sa faveur", rapportent plusieurs sources.

Selon nos informations, plusieurs administrateurs ont même souhaité la convocation d’un conseil extraordinaire dimanche dernier pour acter un changement de direction. "Certains membres voulaient l’évincer rapidement" explique un proche du groupe. Mais le ministère de l’Economie, alors que l'Etat est premier actionnaire d’Engie avec 24% de son capital, n’a pas souhaité accélérer le calendrier et cristalliser une crise déjà aigüe. "Il y a des échéances à respecter, explique-t-on à Bercy. Et il y a d’abord un sujet de stratégie avant un sujet de personne". Le message est nuancé : Isabelle Kocher ne sera pas révoquée… mais pas non plus renouvelée.

Pétitions en interne

Ces derniers jours, la patronne et son équipe ont bataillé pour défendre son poste. Des pétitions en interne et sur les réseaux sociaux ont circulé, sans grand succès. Et le directeur des ressources humaines, Pierre Deheunynck, l’un de ses plus proches collaborateurs, a tenté de faire signer une lettre de soutien par les hauts-cadres dirigeants du groupe. Une initiative très mal perçue en interne et qui a été stoppée nette après avoir suscité l’irritation de Bercy.

Dans ce contexte, le conseil d’administration du 17 décembre s’annonce agité. Mais, selon nos informations, il n’actera pas le départ d’Isabelle Kocher qui sera plutôt tranché en janvier, pour calmer le jeu. "Il y aura un débat entre les administrateurs et la directrice générale sur la vision stratégique pour Engie" ajoute un proche du conseil. La discussion promet d’être houleuse tant les divergences sont fortes. Un désaccord, désormais public, qui servira d’appui pour changer la gouvernance du groupe.

On lui reproche d'avoir parlé de démantèlement

Sur le fond, la rupture est désormais consommée. Ce que la patronne d’Engie appelle "démantèlement" est en réalité un projet voulu et porté par le gouvernement. En s’y opposant, elle n’a fait que fragiliser sa position. Dans le cadre de la loi Pacte, l’Etat autorise l’ouverture du capital des réseaux de transports, de stockage et de distribution de gaz des entreprise GRT Gaz, Storengy et GRDF. Engie, qui en détient 75%, en conserverait 25%.

"Il a toujours été question de réaliser cette opération dans le cadre d’un projet industriel, assure un dirigeant d’Engie. Parler de démantèlement est un très mauvais débat". D’autant que l’équipe dirigeante d’Isabelle Kocher mène depuis un an des discussions régulières avec Open Grid Europe (OGE), le réseau allemand de gaz, en vue de le rapprocher de GRT Gaz pour créer un opérateur européen.

La CGT encore plus sévère que la CFDT

Une idée qu’aucun syndicat ne rejette. "On ne défend pas Isabelle Kocher mais un projet industriel pour Engie" précise Sébastien Michel, le coordinateur de la CFDT. Quant à la CGT, majoritaire dans le groupe, elle est encore plus sévère. "C’est Isabelle Kocher qui a entamé le démantèlement d’Engie en vendant les activités de GNL à Total et d’exploration-production, s’agace Eric Buttazzoni, coordinateur de la CGT. Elle instrumentalise le sujet de la vente des réseaux".

Dans les filiales concernées comme GRT Gaz ou GRDF, les syndicats préféreraient quitter le giron d’Engie qui leur prélèvent, selon eux, trop de dividendes.