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Séries TV: comment TF1 prépare l'après Dr House

Trente ans après, "Dallas" va faire son retour sur la Une

Trente ans après, "Dallas" va faire son retour sur la Une - -

Le fantasque docteur a décidé de rendre définitivement sa blouse blanche. La Une cherche une nouvelle pépite pour lui succéder.

Cette semaine se tient à Cannes le Mipcom, le marché des programmes de télévision. A cette occasion, TF1 annonce ce mardi 9 octobre l'acquisition de deux nouvelles séries américaines: The Client List et Major Crimes. Elles s'ajoutent aux cinq séries annoncées lors de la rentrée, dont les prometteuses Unforgettable et Person of interest (cf. ci-contre).

Objectif de la Une: trouver de nouveaux blockbusters, capables de remplacer Dr House et Les Experts Miami. En effet, ces deux séries se sont s'arrêtées aux Etats-Unis après respectivement 8 et 10 saisons. "Nous avons un an de décalage avec les Etats-Unis, donc pour TF1 la question de leur succession se posera dans un an, explique Sophie Leveaux, directrice artistique des acquisitions de la Une. CBS a beaucoup de séries qui marchent bien, et est donc obligé de faire des choix. C’est pour cela que CBS arrête Les Experts Miami, pas parce que la série ne marche plus".

Les autres chaînes sont aussi touchées: M6 subit l'arrêt de Desperate Housewives, et France 2 a vu s'arrêter Cold Case et FBI: portés disparus.

Des séries vieillissantes

Mais, après ces deux forfaits, TF1 dispose d'encore cinq séries américaines pour occuper ses premières parties de soirée: Mentalist, Esprits criminels, Grey’s anatomy, Les Experts et Les Experts Manhattan. Sauf qu'elles commencent à s'user: elles ont entre 7 et 12 ans d'âge, à l'exception de Mentalist qui entame sa quatrième saison.

La difficulté pour la Une est donc de trouver une nouvelle perle rare qui puisse rassembler un public suffisamment large pour être diffusée en prime time, ce qui ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval... "Nous n’avons pas encore décidé de l’heure de diffusion de nos nouvelles séries, même si certaines ont le potentiel pour être diffusées un jour en prime time, explique Sophie Leveaux. Mais une série peut très bien être lancée en seconde partie de soirée, puis avancée en prime time si l’accueil est bon. Toutes ces séries ont bien marché la saison dernière aux Etats-Unis, ce qui nous garantit d’avoir au minimum 22 épisodes, ce qui est nécessaire pour constituer des soirées de 2-3 épisodes".

La menace Canal Plus

Autre problème: TF1 comme M6 ont aussi très peur des séries que pourrait rafler D8, la nouvelle chaîne en clair de Canal Plus. Certes, la Une et la Six ont, à elles deux, conclu des contrats cadre pluri-annuels (output deals) avec la totalité des six majors hollywoodiennes: M6 avec Fox, Disney et CBS, et TF1 avec Warner, Universal et Sony -le contrat de la Une durant encore trois ans. Ces contrats cadres leur accordent le droit de se servir en premier parmi la production d'une major.

En outre, l'Autorité de la concurrence n'a permis à D8 de conclure un contrat cadre qu'avec une seule major hollywoodienne. Sans compter que le CSA a interdit à D8 de diffuser plus d'un soir par semaine une série américaine produite par une major.

Pour l'instant, D8 se contente donc de séries qui ne viennent pas de majors, sauf The Event dont TF1 n'avait pas voulu mais qui a été annulée au bout d'une seule saison... Mais D8 a aussi raflé les droits en clair d'une autre série (encore non annoncée) pour un prix très supérieur au prix usuellement payé. Et des majors ont aussi indiqué à TF1 et M6 qu'elles différaient la vente de leurs droits en attendant que Canal Plus ait fait son choix...

Un poids économique important

Pour TF1, la question des séries est d'autant plus fondamentale qu'elles sont cruciales pour l'économie de la chaîne. Certes, la Une diffuse moins de séries américaines que la Six. Mais la fiction d'outre-Atlantique lui permet de réaliser l'essentiel de ses meilleures audiences: 71 du top 100 de 2011.

Cette préopondérance est récente. En effet, historiquement, la fiction française était largement majoritaire dans les meilleures audiences de la chaîne. Mais, le 29 mai 2005, la Une décide de diffuser pour la première fois en prime time une série américaine -c'était Les Experts Miami. Dès lors, ce fut la déferlante. Et, en à peine deux ans, la fiction hollywoodienne supplanta la française au sein des meilleures audiences.

Le jackpot des séries américaines

Surtout, les séries américaines sont ultra-rentables. Selon Natixis, elles ne coûtent que 300 à 500.000 euros de l’heure. Et elles rapportent beaucoup: une soirée de trois épisodes de Dr House permet d'engranger 2,5 millions d'euros nets de publicité, selon les calculs de Vivaki. "Les analystes calculent que toute la rentabilité de TF1 en prime time est générée par les séries américaines", a même déclaré le directeur général de Canal Plus Rodolphe Belmer.

L'Autorité de la concurrence, lorsqu'elle a examiné le rachat de D8 par Canal Plus, a aussi constaté le poids incontournable des séries US dans le prime time des chaînes historiques: "la marge brute générée par les séries américaines apparaît jusqu’à 7,5 fois supérieure à la marge brute du deuxième programme le plus performant. En moyenne, entre 2009 et 2011, les séries américaines représentent une partie très significative de la marge brute totale, voire représentent, à elles seules, une marge brute supérieure à la marge brute totale des chaînes. Les séries permettent ainsi de subventionner d'autres programmes générateurs de pertes, mais essentiels pour leur cohérence éditoriale".

Jamal Henni