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Avec l'arrivée de nouveaux EPR, à quoi vont servir les mini-réacteurs nucléaires?

La construction de nouveaux EPR en France semble désormais actée par Emmanuel Macron. En parallèle, EDF prépare la production de Small Modular Reactor (SMR) dès 2030, des réacteurs de petites tailles, et vise principalement le marché à l'export.

L'annonce est imminente et même "très probablement avant la fin de l'année", selon la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. Une question de forme, plus que de fond car, sauf revirement surprise, Emmanuel Macron devrait annoncer le lancement de nouveaux chantiers de réacteurs nucléaires EPR en France, trois jours après le rapport très attendu de RTE sur la transition énergétique du pays.

Si l'étude se garde bien de conclure sur la pertinence de construire ces centrales nouvelles générations pour atteindre la neutralité carbone en 2050, elle les juge néanmoins "pertinents économiquement". Un argument de plus pour la filière alors que certains membres du gouvernement comme le ministre de l'Economie Bruno Le Maire plaident depuis plusieurs semaines en faveur d'un renouveau du nucléaire.

En attendant ces grands chantiers, Emmanuel Macron a confirmé un projet à l'étude depuis plusieurs années chez EDF, les Small Modular Reactor (SMR), des mini-réacteurs nucléaires. Un milliard d'euros est mis sur la table pour accélérer les travaux sur Nuward, le petit nom du concept industriel qui unit EDF, TechnicAtome, le Commissariat à l'Energie Atomique (CEA) et même Naval Group, puisque les sous-marins français possèdent déjà une sorte de mini-centrale atomique.

Format standard pour l'export

EDF a d'ores et déjà promis un premier chantier en 2030. Il faut dire que l'électricien français est loin d'être seul sur le créneau. Environ 70 projets sont à l'étude dans le monde avec des concurrents déjà bien plus avancés. Car les SMR, c'est surtout un marché industriel très intéressant pour la filière du nucléaire.

Pour le projet français, la technologie est finalement classique. "L'innovation vient de la compacité" explique Valérie Faudon, déléguée générale de la Société Française d’Energie Nucléaire (SFEN), une association de promotion de la filière. Quand un réacteur EPR atteint une puissance de 1600 mégawatts électriques (MWe), un réacteur SMR tourne plutôt entre 50 et 200 MWe. L'enjeu, loin d'être simple, est de contenir cette quantité d'énergie dans un réacteur compact et surtout très facile à fabriquer en usine avec un format standardisé.

Pour quel intérêt? EDF ne s'en cache pas, le projet est avant tout destiné à l'exportation. Avec des EPR, la France n'aurait pas forcément besoin de ces SMR, même si RTE propose, dans l'un de ses scénarios, d'en installer quelques-uns sur le territoire. En réalité, des réacteurs EPR couplés au développement massif des énergies renouvelables rendent l'usage des SMR peu pertinent pour les petits pays déjà nucléarisés.

Un enjeu économique et géopolitique

En revanche, ils peuvent avoir une grande d'utilité pour assurer la transition énergétique dans certains territoires, notamment là où le réseau électrique n'existe pas ou dépend des importations de produits fossiles. Typiquement, la Russie et le Canada parient sur cette technologie pour alimenter en électricité les zones polaires et notamment rendre plus vertueuses les mines qui resteront indispensable pour extraire les terres rares. Les déserts ou les îles sont aussi des lieux propices à ces réacteurs.

Certains pays sont actuellement très avancés sur des projets SMR. Les Russes espèrent finaliser leur RITM-200N, installé sur une barge, en 2028. Les Chinois, les Américains et les Coréens avancent aussi rapidement. Même les Argentins sont dans la course avec la finalisation d'un chantier pour un SMR de 32 MWe et le lancement prochain d'un projet encore plus ambitieux.

"Cela va devenir un très gros marché" indique Valérie Faudon, qui souligne qu'un acteur français ne sera pas de trop dans la compétition mondiale, pour des raisons économiques mais aussi géopolitiques.

Au-delà des zones isolées, le SMR pourrait facilement remplacer les centrales à charbon, permettre la production d'hydrogène ou dessaler l'eau de mer. Tout cela sans émissions carbone quand il fonctionne évidemment et avec un coût de fabrication moindre (un à deux milliards d'euros contre 7 à 8 milliards pour un EPR) grâce à la production en série. Quant au coût de production (coût de l’électricité à la sortie de l’installation), il est annoncé par la SFEN comme similaire aux EPR (environ 70 euros/MWh, selon une estimation plutôt basse).

"Les grandes centrales nucléaires demandent un réseau électrique puissant, les SMR sont donc une bonne solution pour les nouveaux entrants" dans le monde du nucléaire, résume Valérie Faudon.

Des ruptures à venir?

Mais les SMR ne réjouissent évidemment pas les opposants à l'atome. Principal argument, la sureté de ces réacteurs dont la petite taille ne doit pas faire oublier le risque d'accident. Pour ses promoteurs, la dimension des SMR permet justement une meilleure sécurité: ils peuvent être semi-enterré et seront immergés dans une piscine pour permettre un refroidissement rapide en cas de surchauffe du cœur. "En multipliant les installations et les sites, on multiplie aussi le nombre d’installations susceptibles de subir un accident" répond le collectif Sortir du nucléaire, qui souligne aussi que ces réacteurs n'apportent aucune nouvelle réponse à la question des déchets nucléaires.

En parallèle, d'autres types de SMR sont en développement dans le monde comme Natrium, un mini-réacteur conçu par l'américain TerraPower. L'entreprise, fondée par Bill Gates, entend fabriquer un réacteur à sels fondus, une vieille technologie revenue sur le devant de la scène.

Mais alors que c'est l'eau qui permet habituellement de refroidir l'uranium et de faire tourner turbines, Natrium utilise un sel fondu qui stabilise la réaction et réduit les risques d'incidents. L'autre avantage, c'est aussi qu'il produit moins de déchets et permet même de les réutiliser.

Un projet controversé (et battu en brèche par certains scientifiques) qui s'installera pourtant bientôt dans l'Etat Wyoming. La France a abandonné la fabrication d'un prototype de ce type en 2019 mais le CEA continue de travailler sur le sujet. Une partie du milliard promis par le plan France 2030 sera d'ailleurs dirigé vers des technologies de rupture.

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Thomas Leroy Journaliste BFM Business