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TOUT COMPRENDRE - les différents scénarios de RTE pour atteindre la neutralité carbone en 2050

Le gestionnaire du réseau électrique RTE a publié un rapport très attendu sur la trajectoire du pays, si la France souhaite sortir de l'énergie fossile d'ici 2050. Coûts, défis techniques… voici ce qu'il faut retenir de cette étude.

2050, sans énergies fossiles. C'est l'ambitieux projet proposé par le gestionnaire public du réseau électrique RTE, qui présentait ce lundi un rapport sur la question. Voici ce qu'il faut en retenir.

• Pourquoi le rapport de RTE était très attendu?

Le gestionnaire du réseau électrique RTE avait été mandaté en 2019 par le gouvernement pour se projeter sur le paysage énergétique de la France en 2050. La question était simple: comment sortir totalement de l'énergie fossile en 2050 pour faire de la France un pays neutre en carbone?

Question simple, réponse complexe. "L'électricité ne représente que 25% de la consommation finale d'énergie actuelle contre 60% pour l'énergie fossile" rappelle Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE, lors de la présentation du rapport.

Pour inverser cette tendance et en finir avec le fossile, RTE s'appuie sur deux leviers. D'abord, une électrification massive du pays que ce soit dans les transports (véhicules électriques, chaudières électriques...) ou dans l'industrie (transformation des hauts-fourneaux…). Ensuite, il s'agit d'améliorer l'efficacité énergétique de la France (amélioration des procédés industriels, meilleure isolation des bâtiment), voire de se montrer plus sobre en énergie.

Partant de ce constat, RTE a dressé six scénarios qui impliquent nécessairement le développement massif des énergies renouvelables (EnR) et dans certains cas la construction de nouvelles centrales nucléaires.

• Quels sont les différents scénarios?

Premier scénario (M0): Sortie du nucléaire et 100% d'énergies renouvelables en 2050

Ce scénario implique la fermeture rapide des réacteurs nucléaires en service, sans construction de nouveaux réacteurs EPR. Pour y arriver, RTE préconise de multiplier par 21 la quantité d'énergie solaire produite, par 4 l'éolien terrestre et par 30 l'éolien en mer.

Deuxième scénario (M1): sortie du nucléaire et 100% d'énergies renouvelables en 2060

Ce scénario implique la fermeture plus lente des centrales nucléaire d'ici 2060 sans construction de nouvelles centrales. La majorité de l'électricité produite serait alors solaire (36% du total), en multipliant les petites installations sur le territoire. L'éolien terrestre suivrait (23%) devant l'éolien maritime (17%).

Troisième scénario (M23): sortie du nucléaire et 100% d'énergies renouvelables en 2060

Même stratégie sur le nucléaire que le scénario M1 mais il s'agira de privilégier les parcs éoliens plutôt que le solaire. L'éolien terrestre représenterait 32% de la production, devant le solaire (22%) et l'éolien maritime (21%).

Quatrième scénario (N1): construction de huit réacteurs nouvelle génération EPR mais large priorité donnée aux énergies renouvelables

Dans ce scénario, RTE table sur la fermeture rapide des centrales nucléaires existantes tout en proposant la construction de 8 réacteurs EPR d'ici 2050. Mais les énergies renouvelables resteront majoritaires (2/3 de la production totale) également réparties entre le solaire, l'éolien terrestre et l'éolien maritime.

Cinquième scénario (N2): construction de 14 réacteurs EPR mais priorité toujours donnée aux énergies renouvelables

Ce scénario implique la construction d'ici 2050 de nouveaux réacteurs nucléaires, à raison d’une paire tous les 3 ans environ à partir de 2035 avec montée en charge progressive. Le développement des énergies renouvelables se poursuit (même si elle sera moins importante que pour le scénario précédent) et représente deux tiers de l’électricité produite en 2050.

Sixième scénario (N03): le nucléaire représente 50% de l'électricité produite

C'est le scénario le plus nucléarisé avec la construction de 14 réacteurs EPR, ainsi que plusieurs mini-réacteurs d'appoint (SMR), tout en poursuivant le développement des énergies renouvelables. Cela implique de poursuivre l'exploitation des centrales actuelles tant qu’elles respectent les normes de sûreté.

• Quel est le scénario privilégié?

RTE se garde bien de trancher sur un scénario préférentiel, ce choix étant avant tout politique. Il n'empêche, le rapport pointe certaines limites des scénarios avec le moins de nucléaire (M0) et celui avec le plus de nucléaire (NO3).

Un scénario 100% EnR "est un chemin possible mais complexe avec beaucoup d'incertitudes" souligne Thomas Veyrenc, directeur stratégie et prospective de RTE lors de la présentation du rapport. Cela implique d'abord que la France accélère considérablement le rythme des installations des EnR, bien plus vite que ne le font actuellement nos voisins les plus actifs.

De l'autre côté du spectre, le maintien des centrales nucléaires actuelles tout comme le développement des nouveaux réacteurs EPR et des mini-centrales nucléaires représentent des défis techniques très importants pour l'avenir.

Sur la question des prérequis technologiques et industriels, c'est finalement le scénario N2 qui en affichent le moins, même si RTE se garde bien d'en faire son scénario privilégié.

Prérequis technologiques et industriels associés aux différents scénarios et incertitudes (RTE)
Prérequis technologiques et industriels associés aux différents scénarios et incertitudes (RTE) © RTE

Dans tous les cas, RTE estime "qu'atteindre la neutralité carbone est impossible sans un développement significatif des EnR", compte tenu des besoins. En clair, même le scénario N03 implique un fort investissement dans le renouvelable.

• Quelle est la stratégie la moins coûteuse?

Les coûts de production sont à peu près équivalents mais les coûts de flexibilité et de réseaux sont plus importants avec le renouvelable. En effet, développer les EnR implique un renouvellement du réseau électrique et la construction de centrales à hydrogène pour compenser les périodes où les EnR ne fonctionnent pas (faute de soleil ou de vent, par exemple). L'écart de coûts est d'environ 10 milliards d'euros par an, en moyenne, même si de nombreux facteurs peuvent faire varier ce chiffre.

"Construire de nouveau réacteur est pertinent du point de vue économique" tranche donc RTE, qui souligne néanmoins que les EnR "sont devenues de solutions compétitives."

Dans tous les cas, RTE estime qu'un bilan carbone neutre en 2050 est réalisable à un "coût maitrisable". A condition de s'y investir pleinement.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business