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Natrium, le (controversé) réacteur nucléaire du futur porté par Bill Gates

L'entreprise TerraPower, fondée par le milliardaire américain en 2006, va installer son réacteur Natrium au Wyoming. La technologie utilisée est censée compenser les insuffisances du renouvelable tout en réduisant les déchets nucléaires. Mais certains scientifiques s'inquiètent. 

L'énergie de demain sera sans aucun doute l'électricité. Reste encore à savoir comment la produire en quantité suffisante pour la planète entière. Si les systèmes de production d'énergie renouvelables (panneaux solaires, éoliennes…) se multiplient, elles présentent encore de sérieuses limites: comment produire l'électricité la nuit, lorsque le ciel est couvert ou si le vent fait défaut? Pour le milliardaire et philanthrope américain Bill Gates, c'est vers le nucléaire qu'il faut se tourner. 

Mais s'il permet de produire une énergie zéro carbone, les différents accidents majeurs et le casse-tête des déchets nucléaires cristallisent néanmoins les critiques d'une partie de la population, notamment en France. En 2011, après l'accident de Fukushima, la cote de confiance pour le nucléaire avait ainsi chuté de 52 à 34% auprès des Français. Si les dernières études montrent un regain d'intérêt, la question du nucléaire reste épidermique en France. 

Une alternative aux réacteurs actuels existe-t-elle? Dans les Bouches-du-Rhône, les travaux sur un réacteur à fusion, baptisé ITER (qui ne produirait aucun déchet) continuent de diviser sur la faisabilité du projet. 

Des mini-centrales

De son côté, Bill Gates a opté pour un autre dispositif. En 2006, il fonde TerraPower dont le but est d'accélérer la recherche sur le nucléaire pour permettre la sortie de l'énergie fossile dont raffolent les Américains.

15 ans plus tard, la petite startup annonce la mise en œuvre d'un premier chantier, qui sera implanté dans l'Etat du Wyoming, à l'ouest des Etats-Unis. Principale différence avec les réacteurs que l'on connait, ceux développés par TerraPower, appelés Natrium, sont d'une échelle bien inférieure. Ils délivreront une puissance de 350 MWe (mégawatts électriques) contre 900 MWe au minimum pour une centrale française classique.  

L'atout de Natrium, c'est donc une architecture moins complexe et un coût moins important. TerraPower a d'ailleurs reçu le soutien de l'Etat américain. "Nous devons garder ouverte une position de repli au cas où l’on ne réussirait pas une percée dans le stockage des batteries, si on ne réussit pas à créer une économie de l’hydrogène, etc" expliquait en mars dernier au Monde, l'envoyé spécial des Etats-Unis pour le climat John Kerry. "Mais je ne pense pas que cela prendra la forme ancienne de ces énormes centrales qui sont actuellement sur le marché et qui sont trop chères pour être réellement viables." 

"Bill Gates […] pourra peut-être, s’il réussit, résoudre les problèmes de fusion, de sécurité, de prolifération des déchets et nous devons absolument explorer cette voie pour nous couvrir face à ce que nous ne réussirions pas à produire par ailleurs" insiste d'ailleurs l'ancien candidat à la présidentielle américaine.

Vraiment efficaces?

TerraPower, qui s'est associé à GE Hitachi dans ce projet, souhaite fabriquer un réacteur à sels fondus, une vieille technologie revenue sur le devant de la scène. Sur le papier, le fonctionnement ressemble à une centrale classique avec l'utilisation de l'uranium comme principal combustible. Mais alors que c'est l'eau qui permet habituellement de refroidir l'uranium et de faire tourner turbines, Natrium utilise un sel fondu qui stabilise la réaction et réduit les risques d'incidents. L'autre avantage, c'est aussi qu'il produit moins de déchets et permet même de les réutiliser. 

Selon TerraPower, ces petites centrales nucléaires seraient ainsi des points d'appui aux renouvelables. Le groupe n'est d'ailleurs pas seul sur le créneau, aux Etats-Unis, avec plusieurs acteurs et des technologies parfois différentes qui émergeront d'ici la fin de la décennie.

Pour autant, ces petites centrales ne font pas l'unanimité. En mars dernier, l'Union of Concerned Scientists a rendu un rapport sévère sur ces projets qui, selon ce groupement de scientifiques indépendants, n'apportent pas réellement d'avantages ou présentent des limites technologiques trop importantes. TerraPower espère les démentir avec ce premier projet.

En France, le développement de ce type de centrales, pourtant sur la table depuis plusieurs années, a été mis sous le tapis l'année dernière. Les dérapages budgétaires colossaux des EPR en sont pour beaucoup… L'avenir du nucléaire passera-t-il par l'immense EPR ou la petite centrale ? Les Etats-Unis et la France ont fait leur propre choix.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business