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TF1 retire son replay de la box SFR

La chaîne du groupe Bouygues a mis ses menaces à exécution et a coupé l'accès à son replay pour SFR et Numericable dans le cadre d'une négociation plus globale sur le paiement par les opérateurs télécoms de programmes jusque-là gratuits.

Nouvel épisode dans le bras de fer entre TF1 et SFR: le groupe audiovisuel a mis fin samedi aux accords de diffusion de ses chaînes par l'opérateur SFR, qui a aussitôt dénoncé "une tentative de prise d'otages de ses clients". "Nous avons arrêté de livrer les fichiers de la catchup (télévision en replay) de MyTF1", a indiqué la chaîne détenue par le groupe Bouygues, qui a brandi la menace de poursuites judiciaires contre SFR, lequel envisage également de saisir la justice.

TF1 n'a en revanche pas coupé le signal linéaire de ses chaînes, en raison des obligations auxquelles est soumis SFR, en l'occurrence "la livraison du service antenne aux bailleurs sociaux": "nous ne voulions pas que SFR ne soit pas dans la capacité d'assumer ses obligations", indique la direction de TF1.

Une "tentative de prise d'otage des clients" de SFR

"À compter du 29 juillet 2017, date d'échéance des contrats, Numericable-SFR n'est plus autorisé à exploiter commercialement MYTF1 et les chaînes en clair du groupe", indique le groupe, qui constate que Numericable-SFR "poursuit l'exploitation commerciale de ses chaînes sans contrat" et "entend utiliser tous les moyens juridiques à sa disposition pour faire valoir ses droits".

En ce qui concerne la forme que pourraient prendre ses poursuites, la direction de TF1 a indiqué qu'elle réfléchissait à la procédure juridique la plus idoine et entendait prendre une décision "en début de semaine prochaine".

Dans la foulée, SFR a dénoncé une "tentative de prise d'otage de ses clients", et annoncé qu'il prendrait dès ce jour "toute action judiciaire nécessaire". L'opérateur assure que "rien ne change pour ses clients" et que "le service MyTF1 est disponible via ordinateur, tablette, mobile et en OTT ("over the top", par internet sans passer par les box) sur la télé". Dénonçant la détention par TF1 de "plus de 40% de parts de marché de la publicité", SFR estime que le Groupe TF1 "jouit d'une position dominante sur le marché français et qu'il dispose d'une licence de diffusion hertzienne gratuite".

Bras de fer avec les opérateurs

TF1 a entamé depuis la fin 2016 un bras de fer avec les opérateurs pour qu'ils partagent les revenus issus de la diffusion par internet de ses chaînes qui étaient jusque là fournies gratuitement par le groupe de télévision -TF1, TMC, NT1, HD1 et LCI-, et a menacé de suspendre leur diffusion s'ils n'obtempéraient pas.

La direction de TF1 rappelle que ses chaînes "n'ont pas toujours été disponibles pour les opérateurs": "c'était le cas en particulier lorsqu'elles étaient en exclusivité sur TPS (un bouquet satellitaire détenu notamment par TF1) et à ce moment-là, personne ne s'était permis de les reprendre sans autorisation", indique le groupe, qui évoque un contrat conclu avec Canalsat octroyant le droit de reprendre ses chaînes en clair lorsque les deux bouquets avaient fusionné. Ce droit avait été étendu aux opérateurs télécoms pour une durée déterminée de 10 ans, de 2006 à 2016.

"Ces chaînes sont pas gratuites pour les opérateurs"

Ces chaînes "sont gratuites pour le téléspectateur, elles ne sont pas gratuites pour les opérateurs qui en font le commerce", indique le groupe. TF1 rappelle avoir "prévenu plus en amont, en mars 2016, SFR/Numericable qu'il souhaitait renouveler les accords" dans le cadre d'une offre qu'il souhaitait "enrichir". Le groupe de télévision a proposé une nouvelle offre "TF1 premium", enrichie de nouvelles fonctionnalités, aux fournisseurs d'accès internet, câblo-opérateurs et opérateurs satellites, mais exige en retour une forte hausse de la rémunération de ces services. Mais SFR a rompu les négociations en avril et saisi le CSA, lui demandant d'arbitrer son différend avec TF1. Avec les autres opérateurs, a indiqué TF1, "les discussions se poursuivent".

Le groupe est d'autant plus déterminé qu'il voit les opérateurs consacrer des sommes toujours plus importantes aux contenus, payant pour diffuser certaines chaînes thématiques américaines, ou des compétitions de football, comme SFR. De distributeurs, les fournisseurs d'accès internet deviennent aussi ses concurrents. La direction du groupe a de nouveau évoqué samedi un "préjudice très important", avec des services proposés par les opérateurs qui affectent son modèle, notamment en offrant la possibilité de "zapper" la publicité.

N.G. avec AFP