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TF1 tire à boulets rouges sur le rachat de Direct 8 par Canal Plus

L'arrivée de Canal Plus dans la TV gratuite risque de secouer la Une

L'arrivée de Canal Plus dans la TV gratuite risque de secouer la Une - -

Le PDG Nonce Paolini demande au gendarme de l'audiovisuel d'encadrer fermement l'arrivée de la chaîne payante dans la TV gratuite.

Canal Plus en a pris pour son grade mardi 11 septembre. Le PDG de TF1 a vivement attaqué son nouveau rival. "Je n'ai pas de problèmes avec une concurrence à armes égales", a assuré Nonce Paolini lors d'un point presse. Mais l'arrivée dans la TV gratuite, via le rachat de Direct 8 et Direct Star, de cet "acteur très puissant" est "un tournant assez historique", et même "une révolution" qui "peut créer des dégâts considérables".

Il a longuement décrit en quoi cette nouvelle concurrence était déloyale. D'abord, la filiale de Vivendi dispose d'"une position unique au monde, une situation exorbitante du droit commun": elle "est en monopole sur la télévision payante, et son modèle n'est pas affecté par la crise". Son bénéfice opérationnel est "supérieur à ceux de TF1 et M6 réunis". Et l'échec de TPS "prouve que Canal Plus est à lui seul plus fort que TF1, M6, France Télévisions et Orange réunis".

Selon lui, la France est "le seul pays d'Europe" où un acteur de la TV payante peut débarquer dans la TV gratuite. Il a rappelé qu'en Grande-Bretagne, le régulateur avait "empêché" Rupert Murdoch, principal actionnaire du bouquet payant BSkyB, de racheter les chaînes gratuites d'ITV.

Il a aussi dénoncé les plages en clair de Canal Plus, "un avantage exorbitant, accordé initialement pour promouvoir les programmes cryptés...". La publicité dans ces tranches en clair a "augmenté de 53%", ce qui a permis à Canal d'être "le seul acteur à voir ses recettes publicitaires augmenter d'année en année depuis 2007".

La niche fiscale de Canal supérieure à ce qu'il redistribue

En outre, Canal Plus bénéfice d'une TVA réduite à 7% (au lieu de 19,6%), soit "une niche fiscale de 400 millions d'euros" -en réalité, c'est même 460 millions d'euros par an. Le bilan pour la chaîne est donc globalement positif, car, en contrepartie, Canal Plus n'investit que 250 millions d'euros dans la fiction et cinéma français -soit autant que TF1-, ce qui représente seulement "un quart" des investissements totaux des chaînes (le patron de la Une a toutefois oublié d'évoquer les 120 millions d'euros versés en outre par Canal au CNC).

Ce n'est pas tout : la chaîne cryptée dispose d'une "puissance d'achat de programmes considérable", et donc "peut peser sur les producteurs". Précisément, la Une craint que Canal ne couple les achats effectués pour la chaîne cryptée et pour ses chaînes gratuites. Autrement dit, que Canal menace de ne plus acheter un programme en TV payante si le producteur ne lui cède pas aussi les droits pour une diffusion en gratuit, au nez et à la barbe de TF1. La Une demande donc à ce que, lorsque qu'un programme est acheté pour une diffusion en crypté, il ne puisse être acheté aussi pour les chaînes gratuites. Ou encore que Direct 8 puisse diffuser des séries américaines "seulement un soir par semaine".

Le CSA repousse sa décision

Et, pour Nonce Paolini, si Canal Plus pique le Mentalist à TF1, cela n'apportera "aucun avantage pour le téléspectateur", mais la Une sera affaiblie, et donc "aura du mal à financer la création française. Le succès actuel de la production française repose sur le fait qu'il y a deux guichets: un pour le payant, un pour le gratuit".

Cette diatribe s'adressait bien sûr au CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel), qui doit se prononcer prochainement sur le rachat de Direct 8 et Direct Star par Canal. Cette décision, d'abord prévue pour fin juillet, a été reportée au 18 septembre, et pourrait même être repoussée au-delà, compromettant alors le lancement du nouveau Direct 8, prévu pour l'instant le 30 septembre, selon Satellifax. Explication: initialement, le gendarme de l'audiovisuel ne comptait pas imposer trop d'obligations, mais il a ces dernières semaines retrouvé de la vigueur...

Pour Nonce Paolini, "Canal Plus doit être formidablement encadré. Or, les obligations déjà imposées par l'Autorité de la concurrence sont utiles mais pas suffisantes. Le CSA a donc une responsabilité historique. Le CSA et les pouvoirs publics ont d'ailleurs parfaitement conscience du désordre pouvant être amené" par ce rachat. Il a souligné que l'union sacrée actuelle entre TF1, M6, France Télévisions, NRJ et NextRadioTV était "un moment assez unique"...

Le titre de l'encadré ici

|||Pas d'amélioration de la publicité

Sur le front des recettes publicitaires, "il n'y a pas d'amélioration par rapport au premier semestre", qui avait vu les recettes de la Une chuter de 6%. "La crise frappe tous les secteurs, et nous ne cassons pas les prix plus que d'autres", a déclaré Nonce Paolini. Côté emploi, "il n'y a pas de plan social à part celui conduit à TF1 Vidéo, pas d'incitation au départ, pas de guichet. Mais les recrutements sont bloqués et les départs ne sont pas remplacés". Rappelons que les départs naturels diminuent l'effectif du groupe de 250 à 300 personnes par an.

Jamal Henni